Mardi 6 janvier 2009
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La séquence commence par
une interview première semaine de décembre de Jean-François Moueix, dont la parole est rare, dans le Nouvel
Observateur.(PAGES N° 35 : Brève rencontre avec JF Moueix). Il n’y va pas de main morte et à la dernière question de Jean-Jacques Chiquelin : « Peut-on imaginer qu'au
printemps il n'y ait pas de ventes en primeur ? » la réponse tombe : « On ne peut l'exclure. Les maisons de négoce qui ne peuvent pas s'autofinancer ou
obtenir un crédit ne prendront pas leurs «allocations», les caisses qui leur sont réservées par les châteaux. Si trop d'acheteurs font défaut, il n'y aura pas de vente en primeur. Les
propriétaires attendront que les vins soient élevés, mis en bouteilles pour les vendre. Or la vente en primeur est le cordon ombilical du négoce bordelais. Les châteaux vendent d'abord aux
négociants bordelais, et seulement après au reste du monde. Si le négoce n'achète plus, adieu la place de Bordeaux, ses négociants et ses courtiers. »
Elle continue dans les
Échos du 19 décembre : « La crise rattrape les vins de Bordeaux » titre le quotidien économique sous la signature de Bernard Brousté. Je laisse de côté la partie des
vins gérée par « des sourds ou des malentendants », en effet « les transactions viticoles entre la propriété et le
négoce ont-elles chuté de 37% au cours de ces trois derniers mois. », j’y reviendrai pour évoquer « l’effet dominos » de cette énième crise bordelaise , pour ne citer que ce qui
concerne le haut du panier : « Au surplus, à la différence de ce qui s’était passé dans les années 2003-2006, les problèmes risquent à terme de
toucher aussi les grands châteaux. Les gains des banquiers de Wall Street et de la City avaient contribué à la folle envolée des plus grands vins vendus en primeurs. Et certains fonds
d’investissement les achetaient même à des fins purement spéculatives. Mais la crise rogne leurs moyens et certains Londoniens remettent même en catastrophe des vins sur les marchés. Dans ces
conditions, les négociants de bordeaux et les importateurs qui s’étaient chargés en primeurs 2006 pourraient avoir du mal à les écouler. Pour le millésime 2008, une forte correction à la baisse
d’une partie des grands crus n’est donc pas à écarter. »
Elle se poursuit par l’annonce dans Decanter de la mise en vente de Château
Latour par François Pinault et l’hypothèse, justifiant ce désengagement, développée par François Mauss sur son blog : « Je prends une fiction (qui peut-être réelle) avec Arnault :
-
il achète, grâce à un prêt bancaire, pour 1 Mds d’actions
Carrefour ;
-
il passe en garantie à la banque un actif
équivalent ;
-
l’action Carrefour diminue de moitié ;
-
malgré les excellentes relations entre Arnault et ses banquiers ceux-ci
venir lui demander discrètement d’ajouter un nouvel actif de 500 millions pour « garder » la valeur de leur garantie
Tu appliques cela à Pinault et tu peux
comprendre ce qui se passe actuellement chez ces très riches qui ont de gros prêts. »
Je la termine avec Jacques Attali – l’un des
rares analystes à avoir vu venir la crise – qui sur son blog imagine deux
scénarii principaux :
« Le plus
vraisemblable
verra le nouveau
président américain réussir à financer de grands travaux publics par l’épargne chinoise et pétrolière. L’Europe, démontrant par une campagne électorale chaotique son
incapacité à parler d’une seule voix, n’attirera pas les capitaux du monde et s’installera dans la récession, pendant que les pays émergents, pris dans les rets d’innombrables
manifestations de violence (en Chine, en Inde, en Ukraine, au Pakistan, en Corée, au Maghreb) verront fuir leurs capitaux et leurs élites.
Le moins
vraisemblable
verra les responsables des
principaux fonds souverains comprendre que le déficit public américain est intenable, que le système fédéral de réserve est en faillite, que l’Amérique ne pourra jamais payer sa
dette, que placer ses capitaux en bons du Trésor américain est très dangereux, que plus personne à Washington ne contrôle plus rien, entrainant une hausse du coût de la dette, une
chute du dollar et une faillite de l’état fédéral, suivi d’une hyperinflation planétaire.
Pour mesurer la façon dont
on s’approchera de l’un ou de l’autre de ces deux scénarii principaux,
il faudra surveiller la
confiance des marchés dans la capacité d’emprunt de l’Etat fédéral américain ; elle se mesure à court terme par le taux d’intérêt des bons du trésor (les T bills) et à long terme
par le prix des options de vente à terme de ces mêmes bons. Plus ce prix monte, plus le second scénario devient probable.
Et ces prix disent
tout :
les investisseurs
ont si peu confiance dans les autres placements qu’ils sont prêts à investir aujourd’hui à 0% dans des bons du Trésor américain. A l’inverse, le prix des options à
terme sur ces bons ne cesse de monter. Autrement dit, l’Amérique, considérée comme bientôt en faillite, reste pourtant l’ultime placement encore acceptable. Ainsi, les
marchés eux mêmes ne croient plus en l'avenir de l'économie de marché. Et pour une fois, ils pourraient ne pas se tromper. »
Chers abonnés,
Désolé hier une chronique ancienne, juillet 2008, s'est éveillée par l'opération du Saint Esprit et s'est remise en ligne, venant ainsi encombrer votre messagerie sans doute déjà surchargée
en ce début d'année. Avec mes excuses. Bonne journée.
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