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               Vin&Cie, l'espace de liberté

Chaque jour, avec votre petit déjeuner, dans ce petit espace de liberté, une plume libre s'essaie à la pertinence et à l'impertinence pour créer ou recréer des liens entre ceux qui pensent que le vin c'est
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Lundi 17 novembre 2008 1 17 /11 /2008 00:06

 

 


Comme vous devez vous en doutez, chers lecteurs, j’ai un goût immodéré pour les gens qui décoiffent, ceux qui bousculent l’establishment, taillent leur route sans trop se soucier des codes en vigueur. Stéphane Derenoncourt est de ceux là et je suis d’autant plus heureux de l’accueillir que le seul des œnologues sollicités pour répondre à mes 3 mêmes Questions, qui n’ait même pas daigné accuser réception, est le Président de l’Union Nationale des Œnologues, Thierry Gasco – c’est la première fois que cela m’arrive. Comme c’est très tendance Stéphane Derenoncourt est un chti qui descend à Bordeaux au début des années 80 pour « entrer » en viticulture. J’emploie à dessein ce verbe car cet autodidacte avoue que « le vin entre dans sa vie par nécessité et par passion ». Ses expériences sur diverses appellations l’amènent à s’intéresser de plus en plus au concept de « terroir »
»,il s’inspire du modèle Bourguignon, et se base sur la minéralité et la fraîcheur pour développer ses propres méthodes de travail, plus intuitives et moins systématiques. L’observation et la dégustation des baies, du jus et du vin sous-tendent sa philosophie. En 1999, avec son épouse Christine, Stéphane Derenoncourt acquiert une propriété située en Côtes de Castillon, Le Domaine de l’A. Vigneron et consultant, il intervient aujourd’hui dans une soixantaine de domaines où il propose une démarche globale allant de la vigne au vin. Stéphane Derenoncourt définit son travail « comme étant la recherche de l’expression optimale du terroir. L’enjeu, au travers des méthodes proposées, étant de favoriser l’exploration du sol par les racines afin de l’imprimer dans le fruit. » Il ajoute que « face au terroir, plus l'homme se fait discret, meilleur est le vin » et il met un point d'honneur à ne pas “signer” ses vins. Son but est d’élaborer des vins singuliers, frais, sensuels, des vins de soif comme il se plait  à le dire. Comment voulez-vous, après une telle profession de foi, que je ne sois pas très heureux de l’accueillir sur mon espace de liberté.


Question N°1
 : Supposons que je sois un jeune bachelier passionné par le vin. Je cherche ma voie Sur le site du CIDJ je lis « L’œnologue, grâce à ses connaissances scientifiques et techniques, accompagne et supervise l’élaboration des vins et des produits dérivés du raisin. Sa principale activité concerne la vinification. Il conseille les viticulteurs dans le choix des cépages et la plantation des vignes. Il surveille les fermentations en cave, le traitement des vins et leur conditionnement. Il effectue des analyses et procède à des recherches technologiques visant à l’amélioration des cépages. L’œnologue peut également être chargé de la distillation ou fabrication des alcools à partir des marcs de raisins. Enfin, connaisseur et expert en dégustation, il participe à la commercialisation des vins en France et à l’étranger. En raison de la concurrence rencontrée désormais par la production française de vin sur le marché mondial, l’œnologue remplit une fonction stratégique pour le maintien ou l’amélioration de la qualité des produits de la viticulture française. »

 

 

Présenteriez-vous ainsi votre métier à une jeune pousse Stéphane Derenoncourt?

Réponse de Stéphane Derenoncourt : Je ne suis pas le mieux placé pour juger de cette définition, n’étant moi-même pas œnologue. En revanche, pour en avoir recruté et embauché quelques uns, je connais à peu près le niveau technique du jeune diplômé. Cette définition fait rêver, certes, mais elle est très loin de la réalité. Pour exemple, les étudiants doivent passer en tout et pour tout une à deux journée dans les vignes. En faire des experts relève de l’exploit. Je vous encouragerai donc à nourrir votre passion par vos propres moyens, en allant sur le terrain et en rencontrant des producteurs, pas forcément œnologues, et donc avec souvent plus de spiritualité et de sensibilité que ne l’offre la formation purement scientifique.

Question N°2 : « Monsieur Seignelet, qui avait assis Bertrand face à lui, donnait à mi voix des leçons d’œnologie, récitait des châteaux, des climats, des millésimes, émettait des jugements, prononçait du vocabulaire : puis il voulut enseigner à son fils aîné le rite grave de la dégustation. » Tony Duvert « L’île Atlantique » éditions de Minuit 2005. Dans le fameux manga « Les Gouttes de Dieu » «  Le héros est présenté comme œnologue alors que manifestement c’est plutôt un œnophile doué et cultivé.

Quel est votre sentiment sur ce glissement sémantique Stéphane Derenoncourt ?

Réponse de Stéphane Derenoncourt :  Mr Seignelet devrait se méfier afin de ne pas tomber sous les feux de l’union des œnologues. Cela me rappelle farouchement mes débuts. Souvent les critiques de vin ou journalistes me présentaient comme l’œnologue montant. L’union des œnologues s’est donc occupée durant plusieurs mois, de tenir à jour mon dossier de presse accompagné de menace de procès pour avoir usurpé le titre d’œnologue. C’est à partir de ce jour que j’ai décidé d’ajouter sur ma carte de visite la mention ‘’surtout pas œnologue’’. Ils ont finalement bien du mal à défendre leur profession (la défendre de quoi ?). Il est clair qu’on a besoin d’un médecin, et d’un vrai, pour soigner une maladie. Il est tout aussi clair qu’on peut faire du vin sans œnologue.

Question N°3 : Moi qui ne suis qu’un pur amateur aussi bien pour le vin, que pour la musique ou la peinture je place ma confiance non dans les critiques mais plutôt dans ma perception au travers de l’œuvre du génie du compositeur ou du peintre. Pour le vin l’affaire est plus complexe entre l’origine, le terroir, le vigneron, le vinificateur, le concepteur du vin, l’exécution est à plusieurs mains. La mise en avant de l’œnologue, une certaine starification, correspondant par ailleurs avec l’esprit du temps, à une forme de marketing du vin, ne risque-t-elle pas de nous priver d’une forme de référence objective, celle de l’homme de l’art, nous aidant à mieux comprendre l’esprit d’un vin ?

Réponse de Stéphane Derenoncourt : Bien que très médiatique, la starification des œnologues ou consultants de tous poils reste anecdotique. Beaucoup de bruit pour pas grand-chose. Dans le microcosme, la polémique est bien souvent entretenue par ceux qui ne trouvent pas la gloire espérée à travers la qualité des vins qu’ils conseillent ou produisent. Leur frustration les amène à créer des clans, à s’exprimer au moyen des outils modernes, blog ou internet, pour exister. Le monde du vin, et surtout du grand vin, est mystérieux et attire beaucoup les nombrilistes. Mes échanges avec les stars de l’œnologie m’ont souvent laissé penser que leur réussite personnelle tenait d’avantage du chemin philosophique parcouru que de leur connaissance en œnologie.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Commentaires

Bonjour Jacques (si vous permettez) Un bonheur de lire votre blog du jour! C'est un peu comparer l'ordre des médecins à nos prescripteurs de médecine douce, à l'acuponcteur ou à l'ostéopathe dont nous avons tous besoin un jour! Savoir explorer par ses propres sens la nature et le potentiel d'un fruit produit sans "perfusion" n'est malheureusement pas dans la nature des habitudes mais de plus en plus (surtout chez les jeunes qui sont moins contaminés par l'option "déclaration de récolte" et facteur économique) Dans cette philosophie la coopération ne facilite pas le débat et même dans une Champagne encore prospère (pourvu que ça dure) les vieux démons et le corporatisme ont encore de beaux jours à vivre! Cependant trouvez nous toujours des personnages comme S. Derenoncourt pour nous faire rêver à un monde de vins authentiquement de terroir! Bonne journée à vous, je me dirige vers le CA du Syndicat général des vignerons de la Champagne pour "corriger" le nouveau "cahier des charges des conditions de production que l'INAO nous arrache au forceps! Une réglementation de plus pour savoir qui détient le pouvoir au final! Alain Soutiran
Commentaire n°1 posté par soutiran alain le 17/11/2008 à 09h01
Une fois de plus, mon ami Stéphane Derenoncourt brille par son franc-parler et la pertinence de son analyse. Sa réponse à la troisième question est à elle seule un vrai bonheur. Faire un grand vin dépasse de loin le formalisme des connaissances techniques, cela réclame une vraie vision du vin et... une culture !
Commentaire n°2 posté par Jacques Perrin le 17/11/2008 à 14h03
Et bien voici les commentaires qui correspondent le mieux aux réponses que j'aurai faites, en tant qu'autodidacte moi-même. On sait tant d'oenologues qui ne mettent jamais les pieds dans les vignes. Par ailleurs, le fait d'être oenologue n'implique en aucune façon que l'on soit un bon dégustateur.
Commentaire n°3 posté par Masson Pierre le 17/11/2008 à 14h48
Il faut reconnaître à SD le mérite de former des oenologues dans la vigne. Son exemple est de plus en plus suivi de par le monde.
Commentaire n°4 posté par Michel Smith le 17/11/2008 à 19h00
Dans le prolongement, je ne pouvais que mettre ce petit papier satirique de SinéHébdo du Mercredi 22 Octobre 2008 (encore du copié collé) : " Ne traitez surtout pas un amateur de vins d'"œnologue" : il vous cassera la gueule ! C'est la pire insulte qu'on puisse lui faire. Bien qu'ils soient nouveaux venus dans les vignobles, les œnologues ont pris le pouvoir en une génération seulement. Comme les chimistes-industriels sont en train de ruiner la vraie cuisine gastronomique, les œnologues ont déjà détruit toutes les traditions viticoles peaufinées par deux mille ans d'usages loyaux et constants. L'œnologue est l'avatar de l'industrie chimique. Il est à la vinification ce que les désherbants, pesticides et insecticides sont à la culture de la vigne. C'est lui qui levure, sucre, tanise, acidifie, colore, aromatise, pasteurise, stérilise, filtre, barrique, etc... J'arrête l'énumération, il faudrait tout un SinéHebdo...voilà pourquoi vous ne trouvez que des vins formatés, hygiéniques, admnistrativement propres, qui se ressemblent tous d'où qu'ils proviennent. Les œnologues conseillent les fabricants de vins, et les buveurs paient les pots cassés à coups de migraines, de crises de foies, d'asthmes, etc. Alors qu'ils sont censés être infirmiers du vin, pourquoi nous empoisonnent-ils ? A cause de la mondialisation ! Les capitalistes - libéraux - mondiaux dictent et modèlent le commerce du vin. Ils veulent des vins gonflés, simples, stables et aseptisés qui ne déconcertent pas leurs palais de puceaux du goût et, surtout, qui sont duplicables par eux-même, partout dans le monde. Le suivisme, la bêtise et la fainéantise des paysans français ont fait le reste. Si, comme le rêvent tous les oenophiles, on faisait disparaitre tous les œnologues pendant une année de vinification, on retrouverait comme autrefois des vins piqués, soit, mais aussi de vrais bons vins qui ressemblent à leur terroir d'origine. Il faut interdire aux enfants de vignerons de faire des études d'œnologie ! Un qui n'en a jamais eu besoin, avec sa science de druide gaulois, c'est Pierre Overnoy, le vieux prophète sur sa montagne de Pupillin."
Commentaire n°5 posté par David Lefebvre le 17/11/2008 à 21h40
BOF! Siné n'a jamais été ma tasse de thé, même pas drôle. Reiser oui, Siné rien qu'un gros con franchouillard, "Le suivisme, la bêtise et la fainéantise des paysans français ont fait le reste" c'est du même tonneau que ces derniers écrits dans Charlie Hebdo, lourds et ambigus, méprisants, mais les goûts et le couleurs ça ne se discute pas. A ranger au musée le Siné d'ailleurs son Siné-Hebdo est une daube...
Réponse de JACQUES BERTHOMEAU le 17/11/2008 à 21h54
Jacques rappelait en citant Stéphane « Stéphane Derenoncourt définit son travail comme étant la recherche de l’expression optimale du terroir. L’enjeu, au travers des méthodes proposées, étant de favoriser l’exploration du sol par les racines afin de l’imprimer dans le fruit » C’est cette démarche qui me séduit particulièrement, avec une approche très pragmatique, et qui en quelque sorte, remet au goût du jour la notion de terroir, parfois un peu oubliée par certaines propriétés ( pour ne pas dire « marques ») à Bordeaux Il suffit de goûter Domaine de l’A, Pavie-Macquin, Larcis Ducasse, Domaine de Chevalier ( parmi tant d’autres !!) pour voir combien ces vins ont une véritable personnalité. Daniel S
Commentaire n°6 posté par Daniel Sériot le 17/11/2008 à 21h50
Pour préciser : En tant qu'oenologue diplômé et fils de paysan, j'ai également été choqué par ces propos de SinéHebdo. Cela dit, les oenologues doivent savoir ce que certains pensent d'eux. Et dans quel contexte une réforme du DNO pourrait être effectuée. La formation du DNO consiste surtout en une acquisition de connaissances fondamentales sur la chimie du vin. La pratique est ensuite acquise avec les contrats de vinification avant de trouver un poste stable. Les jeunes oenologues ne prétendent aucune quelconque expertise au sortir des DNO. Probablement, la partie de formation viticole est insuffisante. Ils ne le conteste pas non plus. Mais c'est un peu comme critiquer le boulanger qui ne connaît pas l'agronomie et la physiologie du blé. Un diplôme ce n'est pas un aboutissement. C'est une étape de la construction personnelle. Donc je trouve dommage de critiquer ainsi cette formation.
Commentaire n°7 posté par DL le 18/11/2008 à 15h28
Mail destiné à Monsieur Jacques Berthomeau. Monsieur, je me permets de vous contacter par mail, car je viens de découvrir que j'étais cité dans votre newsletter Vin&cie et sous un vocable peu élogieux. Je tenais à vous faire savoir que je n'ai reçu aucun appel de votre part me demandant un interview, ou plus exactement, personne ne m'a transmis cette information. J'ignore à ce jour qui vous avez contacté pour avoir cet interview, mais sachez que je n'ai jamais refusé de me plier à ce type de questionnaire, et tous ceux qui me connaissent bien pourront en témoigner. J'aimerais donc que vos puissiez m'apporter une réponse en tentant de me joindre sur mon téléphone portable tout en sachant que je serai injoignable car au Japon entre le 23/11 et le 01/12. Croyez -moi que je prendrai grand plaisir à vous montrer ma passion pour le vin et pour les hommes qui le façonne. J'y consacre toute ma vie et toute mon énergie, je ne peux donc pas accepter que quelqu'un vienne à penser que je souhaite pas en parler. Merci d'avance. Sincères salutations.
Commentaire n°8 posté par Thierry GASCO -mobile 06 74 45 05 79 le 25/11/2008 à 15h05

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