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15 novembre 2008 6 15 /11 /novembre /2008 00:02

Ceci est un nouveau produit de Vin&Cie. Pour le titre, dont vous apprécierez, je l'espère, l'humour torride, merci de bien vouloir rapprocher l'appellation de vinomane impénitent plutôt de celle du mélomane que du pétomane...

Pourquoi diable revendiquer cette appelllation ? Tout simplement parce qu'il est deux lieux d’où je ne ressors que très rarement les mains vides : une librairie et, pour l’autre magasin, je m’aperçois qu’aucun mot équivalent n’existe pour le vin : on ne dit pas je vais à la « vinerie » - qui serait la francisation de winerie – mais chez un caviste, comme si ce lieu de vente, d’origine récente – le vin se consommait à la taverne pour le peuple, lorsqu’il était bouché on le livrait depuis la propriété ou le négoce de place chez les particuliers, Nicolas est fondé en 1822 – n’avait pas su générer une dénomination précise. La cave pouvant, en effet, désigner aussi le chai du producteur, le lieu de stockage au domicile. Bref, même si ce non dit veut dire quelque chose dans notre inconscient collectif, moi j’adore en ces lieux rousiner – flâner sans but précis – découvrir, tripoter, acheter à l’instinct. Même si ça chagrine ceux dont la profession est de conseiller c’est ainsi que j’ai fait mes plus belles découvertes : par exemple, dès sa parution, en 1999, aux éditions Autrement j’ai acheté « Inconnu à cette adresse » de Kressmann Taylor. « Avec une économie extrême, sans complaisance, sans littérature, ces pages abruptes et frémissantes atteignent à la grandeur des œuvres qui ne nous parlent de rien d’autre que de vérité humaine. » Il s’agit de l’histoire de deux amis : Martin Schulse, un Allemand, et Max Eisenstein, un Juif américain qui, depuis des années, sont associés à San Francisco dans une affaire prospère de commerce de tableaux, "La galerie Schulse-Eisenstein", lorsque Martin, au début des années 30, décide de retourner dans son pays. La correspondance entre les deux amis commence le 12 novembre 1932 et s’achèvera le 3 mars 1934. À lire absolument ! Bouleversant.

Pour le vin c’est un peu pareil, sauf que la dimension des boutiques des cavistes n’est pas propice à la flânerie et que beaucoup de ces messieurs, y'a peu de femmes, ont la fâcheuse tendance de vous tomber sur le râble pour tester vos connaissances et vous fourguer leurs découvertes où tout est petit sauf le prix. Les libraires sont plus cools, et eux, ils ne vous toisent pas comme un analphabète si vous vous contentez d'acheter un polard. Alors, pour le vin je rousine essentiellement chez Lavinia et à la Grande Epicerie du Bon Marché car on m’y lâche les baskets. Autre différence d’importance : le poids des acquisitions. En conséquence je ramène toujours plus de livres que de bouteilles mais comme je lis plus que je ne bois, ce qui est heureux car sinon, étant donné que je lis sans modération, je me Chabalieriserais et je ne pourrais ainsi plus lire. Bref, mon nouveau produit, « je suis sous... le niveau de la bonde : notes d’un vinomane impénitent», dont j’espère vous appréciez déjà la somme de sous-entendus qu’il recèle, vous livrera, comme ça, sans emballage particulier, pêle-mêle, mes découvertes, mes pépites, des petits trucs de rien du tout mais qui avec le temps deviennent parfois le miel des faiseurs d’opinion.

Aujourd’hui, deux « découvertes » : le zéro drag et l’effet Veblen ou effet de snobisme. Croyez-moi, je ne m’éloigne pas beaucoup de nos préoccupations habituelles de gens du vin.

« Depuis 1997, une nouvelle expression – «  zéro drag » – s’est mise à circuler dans la Silicon Valley, le cœur de la révolution informatique en Amérique. Au départ, cette expression désignait le mouvement dénué de frottements d’un objet physique, telle une planche à roulettes ou une bicyclette. Par la suite, on l’ a appliqué aux employés qui, indifférents aux incitations financières, passaient facilement d’un emploi à l’autre. Plus récemment encore elle a endossé le sens de « sans attaches » ou « sans obligations ». Ainsi dira-t-on qu’un employé est « zéro drag » lorsqu’il est prêt à accepter n’importe quelle attribution supplémentaire, à répondre aux appels d’urgence ou à se faire muter à tout moment. »

« L’employé idéal serait une personne dépourvues de liens, d’engagements ou d’attachements sentimentaux antérieurs, et désireuse d’en éviter de futurs ; une personne prête à accepter la première tâche venue, préparée pour réajuster et redéfinir instantanément ses propres penchants, acceptant ce faisant de nouvelles priorités et abandonnant sans délai les précédentes ; une personne habituée à un environnement dans lequel il est mal venu et imprudent de « s’habituer » - à un emploi, un talent ou une façon de faire ; une personne, surtout, qui quittera l’entreprise lorsque celle-ci n’aura plus besoin d’elle, sans se plaindre ni porter l’affaire devant les tribunaux. Une personne, enfin, pour qui les perspectives à long terme, les plans de carrière gravés dans le marbre et tout type de stabilité sont encore plus effrayants et rebutants que leur absence »

Zygmut Bauman « S’acheter une vie » aux éditions Actes Sud (l’auteur, comme son nom ne l’indique pas car il est d’origine polonaise, est anglais)

L’actualité met en question la rémunération, et surtout sa disjonction d’avec la performance, des dirigeants de grandes entreprises multinationales. Le fameux pouvoir régulateur du marché de l’emploi de ces managers ne semble pas vraiment fonctionner. Pierre-Yves Gomez, directeur de L’Institut Français de gouvernement des entreprises www.ifge-online.eu  apporte une réponse originale dans Le Monde de lundi. C’est l’effet Veblen ou « effet de snobisme »

« Un argument semble avoir été négligé dans ces raisonnements : la plupart des investisseurs financiers n’ont aucune idée du fonctionnement interne des grandes entreprises cotées. Pour eux, les dirigeants les incarnent et garantissent les profits futurs. Mais les investisseurs sont incapables d’établir le lien exact entre le travail du dirigeant et la rémunération juste pour le récompenser. Dans ces conditions, un effet économique décrit dès 1899 par Thorstein Vebben dans Théorie de la classe de loisir, pourrait tout expliquer : lorsqu’on ne peut pas établir la valeur pratique d’un bien, on préfère bizarrement le payer cher, parce que le prix élevé rassure sur son usage. On se dit que si tout le monde est prêt à le payer cher, c’est qu’il doit être important de le posséder. C’est l’effet Veblen, appelé aussi « effet de snobisme », explique que certains biens comme les produits de luxe, ont des prix démesurés par rapport à l’usage pratique. Leur prix élevé joue comme une assurance de leur valeur.

Ce raisonnement peut s’appliquer à la rémunération des dirigeants. Incapables de connaître sa valeur d’usage réelle, les actionnaires préfèrent un dirigeant qui gagne beaucoup à un dirigeant qui gagne peu. Le salaire du premier les rassure quand à ses éventuels talents : il est très bien payé, donc il est sans doute très compétent, pensent-ils. Le second leur paraît suspect : s’il est mal rémunéré c’est que le « marché » n’en veut pas, parce qu’il n’est pas assez doué. Une logique de sur-rémunération des dirigeants est ainsi mise en place par les actionnaires eux-mêmes. À la limite, ils en arrivent à se flatter de recruter les dirigeants les mieux payés du monde, donc supposés être les meilleurs. »

Ainsi va le monde…

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