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3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 00:01

Mademoiselledont je tairais le nom,

Longtemps je me suis levé de bonne heure pour aller me pencher au chevet de patients – étrange appellation que celle-ci mais pourtant si parlante : personne qui subit – fragiles, mal en point, perclus de maux, sous perfusion, souvent victimes d’une forme d’acharnement économique, inadaptés aux duretés du temps, proches de la sortie, des laissés pour compte de ce que l’on qualifiait de crise alors qu’il s’agissait d’une profonde mutation. Puis, mes commanditaires, soucieux d’un avenir qui ne semblait pas aussi souriant que certains augures le laissaient entendre, m’ont demandé d’ausculter le Patient France du vin. Pendant une année j’ai observé les symptômes pour les analyser, poser un diagnostic et, comme le disent les praticiens, je me suis efforcé de proposer un protocole efficace pour le traitement, seul d’abord, puis avec des confrères.  Sans « revendiquer » l’appellation non contrôlée de « spécialiste » permettez-moi tout de même de mettre mon grain de sel dans une histoire dont raffolent les normalisateurs papivores dont vous êtes  un beau spécimen.

Le Beaujolais n’a jamais fait appel à mes « services » et pourtant comme le disait très crument Jean-Pierre Labruyère en septembre 2007 à la RVF : « la situation est catastrophique. Nous avons la menace d’une crise sociale grave. Près de 45 % du millésime est vendu chaque année sous forme de  Beaujolais Nouveau, en un mois. Il n’y a pas d’équivalent dans le monde. Malheureusement, le Beaujolais est porté par un discours marketing et n’a plus d’image de qualité. Pire, il occulte désormais le marché des crus. Il y a vingt ans, le prix des Moulin-à-Vent était le même que celui des Châteauneuf-du-Pape ou des Mercurey. Aujourd’hui, c’est moins de la moitié. L’interprofession porte une lourde responsabilité dans ce bilan désastreux : elle n’a pas su limiter ses rendements ni contrôler la qualité de ses vins. » Rappelons-nous comme l’écrivait à l’époque Vitisphère : « des prix en chute de 12 à 25%, et des stocks de vin invendu, frappés de plein fouet par la crise. Pour en sortir, l’Union interprofessionnelle des vins du Beaujolais (UIVB) avait présenté un plan d’urgence, avec en aval la distillation de 110 000 hectolitres pour assainir les stocks, et en amont un renforcement des conditions d’agrément, reconnaissant implicitement que 7% à 10% des 1,2 millions d’hectolitres produits ne méritaient pas l’appellation ». Alors, permettez-moi de vous poser une question simple, mademoiselle… dont je tairais le nom, « qui donc avait agréé ces 7 à 10% de vins indignes de l’appellation ? » Merci de me faire parvenir la réponse par retour du courrier.

Aujourd’hui ce qui m’amène à fourrer mon nez, dont je regrette qu’il ne soit pas aussi prestigieux que celui de mon ami Jacques Dupont Merveilleux du Vignoble, dans un dossier où, mademoiselle…dont je tairais le nom « On servit, pour l'embarrasser, En un vase à long col et d'étroite embouchure. Le bec de la Cigogne y pouvait bien passer ; Mais le museau du sire était d'autre mesure. »*, c’est que, sans doute, pour faire oublier les errements du passé, voici qu’en compagnie des mêmes dégustateurs, type passoire à gros trous non modifiée, vous avez fait plié un original, appelons-le par commodité Mister Blond, vous l'avez obligé à passer sous les fourches caudines de votre prétendue « typicité », pour lui montrer que le nouveau Q de la vieille dame qui vous emploie s’assied sur le jugement des seuls qui vaillent en définitive : les clients de Mister Blond, dont horreur et abomination certains sont d’ « affreux » étasuniens, qui plébiscitent son vin dont la seule destination, d’après-vous, à la suite de votre décision souveraine, sera la même chaudière où les 7 à 10% agréés par vos soins auraient du être jeté sans autre forme de procès. Moi qui ne suis, selon certains beaux esprits de vos amis, qu’un stipendié des « vins industriels », c’est avec un plaisir non dissimulé, un esprit de dégagement hors norme, que je prends le parti de la cause de tous les Mister Blond.  Je ne vais pas m’appesantir sur le fond de l’affaire car, je l’espère, vous en maîtrisez parfaitement les tenants et les aboutissants. Cependant, je vous recommande, miss de dont je tais le nom…, la lecture de la chronique « A Beaujolais Maker’s Pain »  du 24 mai 2008 publiée sur le blog d’Eric Asimov du New York Times « The Pour ».
http://thepour.blogs.nytimes.com/2008/05/20/a-beaujolais-makers-pain/
ainsi vous pourrez constater que vous participez, avec un brio inégalé, à donner de notre patrie l’image d’un vieux pays perclus de bureaucrates obtus. Ça me déplaît profondément car je fais parti de ceux qui pensent que tout système à besoins de règles de régulation et, bien sûr, d’une autorité indépendante pour les faire respecter. Mais que diable avant d’aller chercher des poux dans la tête de Mister Blond faites-moi la grâce de consacrer tous vos efforts à virer les vins de ceux qui rallongent la sauce.

L’acharnement dont vous avez fait preuve, signe d’une certaine forme de désarroi, car je suis sûr de votre intégrité, est d’autant plus étrange qu’il se situe dans le cadre d’un système décrié, condamné, réformé et qui n’a plus court. Croyez-vous vraiment, personne ne vous demande de battre votre coulpe ou d’aller à Canossa, que l’agrément des 300 hl de Beaujolais de Mister Blond ajouterait au « discrédit » jeté par certains sur cette belle appellation que j’ai toujours défendue ?

 

La réponse est clairement non !


Bien au contraire, vous auriez donné un signe, non de bonne volonté ou de laxisme, mais d’intelligence aux amoureux du Beaujolais.

 

Que les vins de Mister Blond soient différents, atypiques, fruit de l’esprit d’un vigneron curieux et inventif, ne constitue pas une tare, un boulet supplémentaire pour le Beaujolais, mais un plus pour capitaliser de la notoriété.  

 

 Dans ma vie antérieure, lorsque je tenais les manettes, que j’exerçais sur vos prédécesseurs la tutelle, que n’ai-je entendu plaider pour que nous tolérions les « agréments sociaux ». Dans le cas présent ce que je plaide, moi, c’est un « agrément économique et commercial ». Le juge de paix, que vous le vouliez ou non, ce n’est pas vous et votre quarteron d’agréeurs anonymes, mais ceux ou  celles qui, après avoir apprécié les vins de Mister Blond,  en redemandent. La toute puissance de la médiocratie nous plombe. De grâce, accordez à ceux qui précèdent le gros du peloton les exceptions qui confirmeront la sacro-sainte règle pour laquelle vous avez dédiée votre vie administrative. Ne prenez pas la vivacité de mon propos pour de l’ironie facile mais comme l’expression de mon exaspération face à une situation qui perdure depuis des années.


  Mon ire à votre endroit peut sembler bien inutile dans la mesure où ce que j'évoque est une affaire classée. Demain sera un autre jour m’objecterez-vous puisque le système d’agrément change. Fort bien, j’en prends acte. Cependant je doute que la liberté et les pratiques de certains vignerons atypiques puissent entrer dans votre moule étroit. Les interrogations et les craintes de Claire Naudin-Ferrand, en attestent. Allez-vous continuer de pourrir la vie de gens qui font bien leur métier, vendent bien leur vin, ne demandent rien à personne, au nom de l’application étroite de textes purement normalisateurs ? Je le crains. Si tel était le cas, la seule voie de sortie de beaucoup serait de quitter votre carcan, de refonder le système sur les principes qui ont été ceux des origines de l'AOC. Je rêve me direz-vous. Bien moins que vous ne le pensez... 


 Voilà, mademoiselle... dont je tairais le nom, j’en ai fini de mon ouvrage et vous prie d’agréer les salutations d’un simple praticien en semelles de crêpe, arpenteur des fins fonds de la France des vignes et du vin, qui appelle de ses vœux qu’en son beau pays l’essentiel prime enfin sur l’accessoire et que, comme au temps des pionniers de l’AOC, les vignerons gardent la main sur la règle qu’ils se sont librement donnée et qu’ils respectent leur patrimoine commun qu’est l’appellation. Bien à vous...

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Michel Smith 04/12/2008 18:09

Je me marre dans mon coin. Je bois et je pisse, comme chaque année, le Beaujolais nouveau de Duboeuf. Loin de France, à l'ombre des cocotiers, par une douce et envahissante chaleur africaine. Sous les tropiques, dans son sceau à glace, en compagnie de compagnons de voyage et de grillades de poissons frais (ah, la chair du capitaine...), ce vin me procure un immense plaisir. Ce n'est pas un evenement, j'en conviens, mais le Beaujolais, même nouveau, me paraît une fois de plus un vin extraordinaire. Dans quelques jours, je ne penserai plus à lui et boirai d'autres vins, d'autres cieux, en d'autres circonstances. Banal.

jean thevenet 03/12/2008 18:32

Le Président LABRUYERE analyse clairement la situation, mais que dire de personnes qui prônent le développement du Beaujolais primeur, ça marche, mais à quel prix et ne comptez pas la dessus pour tirer la région vers le haut.

Je cite le Vigneron Champenois:

11/07 Ce primeur tant décrié...Dommage, parce que c'est bon..c'est sous cette forme que le gamay donne son optimum qualiquatif. Il faudrait développer les ventes en primeur

07/08
Le Beaujolais est toujours en crise grave, Il faut relancer le primeur avec les caractéristiques typiques qui en ont fait ses heures de gloire.

Faut-il croire le Président LABRUYERE, ou l'auteur des articles du vigneron champenois, personnellement je suis de l'avis du premier.

Herve Bizeul 03/12/2008 17:21

Je croyais qu'il n'y avait plus d'agrément ???

JACQUES BERTHOMEAU 03/12/2008 17:29


directive du CAC de l'INAO 304 annex...doc (348,4 Ko) à lire et méditer


Claude DUFFOUR 03/12/2008 08:50

Salut JB
Ce genre de billet fait du bien. Merci pour ce vent de fraîcheur et bon vent pour M. BLOND que tout amateur de Beaujolais connaît bien.
Peux-tu nous donner ton avis sur les "thermos" concernant ces autres primeurs qui nous empatent la bouche et nous tordent les boyaux ?
CD

me hare 03/12/2008 04:22

l"e bô jolais". ou le Beau jolais ou le BO Jol..ils n'ont pas lu le "Kotler" jusqu'à la dernière page ...faut arrêter, normal la Tasse ! et avec 45% de tréso en 15 ans, ça aide pas à la réflexion pas vrai ! il faut dire les choses crument , ils n'ont pas faim un point c'est tout !
une demoiselle qui taira son nom ;-))

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