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4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 00:09

 

Nous avons terminé la soirée à l’ambassade d’Italie, au 51 rue de Varenne, à deux pas de l’hôtel Matignon. Nos amis italiens adoraient le champagne et nous carburions au Bollinger. Chloé, très à son aise, s’offrit même un long aparté avec Aldo Moro et, lorsque je lui demandai sur le chemin du retour ce qu’ils avaient de si important à se dire, elle se contenta de me répondre : « les affaires italiennes sont compliquées, Moro est le seul à pouvoir imposer le compromis historique aux hiérarques de la DC, ça déplaît aux ultras des deux bords alors j’essaie de nouer des fils entre tous les camps… » Comme j’étais dans les vapes je ne poussai pas plus avant la conversation mais, bien plus tard, lorsque nos affaires prirent une tournure dangereuse, le souvenir de cet épisode italien remonta à ma mémoire. Pour l’heure, au fond du taxi, je caressais les cuisses de Chloé qui m’encourageait dans mon entreprise. Elle murmurait à mon oreille « j’ai toujours eu envie de me faire prendre dans un taxi… » Je soupirais « vu mon état, ma belle, je serais capable de m’endormir pendant l’assaut… » Elle éclatait de son grand rire cascadant. Le chauffeur, aussi plonplon que sa 403, faisait semblant de ne s’intéresser qu’à la conduite alors que son regard, abrité sous des sourcils broussailleux, cherchait le meilleur angle pour contempler nos jeux de mains. « Je vais ranimer ta flamme beau légionnaire… » et, joignant le geste à la parole, elle me débraguettait. Nous roulions presqu’au pas.

Comme pour la dégustation des vins, le vocabulaire utilisé en ce type de circonstance m’a toujours paru d’une grande trivialité et, surtout, inadapté à la réalité. Les mots n’expriment rien, tout est dans l’harmonie silencieuse. Chloé jouait en virtuose. Elle adorait. Au fur et à mesure que mon plaisir s’amplifiait je sentais son allégresse. Aux feux tricolores nos stations se prolongeaient au-delà des alternances minutées par les ingénieurs de la voirie. Dans les temps de pure gestuelle, fermes et ardents, Chloé me parlait de son enfance. Elle détestait les poupées et les dînettes, préférant les voitures aux chromes rutilants, monstres d’acier aux chevaux de feu déchainés « comme je suis gauchère, j’adorais les anglaises. Se saisir en pleine pogne du pommeau du manche de vitesse, jouer à fond des rapports… Rien que du plaisir… Dur… » Même si mon état ne me permettait pas de m’intéresser aux réactions de notre chauffeur je sentais tout de même flotter dans l’habitacle comme une sorte de communion. Attiser, faire rougeoyer les tisons en évitant la flamme, je me consumais avec volupté. Pourquoi diable, à cet instant, pensais-je aux boulevards de ceinture. Sans doute parce que nous devions tourner depuis bien longtemps autour d’un pâté d’immeubles mais aussi parce que je résistais de toutes mes forces pour ne pas mourir. Chloé le sentait. Je la suppliais doucement. Elle ignorait superbement ma détresse. La reddition était proche. Je fermais les yeux en m’abandonnant.

Avec Chloé tout était possible. Elle faisait tout avec élégance et légèreté. Je l’admirais. Qui d’autre qu’elle, à une heure du matin, en robe du soir sur un trottoir du VIIe, aurait devisé gentiment avec un chauffeur de taxi tourneboulé par ce qu’il venait de vivre ? Sous le halo du réverbère reine de la nuit, irréelle, elle s’adressait au petit bonhomme en blouse grise et béret qui, descendu de sa caisse, la contemplait comme si elle était la vierge de Massabiel. Quand il rentrerait dans son pavillon de meulière à Meudon, n’en doutez pas, bien plus que nos ébats, c’est l’image de cette superbe fille qu’il accrochera dans un sous-verre, au-dessus du lit occupé par sa rombière endormie. « Que lui as-tu raconté ? » lui demandai-je dans l’ascenseur. « Tout d’abord je l’ai remercié de son obligeance, puis je l’ai complimenté sur l’entretien de sa 403. J’ai tout de suite perçu dans ses yeux que c’était un brave homme. Tu vois mon beau légionnaire, il ne faut jamais se fier aux apparences, notre homme, sous ses airs de banlieusard pépère, s’est révélé plein de finesse. Il jardine. Des fleurs, pas des navets mon beau, ses préférées sont les roses thés. Il lit du Saint Augustin car il a été séminariste… » Je trouvai la force de ricaner : « un peu voyeur aussi… » Chloé me flanqua une beigne : « sale petit flic de merde tu salis tout. Lui m’a dit que c’était beau. Pour lui la semence c’est sacré… » Je m’agenouillai sur le lino de l’ascenseur : « Crois-tu que nous finirons en enfer ? » Elle me caressa les cheveux : « Nous y sommes déjà mon grand et nous ne sommes pas près d’en sortir… »

 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

JPduLot 09/01/2009 08:42

Vous avez une vie trés choyée -Sympa cette Chloé !.... Qui est ce ?

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