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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 07:00

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Ces messieurs du négoce s’était fendus d’un vin d’honneur et, pendant que Paul de Candolle, très froufroutant, distribuait le contrat de confiance Saint-Drézéry, suivi d'un Luchini rayonnant qui, petit à petit, se voyait cerné par une grappe d’admirateurs qui le suppliait de leur faire Bardamu. Ce qu’il fit, avec une certaine discrétion, pendant que Marie s’entretenait avec un monsieur Pierre tout ragaillardi qui, avec son petit sourire aux lèvres, lui confiait « même si je ne partage pas toutes vos idées mademoiselle ce que je puis vous assurer c’est que vous possédez, bien plus que la grande majorité de cette assemblée, le sens du commerce. Croyez-moi, puisque vous dites savoir compter, et je vous crois, vous irez loin... » Cet aparté fut l’objet de toutes les suppositions car nul, même en tendant l’oreille, n’avait pu saisir des bribes de leur conversation car Luchini avait légèrement haussé le ton  « Moi je m'étais trouvé pour la pratique un petit appartement au bord de la zone d'où j'apercevais bien les glacis et l'ouvrier toujours qui est dessus, à regarder rien, avec son bras dans un gros coton blanc, blessé du travail, qui sait plus quoi faire et quoi penser et qui n'a pas assez pour aller boire et se remplir la conscience. Molly avait eu bien raison, je commençais à la comprendre. Les études ça vous change, ça fait l'orgueil d'un homme. Il faut bien passer par là pour entrer dans le fond de la vie. Avant on tourne autour seulement. On se prend pour un affranchi mais on bute dans des riens... » Le déjeuner avec le Président du CIVB et son bureau fut d’un chiant et d’un convenu absolus car le Fabrice s’était esbigné pour aller rendre visite à Alain Juppé qui voulait qu’il soit du prochain « Bordeaux fête le vin ». Marie, un peu vénère, entreprit Roland Feredj, l’inamovible directeur du CIVB, sur son allergie à l’égard des ronds-points avant d’abréger les agapes pour, dit-elle, aller s’acheter quelques bouquins chez Mollat qu’est à deux pas. De retour pour quinze heures, remontée comme une pendule, elle disséqua devant une Assemblée générale stupéfaite le plan « Bordeaux demain » avec la précision d’un chirurgien, mettant le doigt là où ça faisait mal, affirmant qu’être en retard d’une guerre n’a jamais amené à la victoire, que seul le passage à l’acte permettrait à l’ensemble du vignoble de mieux vivre. Foin des égoïsmes, des faux-semblants, des larmes de crocodiles, du laxisme, de l’opposition stérile négoce-propriété, il fallait faire des choix clairs, arrêter de vouloir tout faire, d’emmerder les Languedociens, et de conclure que son contrat de confiance Saint-Drézéry pouvait constituer une base intéressante pour un véritable partenariat entre les vignerons, leurs coopératives et un négoce qui ne vendrait pas que du vin. Dans le fond de la salle Paul de Candole était en lévitation, atteignant un quasi-extase alors qu’à grandes enjambées Fabrice Luchini rejoignait l’estrade pour déclarer devant le public médusé « La Fontaine est supérieur à Baudelaire parce que ce n'est pas la forme mais l'éblouissement. Baudelaire, c'est le génie de la forme, une ciselure qu'on peut simplement suivre. Mais je crois qu'il faut se méfier du génie de la forme. La Fontaine, on peut l'aborder sans cette méfiance. Sans aucune méfiance « Il est bon de parler mais meilleur de se taire, mais tous deux sont mauvais, alors qu'ils sont outrés. Nul animal n'avait affaire dans les lieux que l'ours habitait, si bien que tout ours qu'il était, il vint à s'ennuyer de cette triste vie. » Vous rendez-vous compte ? Si bien que tout ours... » D'ailleurs, on ne doit pas dire le s de "ours" : « Si bien que tout our qu'il était, il vint à s'ennuyer de cette triste vie. Il est bon de parler, meilleur de se taire, mais tous deux sont mauvais, alors qu'ils sont outrés. Nul animal n'avait affaire dans les lieux que l'our habitait. » A chaque fois il nous en envoie une ! Il y a tout Raymond Devos, en une phrase. Voilà : d'un côté, on a Baudelaire qui est un génie de la forme, de l'autre, on a La Fontaine qui est un génie tout court. » Le public debout l’ovationnait.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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