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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 00:06

 

D’ordinaire dans notre beau pays jacobin, gouvernés par des parisiens, l’histoire enseigne que, lorsque Bordeaux tousse la France du vin s’enrhume. Ce diagnostic, vérifié par les Languedociens lors de la dernière crise, ne vaut pas pour la situation présente, en effet, le soudain et brutal trou d’air de l’économie mondiale, touche l’ensemble de nos opérateurs, y compris les Champenois. Cependant, dans la capitale de la Gironde, où certains se vivent comme la France du vin à eux seuls, la belle euphorie des « années bling-bling » laisse la place à une sinistrose doublement proportionnelle à l’enflure de la bulle. En langage vulgaire « tout le monde morfle » les gens d’en bas et les gens d’en haut. Certes, ces derniers, ne vont pas murer les issues du CIVB mais le temps est peut-être venu de réfléchir la situation avec un sens plus poussé du « vivre ensemble ».

Je me tourne donc ce matin vers Bordeaux pour y interroger Stéphane Héraud, le président, depuis février 2007, de la Fédération des Coopératives d’Aquitaine. C’est un tout jeune homme, 40 ans, qui tout fraîchement diplômé - Maîtrise de Sciences Economiques Université de Bordeaux I DESS Aménagement du Territoire en 1992 - a repris l’exploitation familiale en 1993 –  EARL mère/fils Asperges : 7 ha, Vignes 70 ha, Céréales 50 ha – et est devenu en mars 2006  Président de la Cave des Hauts de Gironde, de l’Union «  Alliance Côtes en Bordeaux » et de la SAS « Vignerons de TUTIAC ». Il est aussi, membre du bureau des syndicats viticoles des Premières Cotes de Blaye et des Bordeaux et Bordeaux Sup. et membre du bureau du CIVB  et FGVB depuis Juillet 2007. Nous nous sommes rencontrés longuement. Notre échange fut très intéressant, Stéphane Héraud, à l’instar de la nouvelle génération, aborde les problèmes sans s’encombrer des précautions propres « aux grands chefs de tribus ». Je le remercie d’avoir bien voulu répondre à mes 3 Questions.

 

 1ière Question : Bernard Brousté dans les Échos du 19 décembre titre « la crise rattrape Bordeaux » en constatant que les transactions viticoles entre la propriété et le négoce ont chuté de 37% au cours de ces trois derniers mois. De son côté, Jean Jacques Chiquelin, dans le Nouvel Observateur parle de « la fin des années bling-bling » pour Bordeaux. JF Moueix se déclare très pessimiste sur les ventes en primeurs « Or la vente en primeur est le cordon ombilical du négoce bordelais. Les châteaux vendent d'abord aux négociants bordelais, et seulement après au reste du monde. Si le négoce n'achète plus, adieu la place de Bordeaux, ses négociants et ses courtiers. »

Alors est-ce comme l’écrivait Jean de la Fontaine, dans les animaux malades de la peste : « Un mal qui répand la terreur » et « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés » ?

 

Réponse de Stéphane Héraud : à trop parler de la crise, on la fabrique disent certains….je ne suis pas loin de partager ce point de vue, sinon comment expliquer un changement d’attitude des consommateurs aussi brutal que l’on veuille bien nous le dire. On peut reporter certains achats, de biens d’équipement par exemple, mais les habitudes alimentaires n’obéissent pas aux mêmes lois…Qui pourrait nous faire croire, aujourd’hui, que la consommation de vins dans le monde a diminué de 37 %, à l’image des enregistrements CIVB ? Revenons sur terre...car les transactions vrac ne sont que le premier étage de la fusée « Bordeaux » et doivent être corrigées de la baisse des stocks au négoce. Le total des sorties de la propriété sont le véritable indicateur de l’activité : - 9% à fin novembre. Ce n’est pas reluisant, certes, mais tout de même assez loin de l’apocalypse annoncée....

 

Il n’en reste pas moins, qu’après avoir subit la plus grave crise viticole depuis bien des années, et alors que l’ensemble de la filière française semblait trouver un nouveau souffle, elle a pris de front le dérèglement du système financier international. Certains ne s’en relèveront pas sauf, à encore renforcer les restructurations, à chaque étage de la filière.

 

2ième Question : Dans Cap 2010 nous préconisions pour les grands bassins de production une « gestion économique » fondée sur le partenariat, entre les metteurs en marché et la production, permettant un sourcing pour générer une réelle politique de marques internationales. Quand est-il chez vous ? A-t-on progressé ? Si oui comment ? Et pourquoi diable ce refus de considérer l’Aquitaine comme un bassin de production ?

 

Réponse de Stéphane Héraud : Depuis 2004, un vaste mouvement de fusion et de regroupement commerciaux a vu le jour au sein de la coopération viticole régionale. A Bordeaux, nous sommes passés de 40 metteurs en marchés à pratiquement cinq !! Fusions ou création d’Union ont aboutit à ce jour à concentrer dans les mains de ces cinq groupes coopératifs 75 % de la production organisée. Cela commence à peser sur le marché... Le Négoce ne nous regarde plus du même œil. Nous avons pu engager avec eux des discussions constructives sur l’avenir de la filière. Chacun est conscient que la sortie sera commune ou ne sera pas...et surtout qu’un des enjeux majeurs de la décennie à venir, au-delà des aspects économiques conjoncturels, sera la maîtrise d’un approvisionnement de qualité. La coopération a les cartes en mains pour faire partie des acteurs majeurs de cette sortie de crise.

 

Quant au bassin de production : cela a-t-il tant d’importance pour y consacrer toute l’énergie et le temps que les responsables de la filière régionale ont dépensé depuis 2 ans maintenant ? Un bassin Bordeaux- aquitaine, renommé Aquitaine tout court, basé sur à peine la moitié de la région Aquitaine : les bases étaient déjà fragiles.... la construction s’avère pour le moins complexe, le fonctionnement à minima et l’avenir incertain....

 

3ième Question : Le modèle « coopératif » qui, si vous me permettez l’expression, a « le cul entre deux chaises », avec une gouvernance complexe, peut-il en ces temps difficiles, où beaucoup d’entreprises du négoce vont se trouver en position difficile, constituer le creuset d’une politique de restructuration des metteurs en marché ? Si oui, pourquoi, alors qu’un Fonds souverain s’est mis en place sous l’impulsion du Président de la République, les dirigeants de la Coopération et du Négoce restent-ils les bras ballants face à la nécessité d’un Fonds d’investissement spécifique aux entreprises du vin ?

 
Réponse de Stéphane Héraud : La grande richesse du système coopératif est le facteur humain... mais c’est aussi, sans aucun doute, le socle de sa fragilité extrême. La gouvernance doit évoluer, le processus de pilotage et de prise de décision doit s’adapter. Les conseils d’administration doivent prendre conscience que leur rôle a changé : ils doivent être aujourd’hui les décideurs des grandes orientations de leurs entreprises et les garants de la pérennité de leur structure et du revenu de leurs adhérents, mais déléguer la majorité du pouvoir à un nombre restreints de décideurs, politiques et salariés. C’est la seule issue possible pour que les coopératives deviennent des entreprises modernes adaptées au monde économique d’aujourd’hui.

Alors, et seulement alors, elles auront les atouts pour constituer, avec le négoce, les deux forces de frappe, que la culture a,  jusqu’ à ce jour opposé, mais que le bons sens devra rapprocher.

 

C’est à partir de ces leaders régionaux, coopératifs et/ou négoces, que pourra réellement se mettre en place une politique, ou plutôt des politiques commerciales nationales, et qu’un fond d’investissement prendra tout son sens et aura toute sa pertinence.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

jacques 11/02/2009 06:54

bonjour
ça fait du bien au reveil...un peu d'optimisme!
la crise..???y a qu'a voir les parking des stations de ski...!!!groupement et unions? ..oui a conditions d'etre gerer par des professionnels et pas ,comme je l'ai vu souvent(3 faillites en30ans ça m'a coute)par des "eleveurs de grains de raisins "(mme là pas tjs competent)en mal de dirrigisme.quand au modele cooperatif "s'il a le cul entre 2 chaises"....c'est que les chaises s'ecartent....c'est"out of date" et si "La grande richesse du système coopératif est le facteur humain... mais c’est aussi, sans aucun doute, le socle de sa fragilité extrême" comme le dit si bien S Heraud ,je crois qu'un bon degraissge du mammouth(il en a de severe ds sa region ou tout proche) est plus que necessaire.
sur ce,bravo S Heraud ,pour ces engagements
merci JB
bonne journée a tous

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