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               Vin&Cie, l'espace de liberté

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Samedi 20 décembre 2008 6 20 /12 /2008 00:04

 

Le temps, prendre le temps, laisser du temps au temps, ne pas confondre agitation et action, respecter le temps long, se donner le temps de la réflexion… Le texte qui suit me va bien car il exprime ce que je ressens, et il dit simplement, bien mieux que je ne ferais, des choses essentielles. Il est de la plume de quelqu’un que j’aime bien, Étienne Klein, professeur à Centrale qui dirige le laboratoire de recherche sur les sciences de la matière au CEA. Bonne lecture…

« … qui oserait nier que le « parler gros » l’emporte désormais sur le « parler fin » ? Qui ne voit là l’équivalent d’une marée noire ? Qui pourrait contester que chaque jour un peu plus, les discours subtils, prudents, ceux qui font des plis, se trouvent marginalisés ? Certes, il ne s’agit pas d’une véritable « guerre ». Mais on assiste bel et bien à une offensive larvée, patiente, contre tout ce qui demande du temps, une élaboration, voire de la lenteur. L’engouement remplace de plus en plus souvent le raisonnement, la conviction intime ou le goût spontané (ou ce qui se prend comme tel) comptent davantage qu’une argumentation solide ou une critique rigoureuse. Dans un système qui semble condamné aux choix binaires – oui ou non, pour ou contre –, le discernement est mis au rebut. Les grands médias concourent sans nul doute à ce travail de brouillage. À force de fabriquer de la fugacité, puis de la renouveler sans cesse, à force de promouvoir une immédiateté sans passé ni avenir, sans règles, sans héritages, ils deviennent victimes et promoteurs d’une sorte de maléfice qui leur est consubstantiel : ils appauvrissent tout ce qu’ils touchent. S’il leur arrive de croise quelque chose d’important ou d’essentiel – une œuvre, une personne, une image, une idée –, par le fait même de l’installer dans l’actualité ils le placent en état d’inconsistance. Tout se passe comme si les images et les discours que les médias font déferler nous mettaient en présence d’une réalité excessive, où l’incident devient évènement et où l’évènement se retrouve souvent relégué au rang d’incident. Or ce « trop-plein de réalité » agit sur nous, concrètement. Il nous assiège au plus profond de nous-mêmes, nous rendant chaque un peu plus impuissants à relier les évènements et les idées à ce qui les produit. Piégés dans un flux qui nous submerge, nous ne sommes plus capables de discerner quel paysage général est en passe d’émerger. D’autant que les temps indispensable à l’analyse réclame désormais une forme d’ascétisme. Car à toute heure du jour et de la nuit, la distraction est là, à portée de bouton, de clavier ou de télécommande, qui vient faire écran (c’est le mot) à la réflexion. Il s’agit d’une affaire de prolifération, mais non nucléaire : à force de se singer, de s’autocélébrer, à force de promouvoir la vétille comme épopée du genre humain, les formes modernes de la communication se transforment en une vaste polyphonie de l’insignifiance. Elles produisent une sorte de magma informel que nul message élaboré, construit, raffiné, ne parvient plus à transpercer. » in « Galilée et les Indiens » d’Étienne Klein Café Voltaire chez Flammarion pages 100 à 102

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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