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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 00:42

 

Du poker je ne connaissais que les images du film « Le Kid de Cincinnati » où mon idole Steve Mac Queen, le jeune et beau kid de Cincinnati, affrontait le vieux Lancey Howard, Edward G. Robinson, un maître incontesté du poker. Autant avouer que je n’y bitais que dalle. D’Espéruche me rassurait, les Marseillais jouaient un poker classique, qui est  le plus ancien, celui que l'on voit dans les vieux films de western, le fermé, où les joueurs qui reçoivent les 5 cartes sont les seuls à les voir. Assimiler la valeur des cartes, les combinaisons gagnantes, leur hiérarchie et les règles de base ne me paraissait pas insurmontable, suivre le jeu et bluffer non plus, mon handicap principal étant que je maniais les cartes comme un branque. Les pros ne s’y laisseraient pas prendre. Indifférente à mes tourments Chloé, dans sa tenue préférée, la nudité totale, finissait de se faire les ongles de pieds en sifflotant l’Internationale, ce qui avait l’heur d’exaspérer d’Espéruche. En l’observant du coin de l’œil, pendant que la culotte de peau s’échinait à m’enseigner l’art du brassage et de la coupe des cartes, je percevais dans son air faussement détaché une once de provocation. Impression confirmée lorsqu’elle sollicitait d’Espéruche en minaudant : « François vous seriez un amour si vous veniez souffler sur mes ongles pour hâter le séchage… ». Tendant ses longues jambes elle frétillait des doigts de pieds ce qui, comme elle avait glissé entre chacun d’eux une poupée de coton, ne manquait pas d’électriser mon professeur de poker. Sans demander son reste, Franchey d’Espéruche balançait les cartes sur la table et venait s’agenouiller au pied de Chloé qui, en tortillant son popotin, me toisait : « mon beau légionnaire si tu étais, comme tu le crois, indemne de tout machisme, tu m’aurais proposé pour la partie de demain soir. »

D’Espéruche lui baisa les pieds avec frénésie. La scène prenait un tour obscène lorsque cette vieille ganache, au lieu de s’en tenir à sa démonstration de reconnaissance, crut bon d’abjurer ses profondes convictions antiféministes. Emporté par l’élan de sa violente contrition il se grisait de mots qui d’ordinaire lui écorchaient la gueule. Contente d’elle Chloé s’épouillait. Les petits boudins de coton maculés de vernis jonchaient le tapis. Sans même qu’elle ne le lui demandât d’Espéruche se précipitait vers notre cabinet de toilettes pour en rapporter un peignoir de bain blanc, siglé CP en lettres d’or, qu’il l’aidait à passer en protestant encore de sa reconnaissance éternelle pour ce qu’elle allait entreprendre pour lui. Je réfrénais mon envie de le remettre à sa place car je craignais de me faire contrer par l’intraitable Chloé qui, comme d’ordinaire, reprenait toujours la main avec maestria. Elle se roulait un petit joint. D’Espéruche lui présentait la flamme de son briquet. Le grésillement caractéristique très vite doublé du parfum âpre du chanvre ne troublait pas le partisan de l’ordre moral et des valeurs millénaires de l’Occident chrétien. Il béait d’admiration en regardant Chloé manipuler, avec un doigté fluide, les 52 cartes d’un jeu neuf qui se trouvait sur la table. En m’asseyant face à elle je soupirais fataliste: « en plus de tout… tu sais jouer au poker…tu n’en finiras jamais de m’étonner…»  et je l’entendais me répondre, pince sans rire : « rassure-toi mon beau légionnaire, il n’y a qu’une seule chose que ma mère m’est appris aux cartes c’est à tricher… »

La grande maison, plus exactement l’étoile montante des RG, le protégé de Marcellin, le commissaire Bertrand, qui commençait, telle une fourmi besogneuse à accumuler des fiches sur la volaille politique, s’était fait un plaisir de me communiquer par radio l’essentiel du pedigree de la table que Chloé allait devoir affronter. À l’exception de Dick, doté de plusieurs condamnations pour attentat à la pudeur, rien que des braves gens, dépourvus de casier, mais connus pour bénéficier de la protection du plus discret et du plus influent caïd de la cité phocéenne qui recyclait le blé de la French Connection dans le béton de la Côte d’Azur. Les Frenkel, désireux de pouvoir jouer les blanchisseurs, toléraient leur présence sur leur croisière à la condition qu’ils plument la volaille sans faire de vague. Pour faire avaler, sans éveiller de soupçons, mon retrait de la table et mon remplacement par ma sœur, le médecin du bord me plâtra le bras droit. Le beau Dick vendit mon accident avec conviction. D’Espéruche ravi et converti à la fumette soumettait Chloé à un entraînement intensif et très vite la quinte flush royale et le full aux rois passant par les 10 n’avaient plus de secrets pour elle. Quand au bluff, nul besoin d’entraînement, elle le pratiquait avec un naturel hautain et implacable. Plus l’heure de la partie s’approchait plus nous étions excités comme des puces. L’adrénaline y’a que ça de vrai.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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