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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 00:09

En rentrant, à l’heure du laitier, j’eus la surprise de croiser dans la coursive qui conduisait à notre cabine un Franchey d’Espéruche qui faisait les cent pas en grillant une cigarette tel un futur père attendant avec angoisse l’heureux évènement. Le cendrier bourré de mégots, le nuage bleuté stagnant à mi-hauteur et l’odeur âpre du tabac brun attestaient que la culotte de peau devait se tenir là depuis un bail. En m’apercevant, il ne pouvait réprimer un enchainement de tics partant d’un rictus qui déclenchait un léger séisme sur sa joue gauche qui lui faisait fermer l’œil puis lever le sourcil en circonflexe pendant que ses épaules, la droite d’abord, enchaînaient un mouvement de vis sans fin et que ses mains se malaxaient avec frénésie. Bêtement je renfournais mes pans de chemise dans mon pantalon. Lui demander les raisons de sa présence me semblait superfétatoire je l’invitai donc à entrer dans la cabine en lui signifiant d’un coup de menton d’éteindre sa cigarette. D’Espéruche s’exécutait avec précipitation. Je fis de la lumière dans le petit salon de réception. D’Espéruche se figeait en découvrant le désordre qui y régnait. Tels les cailloux du Petit Poucet, les vêtements, les dessous et les escarpins de Chloé jonchaient la moquette depuis le milieu de la cabine jusqu’à la porte de la salle de bains. Vanné je me laissais choir sur le canapé en lançant d’un ton rogue : « Que voulez-vous ? »

-         Vous parler…

-         Ça ne pouvait pas attendre l’heure du petit déjeuner ?

-         Nous n’en sommes pas très loin…

-         D’accord, puisque vous êtes ici déballez votre marchandise vite fait car j’ai envie de dormir.

-         Désolé mais vous seul pouvez me tirer de ce mauvais pas…

-         Vous avez fait une connerie ?

-         Oui

-         Une grosse connerie ?

-         Oui

-         Réparable ?

-         Je ne sais pas…

-         Accouchez, merde !

-         Ce n’est pas facile à dire…

-         Arrêtez de jouer les chochottes où je vous fous dehors.

-         D’accord, je vous dis tout. Je viens de perdre 5 millions au poker…

-         Des anciens j’espère !

-         Oui bien sûr mais pour moi c’est une fortune.

-         Vous avez, je suppose, signé une reconnaissance de dette ?

-         Oui.

-         À qui ?

-         Je ne sais pas.

-         Vous êtes naze. Où avez-vous joué ?

-         Dans le salon des Frenkel.

-         Une table de combien ?

-         Cinq avec moi.

-         Frenkel en était ?

-         Non.

-         Il était présent ?

-         Non.

-         Comment avez-vous atterri dans cette partie ?

Franchey d’Espéruche suait sang et eau. Ses tics l’agitaient à intervalles réguliers. Il m’expliquait qu’après le dîner, le second du navire, qui semblait très sensible aux charmes de Chloé, lui avait présenté deux pékins qui se révélèrent être des anciens colons d’Algérie. Des types avenants et sympathiques, bien sûr, et la conversation avait roulé sur la félonie du Général. Le Champagne coulait à flot. Une femme était venue les rejoindre. On la lui présenta comme étant une ancienne meneuse de revues, une belle femme avec quand même beaucoup d’heures de vol. Vers minuit, un éphèbe, avec une chemise rose à jabot et un pantalon moulant, s’était joint à eux. Très vite il leur avait proposé une partie de poker. Les deux ex-colons avaient décliné l’invitation mais la femme acceptait en proposant de compléter la table avec deux de ses amis. Le petit cul les avait conduits jusque chez les Frenkel où une armoire à glaces les accueillit. D’Espéruche soupirait « j’aurais du me méfier, ce type avait une gueule de barbouze… » Je ricanais « et vous êtes un expert en ce domaine mon vieux ». Il acquiesçait. Depuis un moment une question me brûlait la langue alors, désireux d’en finir, je la transformais en affirmation « vous êtes resté à cause du micheton, pas vrai… »  Son regard agité de tics se figeait. Il concédait « Au point où j’en suis, oui je ne peux résister aux tapettes ». Pour l’enfoncer plus encore j’ironisais « vous êtes tombé comme dans la bleusaille dans un guet-apens de vieux routiers du poker… Sûrement des professionnels marseillais spécialistes du plumage des gogos… »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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