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9 septembre 2008 2 09 /09 /septembre /2008 00:06

Tout a commencé, comme dans les meilleurs vaudevilles – qui n’ont rien à voir avec les veaux des champs – par un énorme malentendu. Ginette, celle qui a le nez en trompette et la langue bien pendue, comme ça lui arrivait fréquemment, au débotté, venait de décider de convoquer ses copines pour un petit dîner à la fraîche dans le minuscule jardinet qui jouxtait le rez-de-chaussée de son 2 pièces-cuisine du 23 de la rue du Château des Rentiers. Pour ce faire elle balançait une bordée de sms à la tribu des nanas branchées avec en final un : «  les cocottes on est prié d’apporter son manger… »

Jusque-là pas de lézard, la procédure était conforme aux us et coutumes de la donzelle. À l’heure dites, les couffins chargés de victuailles achetées au marché bio du boulevard Raspail, celui où la tomate cerise est au prix du caviar, les gonzesses débarquaient une à une chez la Ginette qui arborait, pour l’occasion, une ravissante barboteuse blanche à pois rouges. Avant de casser la graine les filles cassaient un peu de sucre sur le dos des absentes, celles qu’étaient encore en train de se bronzer. Tout roulait dans le bonheur parfait lorsqu’un long coup de sonnette imposait le silence. Elles n’attendaient plus personne. Mimiques. Qui ça pouvait bien être ? Suspens insoutenable, dilemme, choix cornélien : ouvrir ou ne pas ouvrir ? Ce fut, Rosa, la grande tige aux cheveux de feu, qui trancha : « et si c’était le prince charmant… » Dit-elle en ouvrant la porte en grand.

D’un même cri du cœur le chœur des nanas expirait un « ha ! » de stupéfaction. Mais qu’était-ce donc ? L’ex-de Ginette qui tout sourire pointait sa mine enfarinée, les bras chargés d’une gerbe de roses aux pétales nimbés d’un splendide rose de saignée. L’effet de surprise passée, dans la confusion la plus extrême le garçon confiait à l’auditoire éberlué que, bien sûr, le sms de Ginette l’avait un peu étonné, mais que tout à la joie qu’elle lui avait pardonné ses infidélités, il avait décidé de se pointer au dîner. Bref, faisant contre mauvaise fortune bon cœur notre Ginette gaffeuse reprenait les choses en main en lançant à l’importun : « tes fleurs sont belles mais on ne les mange pas alors j’espère que tu n’es pas venu profiter de la fortune du pot ! » Le gars répondit : no, j’ai apporté le liquide… » Et, d’un bon pas, d’aller chercher dans le coffre de son auto une belle glacière pleine de bouteilles de rosé.

« C’est du quoi ? » demandait Marion, celle dont le nez était plein de son.

« C’est du Chinon ! »


Comme notre gars voulait reconquérir le cœur de la Ginette, qui a un si beau nez en trompette, il se disait dans sa petite Ford intérieure : « Faut que j’innove ! Faut que je créé ! Faut que je la surprenne ! »  Ses neurones frisaient le court-circuit lorsque soudain ses yeux se posaient sur des barquettes de fraises des bois. Euréka ! Avec le plus beau de ses sourires il demandait à son ex-dulcinée un grand saladier et un tablier. Ce qui fut fait d’un petit air pincé. La nuée des nanas faisait cercle. L’avantage des fraises des bois c’est qu’elles sont équeutées alors il n’eut qu’à les déverser au fond du saladier. Ensuite en un geste ample, au pif, il les saupoudrait de sucre de canne roux non raffiné. Pour les novices, notez : 150 grammes de sucre pour 750 grammes de fraises. Puis, avec des mines de chanoine il pressait un citron vert, râpait un bâton de cannelle et parsemait le tout de clous de girofle. Enfin, instant suprême, après avoir débouché un flacon de Chinon rosé de saignée 2007 du domaine de Wilfrid Rousse, il le versait avec doigté sur les fraises des bois émerveillées. Bien sûr, avec une grande cuillère en bois d’olivier il touillait. Les filles s’extasiaient. Mais, il y avait un mais. Il réclamait à la chouette Ginette une passoire pour réserver les fruits puis il versait le vin aromatisé dans une belle casserole de cuivre. Portait le liquide à ébullition puis, à feu doux, pendant 10 mn, le laissait chanter. Toujours avec des gestes de maestro il plongeait le cul de la casserole dans un bac de glace pilée. Attendait. Décidait qu’il fallait maintenant passer aux choses sérieuses : gouter son rosé de Chinon du domaine Wilfrid Rousse.

 

Ginette adorait l’étiquette : l’image de la sirène mi-femme, mi-poisson, dont le chant attire les hommes pour leur plus grand malheur, la charmait. Elle lançait à son ex des œillades qui n’avaient rien de SOS. Lui, décrétait, en faisant claquer ses bouchons que ce n’était pas une dégustation mais qu’il n’y avait pas de raison de se priver de causer sur son rosé de saignée. Daphnée, la romantique toute frisée, demandait : « c’est quoi un rosé de saignée ? » La réponse fusait en trois mots : égrappée, foulée, saignée avec mezzo-voce un viens chez-moi je t’expliquerai qui n’avait pas l’heur de plaire à la Ginette. Kristel d’Amsterdam gazouillait qu’elle lui trouvait une superbe couleur orangée. Chloé, elle, penchait pour le saumoné. Bref, on papotait. On gazouillait jusqu’au moment où Alice, une petite merveille, belle comme une perle de rosée, de sa jolie voix flutée racontait : « j’ai lu les mangas Les gouttes de Dieu et le héros Shizuku dit à propos d’un château Mont-Perrat 2001 que c’est comme la voix de Freddy Mercury, ça ressemble à du classique mais ça n’en est pas, c’est bien plus moderne, c’est du Queen… Moi, ce rosé de saignée de Wilfrid Rousse c’est comme MGMT (cliquez)

http://www.youtube.com/watch?v=XVnRzEjpUmE  ça me pulse. Ça vient de loin. Ça vient de la terre. Ça m’enchante. C’est tendre mais acidulé. Je plane… » Même l’ex qui se prenait pour un cador du vin en avait le bec cloué. Le chœur des filles bichait, sauf la Nadia qu’avait un appétit de boa et qui se piquait d’être une œnophile distinguée. Moi, dit-elle, je lui trouve des aromes de fruits rouges et en bouche, au final, un goût de fraises des bois. L’ex aux anges criait « bravo, bravissimo… »

 

Que pouvait-il rêver de mieux que cet accord parfait entre vin et mets pendant qu’il effeuillait de la menthe fraîche sur sa soupe de fraises des bois au Chinon rosé épicé ? Rien, il atteignait les sommets. Du vin compagnon des mets il inventait le vin mets. Chapeau l’artiste ! Même sa rétive Ginette n’en pouvait mais. Toutes les filles le voulaient. Tel un dieu de l’Olympe il distribuait dans la douceur du soir son nectar épicé aux filles enamourées. Ainsi se terminait, du moins pour vous, l’histoire d’un mec tombé comme un cheveu sur la soupe dans un dîner de filles rétablissant la situation grâce au Chinon ; au Chinon rosé bien sûr, un rosé de saignée de Wilfrid Rousse 2007.

 

 

NOTE de l’Auteur :

-         les prénoms sont de pure invention pour préserver l’anonymat des filles ;

-         entre la fiction et la réalité il y a moi le parigot qui suis allé acheter, avec ma petite auto, le rosé de saignée de Wilfrid Rousse chez un caviste à Antony sur la N20 ; qui bien sûr l’ai goûté pour en causer ;

-         que la soupe de fraises des bois au rosé de Chinon épicé est un délice dont je rappelle les ingrédients : 750 g de fraises des bois, 150 g de sucre roux, un citron vert, 1 bâton de cannelle, quelques clous de girofle, de la menthe fraîche ; si vous ne trouvez pas de fraises des bois achetez la variété Mara des Bois ;

-         pour le mode opératoire je préfère effectuer le mélange avant le chauffage pour que le vin s’imprègne des arômes des épices. Attention : porter à ébullition ne signifie pas faire bouillir. Enfin, l’effet chaud-froid est important pour l’exhalaison des senteurs.

Bon appétit !

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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