Mercredi 7 janvier 2009 3 07 /01 /Jan /2009 00:00

 

Dans ma Vendée crottée, toujours sous l’emprise de la noblesse et du clergé, mes maîtres, qui n’étaient pas les hussards noirs de la République mais les frères de la congrégation de Louis-Marie Grignon de Montfort, dans le cadre champêtre de l’Institution Notre-Dame de la forêt, en m’apprenant à apprendre, sans volonté de faire de moi un singe savant, en mêlant les travaux pratiques à l’étude, m’ont chevillé à la tête une curiosité, des êtres, des choses et des idées, en acier trempé. Chercher, observer, comprendre, réfléchir pour agir… dans tous les moments de ma vie professionnelle je me suis toujours efforcé de suivre cette ligne de conduite.

 

Ma thèse de doctorat, iconoclaste pour un juriste, explorait la distorsion entre le discours de politique économique à propos de la « relance de la filière porc » et la réalité des actions réellement menées. Elle me valut, au retour de mon service national, d’être embauché comme « grouillot » d’une cellule de réflexion à la Direction de la Production et des Echanges du Ministère de l’Agriculture. Moment extraordinaire, où déjà électron libre, mon chef m’envoya d’abord ausculter l’état de la production intégrée de volailles en Bretagne, puis me demanda de répondre à la question : faut-il limiter la taille des élevages hors-sol ? Pour enfin me poser la question à 1000 balles : faut-il instaurer des quotas dans les secteurs du lait et du vin ? Au risque de décevoir les chercheurs « officiels », ceux de l’INRA qui m’ont toujours tenu pour un corps étranger à la communauté scientifique, j’ai toujours répondu clairement aux questions que l’on me posait, non que j’eusse des certitudes, mais parce que s’en tenir à la pure analyse ne produit que de la paperasse.

 

Rassurez-vous je ne vais pas vous infliger le détail de mon parcours mais vous dire :

-         que pour les accords de Dublin sur la viticulture avec Rocard,

-         que pour l’analyse stratégique du négoce-embouteilleur lorsque j’étais à la SVF,

-         que pour la représentativité des syndicats agricoles avec Henri Nallet,

-         que pour la première réforme de la PAC avec Louis Mermaz,

-         que pour l’intégration de la SIDO, que je présidais, à l’ONIC,

-         que pour mes missions de pompiers : Rivesaltes, Cognac… et autres

-         et enfin pour mon rapport suivi du travail de réflexion stratégique « Cap 2010 », je me suis toujours efforcé de : « chercher, observer, comprendre, réfléchir pour agir… »

Pour autant je n’ai pas la prétention d’avoir eu raison seul contre tous, d’avoir mis en avant des propositions intéressantes, d’avoir aidé à faire prendre de bonnes décisions, mais d’avoir toujours mis sur la table de la matière concrète pour la réflexion. Comme me le faisait remarquer un journaliste étranger, à propos de Cap 2010, « vous avez eu le tort de répondre à toutes les questions qui vous étaient posées… » L’inertie, la paresse intellectuelle, le pouvoir des petites et grandes féodalités, le conservatisme de ceux qui ne savent que dire non ou, pire, ne rien dire, stérilisent tout, engluent tout, nous condamnent à subir : « agir plutôt que réagir ! ».

 

Mais me direz-vous pourquoi ce énième plaidoyer pro domo ? Pourquoi cette soudaine effervescence ? Péché d’orgueil, impatience, sans doute un peu des deux, mais surtout exaspération sur deux dossiers : les craintes suscitées par la mention du cépage sur les vins sans IG et l’incompréhension face aux problèmes juridiques inextricables du classement de St Emilion. Entendre à la fois le chœur des pleureuses, qui en temps utile, sur le premier dossier, se sont contentées de ne défendre, confinées dans leurs petites chapelles, que la préservation de leurs droits acquis, et le silence abyssal du club des « on ne peut rien faire » qui se refuse à explorer le champ des possibles sur le second dossier, en effet m’exaspère. Des gens d’en haut et des gens d’en bas, des héritiers qui se chamaillent et mettent le système cul par terre et un petit peuple de vignerons qui subit l’impéritie de ceux qui sont censés mener à bon port leur devenir. Questions d’inégale importance, certes, mais pour les aborder toujours le même état d’esprit consistant à ne pas vouloir faire la part belle à l’intelligence. Pauvreté du temps qui contraste avec l’inventivité, la créativité, l’originalité de celui des pères fondateurs de notre système des AOC. Certains gardiens des temples, qui risquent de devenir des mausolées, vont me tailler un nouveau costard, m’accuser de suffisance, se plaindre que je me pousse du col. Qu’ils se rassurent, mes mots coulent sur du sable sec et, si un jour les faits me donnent raison, je n’en tirerai ni gloire, ni bénéfice mais, à l’heure où l’expertise publique retrouve toute sa pertinence face à la faillite des officines privées, je ne vois pas pourquoi je ne revendiquerais pas le droit d’exercer mon métier.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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