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10 septembre 2008 3 10 /09 /septembre /2008 00:02

 

La Corse, vue du ciel, à la Yann Artus-Bertrand, apparaît comme un massif montagneux arraché au continent et jeté à la mer. En 1986 lorsque, pour la découvrir, je l’ai survolée en hélicoptère, cette insularité rude et sauvage m’a fasciné. Comme chacun sait, en parodiant une boutade célèbre, la Corse est une île qui entend le rester. Ici, plus qu’ailleurs, la géographie physique a, profondément et durablement, marqué ce que nos professeurs qualifiaient, avec pertinence, la géographie humaine. Lorsque, chaque été, je pose mon sac, face à la mer, les flancs de la montagne, où règne le maquis tout juste échancré par quelques villages haut perchés, encerclent mon horizon, m’isolent. En une petite heure d’avion j’ai quitté la ville, ma ville capitale, son macadam et ses fureurs pour me retrouver, dans tous les sens du mot, en un lieu où se colleter à la nature, celle trop souvent idéalisée par les adeptes du tout naturel, est un défi chaque jour renouvelé.

 

Alors ce samedi matin, en enfilant les boucles de la route qui grimpe jusqu’au Clos d’Alzeto, le plus haut vignoble de l’Île de Beauté (400 à 500 mètres d’altitude), alors que le soleil attisait déjà les senteurs fortes du maquis, je repensais à ce que je venais de lire sur le terroir dans le livre de Jacques Dupont Choses Bues : « J’ai plutôt tendance à trouver ringards tous ceux qui n’ont du mot terroir qu’une définition naturaliste, comme si c’était le fruit d’une sorte de génération spontanée. Le terroir béni des dieux, créé de toute pièce par Dame Nature qui en aurait fait don aux hommes, me donne envie d’aller me coucher. C’est de la philosophie de syndicat d’initiative. ». À Sari d’Orcino, dans la Cinarca, l’une des régions les plus enclavées et historiquement les moins perméables de Corse (le dernier « bandit corse » de renommée internationale André Spada fit régner la terreur sur la Cinarca jusqu’en 1935, date de son exécution à Bastia), même si le paysage de carte postale enjôle, on sent physiquement qu’ici, comme à Banyuls, le terroir ne peut exister que par la volonté têtue des hommes. C’est la nécessité, celle de vivre au pays, d’y vivre vraiment, qui a donné à la famille Albertini l’énergie et la ténacité nécessaires pour que ces arpents de maquis se transforment en un vignoble d’exception.
 

C’est Pascal Albertini qui m’accueille. Nous faisons le tour des installations : remarquables ! Impeccables, d’une modernité adaptée, réfléchie, gage d’une capacité à tirer le plus beau parti des 53 ha de vignes. Dans les années 70, lorsqu’il est revenu au Clos d’Alzeto, le patrimoine familial se cantonnait à 5 ha de vignes, et après quelques années de labeur à l’ancienne, Pascal Albertini convainc son père et son oncle d’investir : 50 000 F emprunté à 7% au CA contre l’hypothèque de la maison familiale. La saga commence dans le chai comme dans les vignes : débroussaillage, défrichage, dépierrage, terrasses, plantations, souci de l’environnement : ici et là des cabanes de berger remises debout, en bout de rang un arbre préservé qui fait pester un peu le conducteur de tracteur, tout là haut un olivier transplanté qui fera accroire aux historiens qu’il est né là. Travail long et patient, avec le bulldozer du domaine, de la sueur, pour épouser les courbes de niveau, ériger les terrasses, sans le souci de cette rentabilité immédiate qui nous appauvrit, accumulation au plus beau sens du terme de valeur, qui donne à la vigne dans ce décor sculpté ses lettres de noblesse comme le souligne Fernand Braudel dans ses ouvrages sur La Méditerranée. Incomparable culture que celle de la vigne qui transforme une nature belle et ingrate en un espace ordonné et opulent. Une opulence discrète, enracinée, naturelle : la culture de la vigne en ce climat méditerranéen est quasi-biologique. Que voulez-vous, cette réussite humaine, d’entrepreneur au sens nourricier, me comble bien plus que celle des « fortune faite » ou des héritiers venant en des lieux bien plus cléments s’installer en des châteaux du Médoc ou d’ailleurs. Moi c’est chapeau bas à la famille Albertini.

Le Clos d’Alzeto manque de vin et pourtant, par la vertu de notre mode de distribution mutualisé et « politisé » des droits de plantation, son dynamisme est bridé. Regrettable vision d’une gestion collective sans stratégie, favorisant les droits acquis, en partie responsable des débordements de certains et de l’incompréhension de ceux qui vont de l’avant. Je profite de cette chronique pour lancer une invitation à Marion Zalay et à Yves Bénard de l’INAO : « Venez donc au Clos d’Alzeto écouter et recueillir les craintes de Pascal Albertini face à une réforme qui semble amplifier la tendance à une gestion par trop administrative des règles de l’appellation. On rigidifie. On s’accorde sur la cote moyenne. On ne sait pas gérer les exceptions… » Entendez-moi bien, il ne s’agit pas de prôner un quelconque laxisme mais de cibler les contrôles, de viser en priorité les disfonctionnements, tout en laissant respirer, innover, ceux qui ont, par le sérieux de leur démarche, réussi. Accordez-moi cette confiance, au nom de ma petite expérience de la chose publique et de la Corse, que je ne vous amène pas dans un traquenard – Dominique Bussereau a rendu visite au Clos d’Alzeto lorsqu’il était Ministre de l’Agriculture – mais bien au contraire à vous sensibiliser aux craintes justifiées d’un vigneron, identiques à celles que je recueille un peu partout en notre beau pays. Bien évidemment il s’agit d’une initiative personnelle, Pascal Albertini ne m’a rien demandé. C’est avec un grand plaisir que je vous accompagnerais dans une visite dont je suis sûr qu’elle serait pour vous riche d’enseignements.

Certains vont me reprocher de parler de tout sauf des vins mais c’est à dessein que j’ai axé ma chronique sur la vigne et son terroir car il me semble que dans la geste du vigneron c’est l’acte fondateur, le socle de l’édifice. Comme me le confie Pascal Albertini, c’est dans ses vignes qu’il se sent bien. Dans la palette des vins du Clos d’Alzeto www.closdalzeto.com, du Rouge Prestige (80% de Sciaccarello et 20% de Nielluccio), en passant par le Rouge Tradition (70% de Sciaccarello, 20% de Grenache et 10% de Nielluccio et de Carignan)  ce sont des vins de garde puis par le Blanc de Blancs (Vermentino) et, bien sûr, par celui qui m’a fait découvrir le domaine, le Rosé, je vous recommande tout particulièrement de joindre à vos achats le petit bijou qu’est le Vin Doux issu du cépage Vermentino. Il est fin, léger et d’une fraîcheur en bouche exceptionnelle. Car, je n’en doute pas, je suis sûr qu’après avoir lu cette chronique, comme moi, vous tombiez amoureux, et de la Corse, et du Clos d’Alzeto, et que vous veniez y séjourner, et qu’alors vous n’hésiterez pas à emprunter la N194 à la sortie d’Ajaccio, puis à Mezzavia à prendre laD81 vers Cargèse et à l’entrée de Tiuccia tourner à gauche sur la D601 (une pancarte mentionne le Clos d’Alzeto) puis à emprunter la D201 jusqu’au village de Casaglione et enfin la D1 jusqu’au domaine (le site du Clos vous propose un plan très clair de l’itinéraire d’accès)

Clos d'Alzeto 20151 Sarid'Orcino

Tél. 04 95 52 24 67

Fax 04 95 52 27 27

e-mail : contact@closdalzeto.com

Je lis dans la presse locale que le service public aérien de la Corse est en cours d’examen à Bruxelles, les tarifs vont baisser dit-on, alors préparez-vous au départ vous ne serez pas déçu de votre voyage. Quant à Marion et Yves j’attends leur réponse qui ne saurait tarder.

 

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