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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 00:03

 

Chloé, à peine maquillée, avec sa coupe Jan Seberg, tailleur pantalon YSL anthracite, chemisier blanc à poignets mousquetaires, escarpins vernis noir à talons d’acier, affichait la couleur exécutive woman. Lorsqu’elle se présentait à moi ainsi, je lui fis remarquer que, si j’appréciais l’ensemble à sa juste valeur Rive Gauche, je trouvais que sa tenue cadrait mal avec son statut officiel d’oie blanche du Berry. Elle éclatait de son grand rire cascadant. « Mon gentil légionnaire crois-tu vraiment que ce que nous allons faire tous les deux « cadre » bien avec la vie tranquille d’Ingrid et de François Dulong, nés et domiciliés à La Mothe-Beuvron ? Les dés sont jetés mon grand, ils ne peuvent plus reculer, alors peu importe ce qu’ils vont penser ces tas de merde ! Moi j’adore aller à la guerre en gants blancs… » Ce grand con de d’Espéruche buvait ses paroles et il opinait tout en préparant la dotation de jeux neufs que nous devions emporter. Notre stratégie bien huilée semblait imparable restait à la mettre en œuvre et je ne pouvais m’empêcher de craindre qu’un grain de sable ne vienne dérégler notre belle mécanique. Certes nos arrières étaient couverts mais je voulais que nous vainquions par nos seules forces. Ma position forcée de spectateur, d’un jeu dont je ne maîtrisais pas la dramaturgie, me plaçait dans une position étrange. Par tempérament j’aime être dans l’action, influer sur elle, me sentir maître de mon destin. Réduit au rôle d’un coach muet j’allais devoir me réfréner.

Annabelle, l’ex-meneuse de revue, peroxydée, anguleuse, caricaturale dans ses manières de demi-mondaine, nous accueillait dans un froufroutement soyeux. Comme le dirait les sportifs, nous jouions à l’extérieur. Les deux marseillais, costumes rayures tennis croisés, l’un bien en chair et jovial, l’autre sec et taciturne, présentés par la suite comme monsieur Paul et monsieur Albert, nous attendaient en éclusant du whisky. Dotés de tous les attributs du sud, gourmettes pesantes et lourdes chevalières en or jaune pétant, et bien sûr d’un accent qui vous donnait le sentiment qu’ils galéjaient même lorsqu’ils vous annonçaient les pires catastrophes, les deux pros ne purent réprimer un léger contentement d’eux-mêmes lorsqu’ils furent présentés à Chloé qui, en l’occurrence, se prénommait Ingrid. Du petit bois ils allaient en faire de cette gonzesse avec ses grands airs. Trop facile ! Opinion que ne paraissait pas partager Annabelle qui, tout en jouant les maîtresses de maison empressées, ne cessait d’observer Chloé d’un air que je trouvais de plus en plus soupçonneux. Jalousie de femme décatie face à la jeunesse triomphante ou inquiétude réelle face à une fille qui ne cadre pas avec ce qu’elle disait être ? Sans doute un peu des deux mais peu importait car elle ne pouvait, à ce stade, influer sur le cours des évènements. Je n’étais pas inquiet mais en revanche l’absence de cette petite gouape de Dick m’intriguait. En attendant de la hacher menu, monsieur Paul, plastronnait devant une Chloé jouant les radasses de luxe à la perfection, alors que monsieur Albert, bilieux type, le genre à se repaître de toutes les formes du malheur, m’entreprenait sur les circonstances de mon accident. J’allais lui répondre lorsque Dick, pour une fois sapé sobre, entrait flanqué d’un type dont la tête me disait quelque chose.

Mon interlocuteur ne pouvait réprimer un rictus mauvais lorsque, flanqué de Dick, le nouvel arrivant se dirigeait vers nous en étalant sur ses lèvres charnues un sourire obséquieux. En m’ignorant il posait, de manière théâtrale, ses mains sur les épaules de mon marseillais atrabilaire : « Quel plaisir de te retrouver mon cher Paul, ça fait un sacré bail que nous nous sommes vus ! C’était le bon temps de la rue Lauriston. Tu t’en es bien tiré, un pied dans chaque camp, une assurance tout-risque…Les idéalistes comme moi… » Cinglant, je le flinguais en plein vol « Pas de gros mots espèce d’étron gominé ! » Un grand blanc se plaquait sur le groupe. Chloé souriait. La grande Annabelle oscillait. Dick, pivoine, semblait en apnée. Monsieur Paul croisait ses grosses paluches sur sa bedaine avec un certain contentement. Albert, lui, ne pouvait réprimer une bordée de hoquets pleins de postillons qui se projetaient sur le plastron du matamore. Celui-ci me toisait d’un air mauvais. Je ne lui laissais pas le temps de contre-attaquer. « Que t’es les mains sales, passe encore, mais que tu oses t’en vanter ce n’est pas tolérable. Tu remballes tes conneries ou tu repasses cette porte illico. Tu saisis ducon… » Le blanc se transformait en sourde hostilité. Mon ton péremptoire troublait l’assemblée. Pour un pécore de la Mothe-Beuvron je ne manquais pas de coffre. Chloé, toujours aussi sagace, gazouillait « l’important petit frère c’est que monsieur, qui ne nous a pas été présenté, puisse être à la hauteur, après tout l’argent propre ou sale n’a pas d’odeur… »   

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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