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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 00:11

 

Le plus extraordinaire au cours de cette période où se mêlaient le plomb des enragés et l’or pétant des parvenus sur le fond mou d’une classe moyenne désintégrant de l’intérieur ce que les hiérarques néostaliniens du PC, assujettis à la nomenklatura soviétique, et leurs permanents de la CGT, continuaient de qualifier de classe ouvrière, fut le délitement de l’influence de église catholique de France à la fois sur les élites et surtout sur le petit peuple. Les séminaires se vidèrent. Toute une génération de prêtres défroquait. L’irruption du sexe-roi et de l’amour libéré par la pilule autorisée par la loi Neuwirth du 27 décembre 1967 mettaient à mal la chape de sujétion pesant sur les femmes depuis des millénaires. Elles bossaient, revendiquaient le droit de faire des enfants à leur guise, de disposer de leurs corps, de divorcer, de ne plus assurer seule l’élevage des enfants et les tâches ménagères, sapant ainsi les derniers supports de la cellule familiale. Le pompidolisme, avec son enrichissez-vous débridé, ouvrait la voie du déclin des grandes citadelles du contrôle social du peuple : l’Église et le PC. Et pourtant, pour ce dernier, le score mirobolant du pâtissier stalinien Jacques Duclos à l’élection présidentielle de 1969,  4 808 285 voix, 21,27% des exprimés, faisait illusion. Le fiasco du couple improbable Deferre-Mendès-France y était certes pour beaucoup mais les masses amorçaient lentement le grand virage qui allait mener une partie d’entre-elles dans les bras de Jean-Marie Le Pen. Mitterrand achèverait le travail du côté gauche, Giscard lui, avec son libéralisme avancé, le ferait à droite du côté des bien-pensants quelque peu médusés.

La croisière sur le Mermoz organisée par les fondateurs de la Garantie Foncière : Robert et Nicole Frenkel pour séduire les rentiers de la France profonde, celle qui avait tant aimé Vichy et le Maréchal, de façon caricaturale offrait un échantillon représentatif de cette France éternelle qui osait de nouveau affirmer son attachement aux valeurs du bon monsieur Guizot. Ces petits bourgeois, boutiquiers ou notaires, maquignons ou petits patrons, ralliés bon gré mal gré au grand escogriffe de Colombey, qui après tout, en dépit de son reniement algérien et de ses fantaisies d’indépendance nationale, avait ramené la stabilité et l’ordre, trouvaient en Pompidou un bon syndic de succession. Après la grande peur de mai l’heure était de nouveau au recyclage des bas de laine et des lessiveuses dans la pierre pour les accédants à la propriété.  En embarquant sur le Mermoz je ne pouvais m’empêcher de penser à mes compagnons de mai, les ouvriers des chantiers de Penhoët, à Saint-Nazaire, où le navire fut construit pour l’armement Fabre-Fraisinet et lancé le 17 Novembre 1956 sous le nom du célèbre aviateur Jean Mermoz et, comme avant de passer aux croisières Paquet, en 1965, il fut réquisitionné pour rapatrier les troupes françaises d’Algérie suite aux accords d’Évian, je fis remarquer à Chloé, alias Ingrid Dulong, ma sœur pour les besoins de la cause, que je voyais là un symbole de la France du président Pompe : toute une flopée d’anciens partisans de l’Algérie française allait se goberger sur un rafiot, symbole de la dernière retraite de notre armée d’Afrique, et reformaté par la classe laborieuse en paquebot de croisières d’hiver. En plus, ce pauvre Mermoz en avait perdu au passage son prénom.

C’était l’une de mes dernières lubies, nous allâmes à Marseille, pour nous embarquer, en wagon-lit, un T2, ce qui pour un frère et une sœur n’était pas très convenable. Notre chef de cabine, même si nous ne passions aucune frontière, dans la tradition de la Compagnie des Wagons-Lits, nous avait demandé avec nos billets nos passeports. Lorsqu’il revint préparer nos couchettes il nous gratifiât d’un sourire entendu. Nous dînâmes au wagon-restaurant : potage St Germain, Darnes de saumon Nantua, Brie de Melun, Profiteroles au chocolat, Fourcas-Hostein 70. Servis en gants blancs par un personnel délicieux et attentionné nous engageâmes la conversation avec un couple d’anglais sans âge, les Winslow, plus rosbifs que nature. Ma chère Chloé-Ingrid, jamais en reste dans l’art d’aller au bout de nos rôles,  prenait des airs de petite provinciale évaporée, tout en parlant un anglais très châtié, pour amener Alexandra Winslow sur le terrain des potins de Buckingham. À mon grand étonnement, elles étaient intarissables sur les amours impossibles de la pauvre princesse Margaret avec le capitaine Peter Townsend, pilote de la Royal Air Force, devenu l'écuyer du roi. Tous les ingrédients du scandale, de l’affaire d’État, sont réunis, avec ce roturier de 34 ans, marié et père de deux enfants, qu’elle rencontre à l’âge de 18 ans qui divorcera pour elle. Margaret a alors 25 ans, elle peut dire « oui », mais épouser un divorcé c’est renoncer, au cas où Elizabeth disparaîtrait, à tout droit au trône et aux avantages pécuniaires liés à son statut de princesse royale. Le très coincé Anthony Eden, Premier Ministre, soumis à la pression de  l'Église anglicane, bien sûr hostile à cette union, et au risque de démission d'une partie de son cabinet, temporise car lui est prêt à abolir le Royal Marriage Act datant de 1772, ce qui aurait permis à Margaret d'épouser un homme divorcé. William Winslow, lui, se désintéressait absolument du papotage de ces dames et, en l’observant à la dérobée, je m’apercevais que c’était moi qui l’intéressait.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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