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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 00:00

Dans ce haut lieu de la transmission du patrimoine, le terme même de patrimoine, cette accumulation de biens, les terres, les immeubles, les meubles, les bijoux, les actions, les bons du Trésor ou de l'emprunt Pinay qui prolongeait de quelques jours la vie légale de certains morts insoucieux de leur succession, qui se transmet de génération en génération, socle dur et invisible de toutes les inégalités, ne faisait pas parti de mon patrimoine culturel. Avoir du bien, comme le disait mémé Marie, outre que ce fusse la source de beaucoup les discordes familiales, n’avait jamais préoccupé mes parents et, leur côté ni ne sèment ni ne moissonnent m’avait façonné. L’instinct de propriété m’était étranger. Comme eux j’étais très oiseau du ciel. Hériter me semblai, comme au sémillant JJSS, une incongruité. Le clerc entama la lecture de l’acte de sa voix minaudante. Langage abscond, formules alambiquées qui me passaient au-dessus de la tête. Chloé, elle, souriait. De toute évidence, bien plus fine mouche que moi, elle comprenait que le père de Marie voulait lier solidement à Marie en faisant de moi le bénéficiaire de ce qui aurait été sa part d’héritage alors que moi, la monstruosité des sommes annoncées me laissait de marbre. J’étais ailleurs. Indifférent. Tout ça m'effleurait à peine et c’était mieux ainsi. À chaque interrogation de Me Dieulefit je répondais par l’affirmative. Tout ce qui m’importait dans cette affaire c’est que je me retrouvais légataire d’une part de Marie dont j’ignorais tout. C’était comme si, par le biais du geste de son père, elle me prenait en otage. M’arrimait à nouveau à elle sans aucun espoir de libération. À mon corps défendant je me retrouvais à la tête d’une petite fortune dont je ne saurais que faire mais que j’allais devoir préserver. Je n’avais pas le choix. Si notre histoire commune n’avait pas été brisée cet argent, ces biens nous seraient tombés dessus, nous en aurions profités, nous aurions peut-être changés ou, sait-on jamais, cela nous aurait peut-être opposés. Peu m’importait, je me fichais pas mal d’être riche, un jour ou l’autre, lorsque j’en aurais fini avec ma plongée dans les entrailles de la société, viendrait le temps de trouver une destination à tout ça. Pour l’heure, je me contentais d’apposer ma signature ou mes initiales au bas de liasses de documents qui semblaient prêt pour l'éternité des notaires.

 

Avant d’entamer la narration de cette tranche de vie calée sur le septennat écourté du président Pompe je vous dois une petite explication afin que vous ne vous perdiez pas dans les méandres de mon récit quelque peu erratique. Au tout début de mon étrange parcours de taupe, commencé sur les chaînes de Citroën, comme vous avez pu le constater, je m’en remettais à l’improvisation. Le tout et n’importe quoi présidait à mon action. Je frisais le nihilisme. L’irruption du père de Marie dans ma vie de patachon, mon installation et ma nouvelle aisance matérielle, ajoutées au sens aigüe de Chloé pour l’organisation, me transformèrent en quasi-chef d’entreprise. Cette reconversion collaient bien à l’esprit de l’ère Pompidou : "les affaires sont les affaires", l’immobilier surtout, et avoir pignon sur rue, dans un beau quartier, fluidifiait la valse des terrains et des permis de construire. Le jour, en semaine, je me vautrais dans les SCPI, fréquentais des margoulins de tout acabit, déjeunais chez Ledoyen, graissais la patte de manieurs de tampons, finançais quelques élus influents. Pour les besoins de la cause je m’étais affublé d’un patronyme à rallonge fleurant bon le terroir de mes origines : de la Mouzinière. Afin de ne pas tomber dans les pattes sales de mes chers collègues des RG mes activités diurnes restaient discrètes et, étant donné mon appartenance à la cellule « Mouvements Révolutionnaires » de l’ambitieux Bertrand Guide, je veillais à dresser des contre-feux. Dans les affaires de l’ombre le cloisonnement absolu entre les activités est la première des sécurités. Pour compléter mes protections je m’habillais chez Arnys, me chaussais chez John Lobb et portais de fine lunettes cerclées d’écaille. Le soir, changement de décor, je retrouvais ma défroque de révolté pour fréquenter mes amis de la GP. Ma très chère Chloé me facilitait le boulot et la vieille enflure de Gustave m’évitait d’aller trop loin dans les délires de mes révolutionnaires d’opérette. Enfin, les week-ends, et certains soirs, je m’infiltrais joyeusement dans les méandres du SAC. Moi qui adore tenir tout sous contrôle je me régalais de gérer un tel embrouillamini.

 

Les chaînes de Javel s’estompaient. Ma petite entreprise prospérait. Alors, me direz-vous, pourquoi ce parcours sans faute vous a-t-il conduit à Sainte Anne – qui était alors un hôpital psychiatrique fermé – dans le 14eme arrondissement de Paris, presqu’en face de la prison de la Santé ? En une réponse volontairement lapidaire je vous répondrai que je m’y suis réfugié, grâce à de hautes complicités, afin d’échapper à un séjour plus déplaisant dans la maison d’en face. Le nouveau Ministre de l’Intérieur, du nouveau Président de la République élu grâce à la trahison de Chirac, Michel Poniatowski, s’était mis en tête, pour déstabiliser la toute puissance de l’UDR – l’ex UNR rebaptisée, suite à la grande manif de défense de la République des Champs Elysées et qui allait de nouveau changer d’appellation pour servir les intérêts du félon qui démissionnerait avec fracas en 1976 avant de prendre d’assaut et de gagner la mairie de Paris – de traquer « les copains et les coquins » c’est-à-dire le terreau de mes activités, alors j’ai préféré opérer une retraite en bon ordre plutôt que de me retrouver pris dans la spirale des trahisons. Ce séjour à Sainte Anne fut pour moi un grand blanc, une retraite au cours de laquelle, simple jardinier, j’ai beaucoup lu et couvert, des petits carnets et des cahiers d’écoliers, d’une écriture soigneuse et précise. Ce sont eux qui sont empilés près de moi sur la belle terrasse, face à la mer et qui vont me servir à tenter de vous faire revivre ce bout de vie, trépidant et jouissif, qui se cale dans ce qui ne fut qu’un quinquennat, le mandat écourté de Georges Pompidou, qui lui-même avait commencé sur le congédiement peu glorieux du fondateur de 5ième République grâce à l'alliance contre nature de tous les conservatismes.      

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