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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 00:08


Depuis octobre 2008 et jusqu’au 30 mars 2009, à l’ARCHEOPOLE D’AQUITAINE
Esplanade des Antilles à Pessac archeopole@u-bordeaux3.fr propose une belle exposition « Entre Méditerranée et Atlantique LA VOIE DE ROME ». Comme l’écrit Romain Tardi dans la revue Histoire : « Relier la Méditerranée (le mare nostrum des Latins) à l'Atlantique (mare exterior) : l'axe aquitain a été essentiel dans l'histoire économique de l'Occident romain […] On découvre ainsi comment s'est structuré économiquement le grand Sud-Ouest gaulois du IIe siècle av. J.-C. jusqu'au IIIe siècle ap. J.-C. Tout tourne autour de Narbonne : c'est par ce port qu'il faut passer pour accéder au plus vite à Toulouse, puis à Bordeaux et au bassin de la Garonne, qui permet ainsi d'accéder au mare exterior. »

N’en déplaise à nos amis bordelais, les Bituriges Vivisques, leurs ancêtres, étaient avant la conquête romaine des buveurs de cervoise qu’ils fabriquaient avec de l’orge. Au début du 1ier siècle de notre ère, Strabon, dans sa description de la Celtique océanique, y souligne l’absence de vignes. Pour lui c’est un critère de barbarie. La seule partie de la Gaule touchée par la « civilisation » de la vigne et de l’olivier est la zone de Narbonne où les romains, entre la fin du IIe siècle-début du 1ier avant JC, dans des paysages qui leur sont familiers, introduisent et développent un vignoble. Cette zone devenue productrice va aussi devenir un nœud de transit pour les vins italiens distribués dans toute la Gaule conquise au goût du vin, y compris les habitants de Burdigala. C’est donc de Narbonne via Toulouse que Bordeaux est approvisionné, au prix fort, par des negotiatores. La cité est un emporium à vocation maritime, elle réexpédie les vins vers les Iles britanniques. Les fouilles archéologiques de ces dernières années ont mis à jours plus de 500 amphores témoins du commerce des vins. « Certaines d’entre elles sont marquées sur leur col d’un cachet d’un négociant Marcus Porcius ; il s’agit d’un riche colon, grand producteur de vin, vivant à Pompéi au 1ier siècle avant notre ère. Dans la Burdigala préromaine, on buvait donc, comme à Toulouse, à Agen  du vin pompéien » (in Bordeaux vignoble millénaire). « Le trésor de l'oppidum celtique de l'Ermitage (dominant aujourd'hui Agen), mis au jour dernièrement, a fourni deux tonnes de fragments d'amphores et de la vaisselle métallique. Parmi celle-ci, une cruche du Ier siècle av. J.-C., attestant une précoce culture du vin : « Le personnage au sourire réjoui sculpté au bout de l'anse nous invite à en vider le contenu », note le commissaire général de l'exposition, Pierre-Yves Saillant. »

Le vin importé coûte cher, il est réservé à l’élite, l’aristocratie locale qui le considère comme un produit exotique, un produit de luxe. Comme toujours c’est le commerce qui tire le vignoble et la place de Bordeaux va distribuer le vin des nouveaux vignobles de Catalogne et du Narbonnais. Roger Dion émet l’hypothèse que le vignoble de Gaillac, capable d’acclimater un cépage méditerranéen, sera créé au dès le 1ier siècle. Et puis tout naturellement ces flux et d’autres facteurs vont favoriser l’émergence d’un vignoble bordelais «au premier chef, la réticence des bordelais à payer aux marchands de Narbonne et de Toulouse les droits sur les vins qu’ils jugeaient prohibitifs. Conjointement le contexte de paix dans l’empire a favorisé l’établissement d’un vignoble local. La conquête de la Bretagne par Claude en 43 ap. JC a ouvert pour Bordeaux de nouveaux marchés ; en échange de l’étain armoricain Burdigala peut exporter son vin. C’est bien la vocation portuaire et atlantique de la ville qui a décidé du vignoble bordelais appelé à jouer, dès ses origines, un rôle commercial majeur. »

En conclusion de son article, Romain Tardi, écrit : « Grâce aux recherches sur les zones portuaires, on sait comment les ingénieurs romains ont systématiquement cherché à réduire les distances et les coûts d'infrastructures : les ports de l'estuaire de la Gironde étaient installés dans des estays, affluents du fleuve permettant de les abriter et de remonter plusieurs kilomètres à l'intérieur des terres. Cet axe commercial d'Aquitaine fut pérenne ; aux voies antiques se superposent les réseaux de communication actuels. La région tire avantage, aujourd'hui encore, du tracé des routes, du développement des ports et des villes induits par les échanges entre Rome et Bordeaux. »

Alors, si vous passez par Pessac, allez donc découvrir cette exposition fruit de la collaboration des chercheurs du CNRS et de l’INRAP, du Ministère de la Culture, des universitaires de Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Aix, Marseille qui ont réuni pour l’occasion les résultats des toutes dernières campagnes de fouilles, sur terre et sous la mer.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

J-C 31/01/2009 07:40

Aïe aïe aïe, pavé dans la mare bordelaise ! En tout cas, c tentant...

Michel Smith 30/01/2009 09:12

Hé oui, les vins du sud ont plein de mérites. N'ont-ils pas d'ailleurs jadis contribué à renforcer, avec ceux du Sud Ouest, les vins de Bordeaux et de Bourgogne ? Les Bordelais qui plantent de plus en plus d'oliviers dans les parcs de leurs châteaux vont-ils se mettre un jour au grenache et au mourvèdre histoire d'enjoliver leurs vins ?

gus 30/01/2009 07:50

Il y a d'ailleurs à Gaillac un petit coin de paradis que l'on appele"petite Toscane tarnaise"...

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