Dimanche 14 décembre 2008 7 14 /12 /Déc /2008 00:04

Passer des sandwiches pourris arrosés de café jus de chaussettes au caviar à la louche sur pain toasté dégusté entre deux verres de vodka frappée bus cul sec faisait parti de notre ordinaire. Nous l’assumions, Chloé et moi, sans état d’âme car le temps que nous vivions essorait les derniers relents d’une France moisie et, chacun sur leurs territoires, nos « camarades » de la GP en rupture temporaire de classe, et nos « coquins » de la sphère politico-immobilière escaladant l’échelle sociale à grandes enjambées – un peu à la Chaban gravissant les escaliers – participaient à l’extraction du jus du bubon. Le marxisme-léninisme et son dernier avatar le maoïsme, victime de la surpâture collectiviste qui transforme les individus en « protégés » de l’Etat incapables de se prendre en charge, entrait en une longue phase terminale alors que la société de consommation, elle, vivait une adolescence chaotique. Le dernier exploit en date de l’avant-garde éclairée et agissante du prolétariat : l’attaque spectaculaire de l’épicerie Fauchon, place de la Madeleine, que nous avions gentiment instrumentalisée sur instruction de notre cher Bertrand Guide, jamais en reste d’un coup tordu, se situait dans la dénonciation de l’irruption d’une consommation ostentatoire qui commençait à émerveiller les « nouveaux riches » de la classe moyenne. Quand Sartre, sur RTL, affirmait que « l’existence même de Fauchon est un scandale » ça plaisait à la Rive Gauche et aux grands bourgeois qui adorent se dédouaner en applaudissant les Robin des Bois, ça énervait la CGT de Billancourt, et surtout ça inquiétait la France des rentiers. La stratégie de Marcellin, le nouveau Fouché du régime, par l'entremise de ses supplétifs encartés de la cellule MR, dont j’étais, et de ses barbouzes du SAC, dont j’étais aussi, consistait à jouer de la peur en agitant les marionnettes de la GP, dont j’étais aussi. Assez bizarrement, l’opinion publique, jugeait avec indulgence le raid de la GP chez Fauchon, sans doute parce que, pour une fois, en distribuant du foie gras dans les bidonvilles, les intellos touchaient le côté abbé Pierre des français que Coluche et le Téléthon viendront amplifier lorsque viendra le temps des nouveaux pauvres.

 

Pour notre croisière, après une vive discussion sur le profil que nous devions adopter, je me rangeais aux arguments de Chloé. Alors que je défendais la position « nouveau riche », ramenard et sûr de lui, Chloé, soutenait que, face à un Frenkel très porté, dirait-on de nos jours, sur le bling-bling, ce serait se poser en concurrent alors qu’il fallait lui donner le sentiment que lui seul menait le jeu. « Endossons le costume sage du petit couple bien né, bien mis, plein aux as, qui essaie de s’émanciper de la tutelle pesante de ses parents… Laissons lui le plaisir de croire qu’il roule dans la farine des « demeurés » du 7ième ça abaissera son degré de vigilance et nous permettra de lui tirer les vers du nez… » me serinait-elle, en ajoutant, avec un peu d’agacement, « cesse un peu de toujours en rajouter. De vouloir jouer les funambules au-dessus du précipice. Faut que tu grandisses mon beau légionnaire sinon tu vas encore au-devant de cruelles désillusions… » J’en convenais tout en montant dans ma tête un nouveau scénario. « Alors nous devons y aller masquer, sous une fausse identité, en frère et sœur… » Chloé soupirait « la vie n’est pas une bande dessinée. Nous ne sommes pas en train de jouer aux gendarmes et aux voleurs…

-         Si ma belle nous jouons car sinon je crois qu’il nous faudrait choisir un camp…

-         Tu n’as pas choisi ton camp mon beau légionnaire…

-         Je déteste les camps !

-         Tu es apolitique donc !

-         Ne dis pas de conneries Chloé mais ce n’est pas si simple…

-         C’est toi qui n’es pas simple Benoît.

-         Tu veux que je m’étende sur le divan ma belle italienne.

-         Oui.

Chloé me dépiautait avec frénésie puis s’empalait sur moi avec douceur. Pendant qu’elle allait et venait je lui susurrais « c’est un inceste petite sœur…

-         immonde salaud tu veux toujours avoir le dernier mot…

Nous nous embarquâmes sur le Mermoz sous le nom d’Ingrid et de François Dulong, nés et domiciliés à La Mothe-Beuvron : c’est ce qu’indiquaient nos passeports complaisamment délivrés par les bons soins de l’ambitieux Bertrand – depuis peu, depuis qu’il avait compris que j’étais protégé par un gaulliste historique - il tenait que je l’appelasse par son prénom.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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