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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 00:20

  

Mes amis, en ces temps de gros temps où nos banquiers nous font danser la gigue : même l’écureuil s’y est mis, pour nous redonner envie, relever notre moral national en berne, je m’écrie « MONT-JOYE-SAINT-DENIS » mot fameux qui a été longtemps le cri de guerre de la nation, c'était alors crier, suivez, ou marchez, ou ralliez-vous à la bannière de Saint-Denis, celle du roi de France ou, en traduction Royale du Poitou : « Tous ensemble, tous ensemble… » (gestes à l’appui) derrière le nouveau défi de la gastronomie française : son inscription au patrimoine de l’Humanité par l’Unesco. On va me dire que c’est du réchauffé. Certes mais je me dois de vous signaler la mobilisation de nos élus autour de cette nouvelle cause nationale. Le Sénat a confié en juin une mission d’information sur cette candidature à la sénatrice de Paris, Catherine Dumas. Fort bien me direz-vous, pas de quoi réveiller un sénateur qui dort. J’en conviens mais comme je suis un obstiné je porte à votre connaissance l’existence d’un banquet le 16 octobre à l’Hôtel de Lassay, la résidence du Président de l’Assemblée Nationale.

Dans une gazette parisienne bien informée je lis que pour le lancement de la campagne pour l’inscription va démarrer par un banquet de 130 happy few à la résidence du président de l’Assemblée Nationale et que le menu sera concocté par Dalloyau et Christian Millau. L’échotier écrit « Hors la recette d’entrée « pensée en virtuel » par Marc Veyrat, un de ces succès, son yaourt aux herbes de montagne mêlé de foie gras liquide, il a été fait appel aux vieux de la vieille : Guy Savoy pour ses fameuses huîtres en nage glacée ; Joël Robuchon pour son réputé turban de langoustines ; Michel Guérard pour son irrésistible tourte pigeon, foie gras et truffes. Les desserts étant entre les mains des pâtissiers de la présidence. Cuvées Grand Siècle et Rosé Laurent Perrier, Château Monbousquet, Château Pavie dans les verres… » Sans être mauvaise langue j’espère que la Mission qui doit élaborer le dossier de candidature, ainsi qu'un « plan de gestion » visant à assumer la préservation du patrimoine concerné et son délégué, Francis Chevrier, par ailleurs directeur de l'Institut européen d'histoire et des cultures de l'alimentation (IEHCCA), qui a lancé un appel aux industriels de l'agroalimentaire et à la grande distribution française pour qu'ils contribuent financièrement, soit plus performante que le « trop célèbre comité pour la candidature de Paris aux JO ».

Faut que je vous dise que l’affaire est assez mal emmanchée. En effet, Chérif Khaznadar, président de l'Assemblée générale des Etats membres de la convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l'Unesco a été on ne peut plus clair: «Il n'y a pas de catégorie à l'Unesco pour la gastronomie», a t-il déclaré lors d'une table ronde organisée dans le cadre du premier festival gastronomique «Gastronomy by the Seine». «La convention, ni dans l'esprit, ni dans la lettre, ne peut inclure la gastronomie», a-t-il poursuivi. Le sieur Khaznadar a ensuite souligné que seuls des «éléments» précisément identifiés pourraient figurer sur une liste du patrimoine immatériel. « Je crains beaucoup qu'une présentation d'un dossier de gastronomie n'aille pas plus loin», a-t-il conclu. Bien évidemment l’éminent président de la Mission, le professeur Jean-Robert Pitte, avec beaucoup de doigté et d’à propos, a répliqué que pour convaincre M. Khaznadar, «il faut être du Sud et avoir une petite bourrée, une petite danse» à faire inscrire. Moi ça me rappelle la réaction du PDG d’Arcelor lors de l’OPA de l’indien Mittal sur son groupe, tout le monde sait quel fut le dénouement de l’affaire. Le mépris et l’ironie sont très certainement de bons ingrédients pour démontrer l’étendue de notre suffisance nationale. Après tout Chérif Khaznadar ne faisait que confirmer la définition du patrimoine immatériel, tel qu'il est défini dans une convention de 2003, comprend notamment les «pratiques sociales, rituels et événements festifs» et les «savoir-faire liés à l'artisanat traditionnel». Lui clouer le bec en affirmant qu’il «n'est pas le seul à décider» me semble une excellente entrée en matière.

Renseignement pris, la petite sauterie de l’Hôtel de Lassay est organisée pour la sortie du « Dictionnaire amoureux de la Gastronomie » de Christian Millau qui invite une brochette de célébrités « à célébrer la candidature de la gastronomie française au Patrimoine Mondial immatériel de l’Unesco » Dieu que nous aimons dans notre beau pays les célébrations, dans le cas présent je devrais écrire autocélébration, en effet « les convives grands crus » sont quasiment tous français, à l’exception des ambassadeurs des USA et du Japon. Comme l’écrivent les communicants : « en attendant ce classement, comme l’écrit Anthelme Brillat-Savarin « le sujet matériel de la gastronomie est tout ce qui peut être mangé » alors célébrons notre belle gastronomie et comme Beckett, « En attendant Godot », espérons en notre pouvoir de conviction. Des comédiens, des chanteurs, des écrivains, des historiens, rien que des jeunes pousses : Aznavour, Arditi, Brasseur, Pivot, Decaux, Labro… et bien sûr la fine fleur de la profession : Alléno, Bardet, Blanc, Bras, Eléna, Fréchon, Jung, Dominique Loiseau, Marx, Piège, Roellinger, Roth, Trama, Troisgros, Vigato, Girardet… Entendez-moi bien, que Christian Millau s’entoure de ses amis pour une forme de jubilé, je n’ai rien contre, mais je ne suis pas sûr qu’en ce qui concerne la candidature ce soit la meilleure façon de procéder. Notre propension à nous positionner comme une forteresse assiégée, à défendre nos exceptions, au lieu de vivre sereinement nos différences, de séduire le monde avec notre art de vivre, nous agaçons et comme le souligne Ezra Suleiman, professeur à Princeton, qui critique les deux exceptions françaises, l’agriculture et la culture, « les élites françaises ne choisiront pas le réalisme ; c’est le réalisme qui va s’imposer, car la conjoncture actuelle fait baisser le niveau de vie. » À mon sens, notre art de vivre à la française, dont la gastronomie est un élément important, n’a nul besoin d’embaumement, d’un label international, mais plutôt de retrouver, en abandonnant son élitisme hautain, le sens de la convivialité : « un peu de joie de vivre, de douceur dans ce monde de brutes… »

Bon appétit au 130 de l’Hôtel de Lassay, « MONT-JOYE-SAINT-DENIS » pour que triomphe des barbares du Nouveau Monde notre belle gastronomie pleine d’étoiles…et très chers lecteurs il ne vous est pas interdit de commenter... Bonne journée.

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

David Cobbold 15/10/2008 10:04

Bien d'accord avec ton ironie à propos de ce projet absurde. En effet, comment "graver dans le marbre" un produit qui doit être détruit pour être apprécier. J'adore la bonne cuisine et il y a, en France, comme ailleurs, des chefs remarquables, mais cette arrogance et cette position figée sont insupportables. Il suffit de voir le recul de la France comme référence gastronomique dans la plupart des pays étrangers pour comprendre que bien manger, c'est l'affaire de tous, et ne peut être une sorte de "conserverie française". Et, comme le souligne ta correspondante, il faut aussi rappeller que la France n'a pas contribué grande chose récemment à la qualité de la nourriture du plus grand nombre, laissant la part belle aux macdo, pizzerias, doners et autres mauvais restaurants chinois. Cette tentative est aussi d'un élitsme retrograde qui ne me plait pas du tout. Salutations, David

S�gol�ne 15/10/2008 08:31

Petite coquille dan votre texte, c'est Samuel Beckett qui a commis "En attendant Godot".
Est ce que l'on prend en considérention dans le dossier de candidature le fait que c'est en France que les Mac'Do sont les + nombreux et la grande distribution et ses produits de bouffe industriels si présents.

JACQUES BERTHOMEAU 15/10/2008 08:44


Merci, en écrivant je pensais à la cantatrice chauve...


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