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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 00:07

 

 

«  Je m’étais souvent interrogé sur les origines de la tonnellerie. Mais aucun dictionnaire ne m’avait répondu et je pensais vaguement que la tonnellerie était née au Moyen Age sur les bords du Rhin !

Mon ami le poète érudit Fernand Tourret, m’a détrompé et éclairé. Ce sont les Celtes qui ont inventé la barrique en bois, quelques décennies avant l’ère chrétienne. C’est en Gaule que les Romains en ont appris l’usage. Le célèbre tonneau se Diogène n’était qu’une grosse amphore. Les peintures antiques en font foi.

Or, je considère l’invention du fût comme l’une des plus inspirées de tous les temps. Je veux dire l’une des plus inattendues, presqu’une pure création de l’esprit. Une invention qui ne tombait pas sous les sens ; qui relevait de l’imagination, non de l’imitation, puisque la nature n’en donnait aucun exemple (à part, peut-être, la rose dont les pétales resserrés ressemblent quelque peu aux douelles assemblées. Mais la rose existait-elle au temps des Celtes ?). La plus grande partie des inventions humaines figurait déjà dans la nature, sauf la barrique. La maison, c’est la grotte naturelle ; le bateau, c’est le tronc d’arbre qui flotte ; même la roue, c’est le soleil qui roule dans l’espace ; etc. Je dirais aussi que la barrique est une invention loufoque, burlesque, à contre-courant, à contre-raison, à contre-utilité. Comment a-t-on pu imaginer de faire tenir du liquide dans un montage de morceaux de bois difficiles à assembler ? Le récipient naturel, c’est l’amphore, le vase, fabriqués à la façon de l’arbre creux, de la pierre creuse que l’on copie en moulant de l’argile humide ; ou bien c’est l’outre que l’on trouve toute faite en cousant la peau d’un bouc. Les Grecs et les Romains, éminemment rationnels et utilitaires, ne pouvaient pas inventer autre chose. Tandis que les Celtes, peuple de rêveurs, insoucieux du temps et de la vie pratique, imaginèrent le fût qui, comme quelques autres inventions de poètes, s’avéra pourtant plus utile, plus adéquat à son but que tous ses équivalents ; et ils lui donnèrent sa forme définitive dès l’origine, puisqu’il n’a subi aucune modification essentielle au cours des âges.

Du premier coup, le fut est sorti parfait de la main humaine, comme telle déesse du cerveau de Jupiter.

Il y a en effet du divin dans une telle invention. En l’appelant miracle, je ne sollicite pas les faits, je ne tire pas le voile à moi. J’emprunte seulement à la bouteille son épithète rabelaisienne et je ne dis que la « dive barrique » est une invention poétique !

 

In « Célébration de la barrique » par Pierre Boujut éditions Robert Morel

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

claude duffour 05/03/2009 13:39

Quant à moi, à propos de la barrique, voici ma propre version quelque peu "mystique".
Origine antiquité ou moyen âge, l'un ou l'autre sans doute, mais, dans les deux cas les dimensions en formes de la barrique sont issus d'un savoir ancestral et oublié aujourd'hui et l'objectif était alors de conserver, de protéger et de bonifier le contenu tout en facilitant la manipulation...
CD

régine 05/03/2009 10:20

Etrange ...pourtant on trouve toutes les informations dans le livre de Roger DION (feu grand ami de Pierre GALET, des hommes de la même trempe, des Vrais! des hommes d'Honneur sans les honneurs, les humbles de notre viticulture mondiale) "Histoire de la vigne et du vin - Des origines au XIXè siècle
Flammarion ...édité en 1959 ...bon millésime...ses mots justes et bons...

Gilles Fumey part de la thèse de Roger Dion, qui a passé sa vie de chercheur à travailler sur le vin en général. Roger Dion a formulé ses idées dans l’Histoire de la vigne et du vin en France des origines au 19e siècle, livre qui a mûri pendant près de 20 ans. Très grossièrement, l’idée de Roger Dion est que les vins de qualité en France ne sont pas dus à la qualité des terroirs, ni à la qualité des cépages. Si il existe des vignobles à vins de qualité, c’est grâce à leur position géographique par rapport à des marchés de consommation : c’est le consommateur, son exigence de qualité, qui pousse les viticulteurs à produire de la qualité en France. Ainsi, le Bordelais doit la qualité de ses vignobles aux Anglais qui ont exigé des produits de qualité pour un marché formé de marchands, de princes, de personnes riches, et ce dès les XVIème et XVIIème siècles. La Bourgogne a orienté sa production vers la qualité afin de répondre aux exigences de la cour des Ducs de Bourgogne à Dijon, puis de la cour des rois à Paris. Les Côtes du Rhône sont liées à la cour des Papes à Avignon et à la bourgeoisie lyonnaise. A l’inverse, le Languedoc produit peu de vins de qualité car la région a très tôt connu des difficultés à l’export : ses péniches qui descendaient le Canal du Midi étaient bloquées avant Bordeaux par le privilège de cette ville qui tenait le port de commerce. Les vins transportés sur les péniches n’avaient l’autorisation d’être vendus qu’une fois les ventes de Bordeaux achevées.
Les champagnes, produits de l’histoire...

« Les Français aiment voir,
dans les vertus de leurs vignobles,
l’effet d’un privilège naturel,
d’une grâce particulière accordée à la terre de France,
comme s’il y avait plus d’honneur,
pour notre pays, à recevoir du Ciel que de la peine des hommes cette renommée viticole où nos ancêtres ont trouvé un sujet de fierté collective avant même que ne se fût éveillé en eux le sentiment d’une patrie française.

De là, dans les notions d’histoire viticole
communément répandues, tant dereprésentations illusoires et d’explications faciles.

Une belle réussite,
quand elle est le fruit d’un long et dur travail,
se reconnaît à ceci qu’elle le fait oublier. »

--oo§§§§oo--

Sans équivalent dans le reste du monde, notre viticulture est l'un des soutiens les plus sûrs à notre commerce d'exportation et l'une des expressions les plus glorieuses de la civilisation que nous a léguée l'antiquité gréco-romaine.
En témoignent les "Musées du Vin" ou "Maisons du Vin"
Qui distinguent les hauts lieux du monde viticole, et que l'on se propose d'imiter hors de nos frontières.
A la France revient l'honneur d'avoir, en ces matières, donné l'impulsion et fourni les modèles.

Roger DION

La France championne du monde des coucous!...

MARTIN 05/03/2009 08:59

A propos de mythes en viticulture et oenologie, le livre qui vient de sortir ces jours-ci chez Féret, Les Hommes de science, la Vigne et le vin; de l'Antiquité au XIXe siècle, en donne un éclairage.
La question des sources historiques nécessite beaucoup de prudence.

David Cobbold 05/03/2009 07:32

Cher Jacques, quelles sont les preuves que cela soit les Celtes qui aient inventé la barrique ? Je sais bien (avec Cocteau) qui "l'histoire ment, seule la légende dit vrai", mais il serait bon d'avoir quelques preuves de cette version des faits un jour. La plus ancienne illustration d'une barrique que je connais est Romain, certes en "Gaule" car retrouvé, je crois, à Vienne sur le Rhône. Il s'agit d'un bas-relief et montre clairement un bateau chargé de tonneaux en bois (on en voit les douves). Mais je n'ai jamais vu des preuves que les Celtes aient inventé cet outil formidable. Peut-être que quelqu'un pourrait nous éclairer ?

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