Vendredi 15 août 2008 5 15 /08 /Août /2008 00:06

Le creux du mois d’août à Paris, le 15 août, l’Assomption de Marie, comme je suis un mécréant j’ai écrit à une amie qu’avec ce temps la Vierge aurait du mal à décoller cette année même du Jardin André Citroën. Je range mes papiers. Parfois je relis des textes découpés dans des magazines et je me dis que si pour les vins on parle de vins de garde, ceux qui doivent attendre pour exprimer leur plénitude, pour les textes qui traitent de l’air du temps, le temps peut-être redoutable. Moi qui suit plus un rat de bibliothèque qu’un rat de cave j’aimerais que de nos merveilles en bouteilles on puisse dire : vins de demain et, pour ceux qui sont le bonheur d’un jour : vins d’aujourd’hui. Ainsi, en opposition avec les nouveaux riches et les parvenus qui achètent des bibliothèques au mètre, et des vins à la cote Parker, les esthètes et monsieur et madame tout le monde pourraient s’y retrouver : d’un côté les vins de bibliothèque, valeur de toujours, de l’autre les vins Google, pressés, évanescents et turbulents.

 

Alors en ce début de pont je vous propose pour aujourd’hui et pour demain, deux textes du même auteur : Alain Schifres, tiré d’un livre de 1990 « Les Parisiens » chez Lattès. Ils n’ont pris aucune ride. Je vous les offre. Vous pouvez les consommer sans aucune modération.

 

« PARIS est une entrecôte. Tous les garçons bouchers qui l’ont survolé en ULM vous diront que c’est sa forme, vu d’en haut. Au moins la ville a-t-elle une forme, cela n’est pas donné à n’importe qui chez les capitales.

Paris est un endroit où il n’y a pas de placards. Ou alors, vous aurez des cuisines dedans. En revanche, il y a des entresols, comme des étages clandestins : on s’est moins soucié de ranger les choses que de serrer les gens. C’est une cité horizontale, grise et beige, selon des nuances qui vont du café crème avec beaucoup de lait au torchon sale.

C’est une ville franche, pas du tout perverse, qui sent l’hygiène sociale en dépit de ses rubicoins populistes où le balai n’a pas accès. Elle plafonne à vingt mètres environ sous une carapace de zinc et de plomb, avec des tours qui percent par endroits, des petits Manhattan arrogants sur les bords, des parcs et des jardins, des théâtres fin XIXe, des arbres malades, des plaques aux gardiens de la paix tombés en 1944, des passages qui ressemblent à des traboules, des logements de la Ville de Paris réservés aux copains sur présentation de leur carte de copinage, des Grands Travaux du Président, des églises vides et des bistrots pleins, des cours, des impasses et des villas pavées qui font dire aux New-Yorkais mais c’est la campagne ici, des Palais nationaux et un Palais des Sports où on fait de tout sauf du sport et ce n’est qu’un exemple : on peut voir à Paris des musées dans des gares, des boîtes de nuit dans des établissements de bain, des boucheries transformées en boutiques, des bureaux dans des garages changés en bureaux, des ateliers d’ébéniste changés en appartements, sans parler des appartements changés en ateliers de confection, bizarres comme la rencontre d’un Tamoul et d’une machine à coudre dans un salon XVIIIe.

Ma cité, on notera que j’en parle comme d’un être humain. C’est une habitude ici. Les gens disent : « Paris est terriblement nerveux ce matin » ; « Paris commence à me courir » ; « Paris en a marre d’être coincé tous les soirs au volant sous les guichets du Louvre ».

 

à suivre demain avec Le Nouveau Parisien

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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