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6 septembre 2008 6 06 /09 /septembre /2008 00:05

La complaisance, l’exhibitionnisme, l’étalage de ses malheurs, de ses souffrances sont, dans notre époque postmoderne, l’ordinaire des « grands » comme des sans-grades ; les premiers pour ce faire, ambition littéraire oblige, prennent la plume, se confient à Mireille Dumas et, bien sûr, vendent leur rata sur les plateaux littéraires ou au 20 heures ; les seconds doivent se contenter de servir d’attractions de foire, comme les femmes à barbe d’autrefois, chez le sémillant Delarue ou ses clones. Nos contemporains ont besoin d’émotions en barquettes prêtent à être réchauffées sur leur micro-ondes à écran plat. Voyeurisme minable qui sans doute les console de leur propre misère, de leur souffrance, de leur solitude : tous unis dans le malheur.

 

Mais qu’est-ce que ça à voir avec notre cher nectar me diront certains ?

 

La réponse est simple : nos détracteurs nous étiquettent « pourvoyeur de malheur et de souffrances » en nous jetant à la gueule pêle-mêle : la souffrance des femmes battues par leur poivrot de mari, celle des parents des victimes d’un gus bourré au volant de sa bagnole, celle de l’alcoolique lui-même et de sa famille, le coût social. Amalgame, statistiques orientées, pseudo-loi de Ledermann, qualification de « drogue légale », montrés du doigt par les « n’y touchez jamais… », nous, les gens du vin, avons bien du mal à tenir notre position, sur la défensive nous nous défendons plus ou moins bien – se défendre c’est presque s’avouer coupable aux yeux du bon peuple – et comme nos propos ne recèlent pas la charge émotionnelle suffisante pour convaincre le grand nombre nous subissons en maugréant la dictature du « sanitairement correct ». Injuste mais efficace, que pouvons-nous faire pour être entendu sans pour autant nous défendre ni nous excuser ?

 

C’est dans cette perspective que ma chronique de ce matin a valeur de démonstration : la mécanique médiatique, dans sa logique de part de marché, d’audience, pourvoyeuses de la manne publicitaire, ne met en avant que ceux qui attirent le chaland. Le mariage de la fille de Bernard Arnaud, au Château d’Yquem mobilise les grands médias, comme la maréchaussée d’ailleurs, alors que les propos d’un vague président de nos zinzins du vin, inconnu du grand public, sur l’inutilité de l’apposition du logo femme enceinte sur les bouteilles de vin, passent à l’édition locale de France 3. Tant que tous les intervenants du monde du vin, riches ou modestes, grands, petits, négociants, vignerons, bordelais, bourguignons, languedociens, alsaciens et autres n’auront pas compris que, sur ce sujet, l’unité, la mise en commun de moyens à un bon niveau d’efficacité, la désignation d’un porte-parole identifié et connu (type Bédier pour la Grande Distribution) ne seront pas de mise, notre juste cause restera minoritaire et la logique des politiques restera influencée par ceux qui tiennent le haut du pavé : les cooptés de l’ANPAA, les zinzins étatiques : OFDT, Mildt et INPES qui savent si bien traire la vache à lait des fonds publics sans pour autant obtenir des résultats probants en matière de lutte contre l’alcoolisme.

 

Revenons à mes cobayes du jour : Catherine Millet et Hervé Chabalier.

 

La première, celle qui en 2001, dans "La Vie sexuelle de Catherine M. ", livre devenu un best-seller mondial, écrivait « J’ai partouzé dans les semaines qui ont suivi ma défloraison » ajoutant « on m’attrape et on me tourne en tout sens comme on veut » avouant se livrer « à un nombre incalculable de mains et de verges », « baisant par-delà toute répugnance » avec des hommes anonymes dans des lieux incertains : parkings souterrains, bois de la capitale, cabines de semi-remorques, cimetières, gares, placards de salles d’exposition » fait la une du Nouvel Observateur, sous le titre alléchant : Les femmes, leurs maris ; leurs amants et un sous-titre canon Catherine Millet « La jalousie c’est l’enfer » à l’occasion de la sortie de son nouvel opus « Jour de souffrance » L’hebdomadaire se livre à cette occasion à ce que je notais dans une récente chronique : mettre à sa Une la photo porno-chic d’une Catherine Millet, jeune et belle, fort comestible.

 

Le second qui nous avait abreuvé de sa souffrance d’alcoolique dans son livre « Un dernier pour la route » – qui devrait être porté à l’écran dans les mois qui viennent – pour ensuite, fort de son abstinence toute neuve, se voir confier par le sémillant et inconstant Douste-Blazy la rédaction d’un rapport sur l’alcoolisme dont il avait assuré, avec son beau carnet d’adresses, la promotion médiatique. Omniprésent, repenti vindicatif, donneur de leçons, ce cher homme, investi d’une mission quasi-divine, nous a pris la tête avant de s’en retourner à son biseness de fabricant d’images chocs pour des télés paresseuses et si peu soucieuses de l’héritage des pionniers de 5 Colonnes à la Une. Chabalier paré de sa belle image d’ex du Nouvel Observateur et du Matin de Paris exploite avec Capa son agence le filon du reportage avec une pincée d’insolence qui n’est pas forcément le gage d’un réel professionnalisme. Mais que voulez-vous, en ces temps d’indigence, faute de grives on se contente de bouffer des merles. En juillet, à la terrasse du Sélect, un des collaborateurs de ce cher Chabalier vendait à la table d’à côté l’image maison : une forme d’agressivité de pure pacotille à une nouvelle recrue émerveillée.

 

Millet, Chabalier, quel rapport ? Vous avez noté je l’espère tout le suc de ce singulier.

 

Ce sont tous deux des icones médiatiques, des intouchables, des qui passent à la télé quand ils claquent des doigts. Ils font de l’audience Coco !

 

Catherine Millet, fondatrice et directrice d’ « Art Press », commissaire du Pavillon français à la Biennale de Venise en 1995 est un monument de la Rive Gauche et la chouchoute de la rue de Valois. Incontournable, intouchable, si je puis m’exprimer ainsi, sauf à se voir taxer de n’être qu’un plouc ignare ou un refoulé du terroir profond. Omniprésente, charmeuse, talentueuse, on l’entend et on la voit partout pour promouvoir « sa souffrance » de nouvelle jalouse.

 

Hervé Chabalier lui, c’est pire car c’est un cher confrère de la république des grands médias qui n’aiment rien tant que la contemplation de leur nombril et leur autoprotection.

 

Mais pourquoi diable les vouer, ensemble, aux gémonies ?

 

Pour Catherine Millet, comme vous en vous en doutez, ma réprobation n’a rien à voir avec de la pruderie. Même si je n’ai pas lu son premier opus je dois avouer que j’appréciais son impudique courage et son atonale franchise. C’est l’exposition de sa souffrance dans son dernier opus qui me l’a fait unir au champion toute catégorie de l’exhibition en bandoulière de son enfer d’alcoolique. Que la souffrance de Chabalier fut réelle, que celle qu’il infligea à ses proches fut sûrement difficilement supportable, j’en suis intimement convaincu. Qu’il veuille en porter témoignage je lui accorde. Mais de là à s’ériger en donneur de leçons alors là je m’insurge. Au même titre que cette chère Catherine Millet qui, après avoir abreuvé le monde de ses ébats déconnectés : le plaisir des sens et l’Amour c'est "total étanche", il suffit de le déclarer en douane, s’épanche, avec talent dit-on, dans un nouveau livre sur sa douloureuse jalousie à l’endroit de son mari,  Jacques Henric qui se permet d’avoir une maîtresse, ce type d’indécence me stupéfie. Millet, Chabalier et moi sommes des baby-boomers, et nous avons traversé cette moitié du 20ième siècle dans les mêmes conditions et je me sens légitime de leur balancer que l’exploitation de leur souffrance me navre. M'exaspère. Ils ne sont vraiment pas les mieux placés pour nous émouvoir.  

À Catherine Millet j’accorde facilement l’absolution car elle ne vient pas nous faire la morale, elle se contente de prendre le vent dominant, via un livre, sans doute pour, comme le notait perfidement JL Ezine au Masque et la Plume, reconquérir son homme. Pauvre Henric, encore un ex, inconnu, lui, du grand public en dépit de son statut d'écrivain, le voilà jeté en pâture pour le plus grand plaisir des ménagères de plus de 50 ans qui vont, sans nul doute, se ruer sur un sujet cœur de cible de la collection Harlequin. C'est very good ! Si nos romancières – Christine Angot * nous conte, elle, ses ébats avec Doc Gynéco, « Il me prenait, me mettait dos à la fenêtre, essayait de baisser mon pantalon pour introduire sa queue, en m’immobilisant  contre le mur et la fenêtre. Ou alors, j’étais à mon bureau, il la sortait et la mettait devant ma bouche… » - pensent que le mitan de leur lit est le centre du monde grand bien leur fasse, ça ne mange pas de pain, ni ne fait de tort à personne, même si ça n’est pas forcément de la bonne et grande littérature mais ça fait vendre Coco.
* cf Angot

Pour Chabalier en revanche aucune bienveillance, les ex n’ont pas à se draper dans leur malheur pour pourrir la vie de ceux qui, comme moi, stressés, exposés, tentés, amateur de bonne chère et de vin, n’en sont pas pour autant devenus des alcooliques. Tous ces ex ramenards m’emmerdent. Je trouve qu’ils font peu de cas de leur part de responsabilité, s’exonèrent trop facilement de ce qu’il faut bien appeler par son  : leur faiblesse. En écrivant ceci je ne leur lance aucune première pierre, nous avons tous des faiblesses, y compris génétiques : nous ne sommes pas égaux face à l’alcool, mais de grâce que ceux qui, pour de multiples raisons sont devenus alcooliques, une fois sortis de leur addiction, restent modestes, nous épargnent leurs prêches sur les bienfaits de la pure abstinence. Ils devraient savoir d’expérience que leurs bonnes paroles n’ont que bien peu de prise sur leurs anciens compagnons de chaîne et plus encore sur les jeunes.

A mon ami BD je lance un appel : et si vous convainquiez votre amie Catherine M. de mettre son entregent au service de notre divin nectar ça rendrait blême nos chers hygiénistes et, bien sûr, le pauvre Chabalier en resterait sans voix...

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Lou Mamadi 16/09/2008 23:09

Je cherchais le livre de Chabalier pour me donner du courage car j'en suis à mon 10 eme jour "d'abstinence.".Abstinence quel mot dégueulasse,aussi dégueulasse qu'alcoolique je présume..enfin tout ça pour vous remercier de vos reflexions et puisque vous etes si fort,que vous pouvez profiter de tout sans tomber dans les pieges qui n'attrapent que les pauvres faiblards que nous sommes,je n'ai aucun scrupule à vous dire que vous etes un pauvre con! Et encore j'ai la délicatesse de ne pas vous souhaiter ce que je vis...à vous...ou pire...à un de vos proches...si vous en avez....

Lili

JACQUES BERTHOMEAU 17/09/2008 07:52


Si ça vous fait du bien de me traiter de pauvre con moi ça ne me dérange pas car je n'ai jamais dans mes écrits nié la réalité de la souffrance de Chabalier mais contesté l'exploitation
médiatique de son abstinence. Etre alcoolique n'est en rien dégueulasse et je ne suis pas du tout fort et les pièges ont existé pour moi comme pour les autres. Alors de grâce lisez ce que j'écris
sur l'alcoolisme. Quand à me souhaiter ce que vous vivez sachez que ceux sur qui tombe sans préavis d'une maladie orpheline comme mon ami laurent souffre autant que vous et il n'y a pas
de comparaison à faire dans les degrés de la douleur. J'ai vécu dans ma jeunesse dans un pays d'alcooliques et j'ai des amis alcooliques. Mon seul propos est de contester à Chabalier le droit de me
dire ce que j'ai à faire c'est tout. Bon courage dans votre nouveau chemin.


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