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La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

Dimanche 29 mars 2009 7 29 /03 /Mars /2009 10:05

Petite et grande histoire : le vin sait les emmêler à souhait. Laissez-vous, ce matin, conduire jusqu’au château Mille Secousses, un très agréable Bordeaux Supérieur, en empruntant les arcanes de notre histoire de France.

Comme vous le savez les citoyens français, dans leur grande majorité, contrairement à leurs homologues étasuniens, ne font pas tout un fromage des écarts à la fidélité conjugale de leurs élus. Les secrets d’alcôves font partis de notre patrimoine génétique national. Mardi dernier, France 2 proposait « La reine et le cardinal » version romanesque de la relation entre Anne d’Autriche et le cardinal Mazarin : se sont-ils passionnément aimés ou ont-ils entretenus une relation platonique fondée sur des intérêts communs ? Nos livres d’histoire nous donnaient de Mazarin, avec sa drôle de barbichette, l’image d’un personnage chafouin et fourbe. L’anti-Richelieu. Bref, un Philippe Torreton en Mazarin, amant fougueux d’une belle espagnole, cassait les codes et ça réchauffait bigrement la libido nationale.

Ce léger détour, loin d’être inutile, nous offre une belle ouverture pour aborder l’origine du curieux patronyme de notre château du jour. Pourquoi diable Milles Secousses ? Que nous dit l’actuel propriétaire ? «  Lors du séjour d'un mois que fit la cour de France à Bourg en août 1650. Mazarin, Anne d'Autriche et le roi Louis XIV, alors âgé de douze ans, se sont rendus à plusieurs reprises chez Jean de Ridder, bourgeois de Bordeaux, membre modéré de l'Ormée, propriétaire de l'actuel château Mille-Secousses qui n'était alors qu'un modeste relais de chasse, au milieu des bois, construit sur la rive du fleuve. » Ce jean de Ridder a quitté sa Flandres natale, en 1638, pour s’installer et créer un négoce de vin à Bordeaux, rue Neuve. « Pour répondre au besoin du marché d'Amsterdam, très demandeur, à l'époque, de vins des palus de la Bastide, réputés pour leur vinosité, Jean de Ridder avait acquis la palu du sud-est de Bourg qu'il avait asséchée avec l'aide de ses compatriotes, les ingénieurs hollandais et les aides financières du gouverneur de Guyenne. »

La suite de l’histoire est un peu plus confuse selon que l’on se réfère à la contre-étiquette ou au site du château www.millesecousses.com  mais qu’importe ! Pour la version 1, le jeune roi trouvant les routes mauvaises et les carrosses mal suspendus décidait de se rendre en galère à voile jusqu’au relais de chasse ; pour la 2 le roi, grand amateur de beaux plan d’eaux, appréciait la promenade entre la citadelle de bourg et le débarcadère du futur château Mille Secousses. Bref, la chute de l’histoire est la même : « le vent d'ouest qui lève un méchant clapot sur la rivière rendait le trajet plutôt inconfortable en secouant l'embarcation et ses passagers » Des secousses donc, mais à qui attribuer la dénomination : Mille Secousses ?

Notre contre-étiquette la veut royale « on raconte qu’en débarquant, le roi s’exclama : « Diantre ! Pourquoi donc, dois-je toujours endurer mille secousses pour avoir le plaisir de chasser en ces lieux ! » et bien sûr les courtisans auraient fait le reste. Plus proche de la vérité historique le site du château raconte « Mademoiselle de Montpensier écrit dans ses mémoires "qu'il faisait le plus beau temps du monde" et que la campagne environnante était un lieu charmant de promenades pour tous les courtisans désœuvrés. Les trois kilomètres de mauvais chemin de terre dans les palus de Bourg n'étaient pas plus confortables que la traversée à bord de la galère à voiles. Après avoir enduré mille secousses sur ce chemin creusé de "profondes fondrières" selon le mot de mademoiselle de Montpensier, les gentilshommes et les belles dames de la suite du roi auraient attribué le sobriquet de château des Mille Secousses à la demeure de leur hôte »

Belle histoire me direz-vous, mais les plus attentifs d’entre vous, ceux des premiers rangs, pas ceux tapis au fond ou nichés près des radiateurs, vont me faire remarquer que mon titre : vin de parisien n’a rien à voir avec la choucroute. Faux, et je m’appuie sur les écrits du site pour vous prouver ma bonne foi : Ce travail – travaux de drainage des 120 ha, réseau toujours en fonction et faisant l’objet des plus grands soins de la part de l’actuel propriétaire, Philippe Darricarrère. - associé à la nature argileuse du sol, très intéressante pour la concentration en tanins, apporta aux vins de Mille Secousses une notoriété fabuleuse dans le tout Paris de la fin du XIX° siècle. Encore aujourd'hui le goût des parisiens pour leur Mille Secousses ne faiblit pas puisque la capitale, à elle seule, déguste 100 000 bouteilles par an. »

 

Dernière confidence, lorsqu’avec ma petite centaine de camions de livraisons de la SVF je livrais les humbles épiceries de quartier des 20 arrondissements de Paris j’ai œuvré puissamment à l’entretien de cet engouement parisien : le château Mille Secousses était notre exclusivité. Partenariat avant l’heure, je ne sais si le groupe Castel continue en ce sens mais mes chers épiciers tunisiens d’en face de chez moi distribuent toujours le Mille Secousses et la bouteille de 2005 présentée ici je l’ai acquise chez eux au prix de 8 euros 90. C’est un Bordeaux classique, bien fait, un peu rigide mais de bonne compagnie pour un déjeuner au restaurant de messieurs qui portent encore des cravates au bureau ou un dîner que madame à préparé pour quelques invités de son époux.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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