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8 septembre 2008 1 08 /09 /septembre /2008 00:00

 Rassurez-vous je vais chroniquer sur un vin de pays de Vendée : Éclipse un rouge 2005 du Domaine de la Barbinière  à Chantonnay mais auparavant je ne peux me retenir d’évoquer le souvenir de nos voyages, maman et moi, en Micheline, pour aller voir ma sœur Marie-Thérèse pensionnaire de l’Institut Ste Marie, tenu par les filles de la Sagesse www.fillesdelasagesse.fr/ . Nous partions au petit matin de la gare de la Mothe-Achard et sitôt monté j’allais m’installer à l’avant de la Micheline, là où j’avais l’impression d’être le conducteur puisque je me retrouvais face aux rails. Le vrai chauffeur, lui, pilotais l’engin dans une minuscule cabine perché sur le toit de l’engin. Patrick Drevet, dans un petit opus publié en 1990, La Micheline  collection Haute Enfance chez Hatier, en parle bien mieux que je pourrais le faire.


« En raison de ses dimensions plus domestiques, de la luminosité de ses deux couleurs un peu triviales, de la physionomie pimpante, joufflue, que lui donnait au-dessus de ses tampons la disposition en V de la peinture rouge d’où les phares écartés saillaient comme des yeux de têtard, en raison aussi de l’insolite verrue que, sur ce type d’autorail, produisait le cockpit du conducteur perché sur le toit, voire en raison de ce que m’inspirait la consonance de son nom qui, pour lui avoir été abusivement attribué par similitudes avec l’engin sur pneumatiques construit par la firme Michelin, ne suggérait pas moins dans ses syllabes le caractère poétique d’un cheminement débonnaire, la nature familière et musarde d’une chenille, sans doute avais-je une prédilection pour la micheline que, à quelque moment de la journée qu’elle passât, je courais contempler à la fenêtre de l’une ou l’autre de nos chambres, alors qu’elle filait à mi-pente sur le versant de la vallée, entre les maisonnettes et les jardins, les boqueteaux et les barrières. »


Quelques années plus tard, alors que j’étais élève à l’École d’Agriculture de ND de la Forêt à la Mothe-Achard, trois de mes camarades partant en vacances, en novembre 1957, seraient les victimes d’une catastrophe ferroviaire juste après la gare de Chantonnay car sur la voie unique le chef de gare avait laissé partir la micheline alors qu’un train de marchandises venait en sens inverse. Ce drame a peuplé mes cauchemars d’enfant moi qui n’avait jamais dépassé la gare de Chantonnay mais qui m’asseyais là où mes petits camarades avaient vu venir la mort en face.


 Pas gai mes souvenirs mais c’est ainsi que va la vie.   Mais revenons à nos moutons, j’ai découvert Éclipse dans le très classieux Régal qui, comme souvent, se la pète un peu quand le chroniqueur ou la chroniqueuse écrit : « Pour gommer son modeste pedigree de vin de pays, il suffira de le servir dans une carafe et de prolonger les vacances avec les amis et une dégustation à l’aveugle. » C’est quoi cette engeance, quand est-ce que toutes ces histoires de dégustation à la con faites par des aveugles vont être ravalées au rang des accessoires inutiles car ce sont de vrais tue-plaisir : le vin on le boit, comme on le veut, où l’on veut, chacun à sa position favorite link  . Mais je m’égare. Après cette lecture j’ai saisi mon téléphone pour appeler le domaine de la Barbinière www.domainedelabarbiniere.com/ pour savoir si je pouvais trouver cette cuvée à Paris. C’est Vincent qui m’a répondu fort plaisamment qu’à son grand regret son « sans pedigree » n’était pas monté à Paris. Nous nous sommes arrangés autrement pour que je puisse acquérir une bouteille de la cuvée Éclipse.


 

Assez curieusement nos grands esthètes de Régal on classé Éclipse dans les Vins du littoral, sous la rubrique Maritime ! Ils sont sans doute un peu brouillés avec la géographie car Chantonnay est à 75 km de St Nicolas de Brem soit à vol d’oiseau à une soixantaine de km de l’océan. Bien sûr, je ne dis pas que les influences maritimes n’exercent pas d’effets sur les coteaux du Lay où le vignoble de la famille Orion étend ses 31 ha mais à trop vouloir faire genre, catégoriser pour faire de beaux titres, on se prend les pieds dans le tapis et on mélange un peu tout. Alors, pour eux, et en souvenir de mon prof de géo le frère Buton, natif de Chantonnay, sous la plume de Jean Huguet, un petit rappel sur les « Vignes et vignerons de Vendée » :


« La Vendée est terre de contraste. La croire issue d’un seul âge, ou figer son peuple dans le pittoresque typique d’une seule tradition, serait une même erreur que l’on évitera de commettre. L’aire du département de Vendée, les sols de ses « fiefs » vinicoles, déploient sans superbe mais non sans fierté, du nord-est au sud-ouest, du haut bocage au rivage atlantique, les quatre âges de la terre.


 Après le Phylloxéra qui détruisit le vignoble vendéen de 1875 à 1897, « Les vignerons modestes, pressés de retrouver leur production familiale, se jettent sur les hybrides d’Outre-Atlantique avec une hâte motivée à la fois par les circonstances et par une propagande effrénée organisée en faveur des plants magiques, immunisés contre tout…


Comment aurait-on pu résister aux Noah, Othello, Jacquez, Clinton, Taylor… ?


La mode dura une dizaine d’années, le temps qu’il fallut aux ampélographes pour expérimenter les hybrides qui allaient concurrencer, sous leurs propres noms – seibel, Oberlin, Seyve, Baco, Ravaz, Léon Millot –, les « envahisseurs » américains.


Ces plants français constituaient un indéniable progrès ; ils n’effaçaient pas pour autant les rangées suspectes de Noah et d’Othello, objets dès le 24 décembre 1934 d’un arrêté d’interdiction dont nul ne peut être aujourd’hui assuré, en Vendée, de sa pleine exécution. »

Tout ça c’est ma jeunesse dans les vignes de mon pépé Louis et pour en finir avec mes souvenirs lorsque l’Arrêté du 27 octobre 1984 officialisant l’accès des Fiefs vendéens à l’Appellation d’Origine Vins Délimités de Qualité Supérieure (V.D.Q.S.), passera dans le circuit des signatures, étant au cabinet de Michel Rocard chargé entre autre de la viticulture, j’ai veillé à ce qu’il ne niaise pas dans les soupentes des Ministères.

Mais revenons à nouveau sur les coteaux du Lay à Chantonnay pour notre Éclipse 2005 Réserve de la Barbinière. Bel habillage, bien dans la tendance d’une nouvelle génération de vignerons qui ne confondent pas paille dans les sabots et expression du terroir. J’apprécie aussi la lisibilité et l’affichage de son identité : Vin de Pays de Vendée, on ne la met pas dans sa poche avec son mouchoir de Cholet par-dessus. Du côté de la conduite de la vigne, de la vinification et de l’élevage, en dépit de mon bref apprentissage auprès du frère Bécot dans les vignes et dans le chai de l’École d’Agriculture de la Mothe-Achard, je préfère m’en remettre en ce qu’écrivent les Orion.


Conduite du vignoble :

-         Âge moyen des vignes : 25 ans ;

-         Enherbement naturel maîtrisé ;

-         Taille très courte (Guyot double) ;

-         Travaux en vert importants (épamprage, effeuillage, éclaircissage…)

-         Protection phytosanitaire raisonnée ;

-         Vendanges manuelles.

Vinifications et élevage :

Le Pinot Noir a effectué une macération de 16 jours avec des pigeages manuels successifs. Le Cabernet Franc et Sauvignon de très belle maturité ont macéré entre 18 et 24 jours. L’élevage de 13 mois en fûts de chêne français (40% de bois neuf) a été réalisé séparément jusqu’à l’assemblage au mois de janvier. Cette nouvelle cuvée a été mise en bouteilles à la mi-mars 2007.

Arrivé à ce stade : choix cornélien, 2005 c’est un très beau millésime, un millésime « exceptionnel », c’est un vin de garde (5 ans et +), vais-je en plein mois d’août ouvrir cette belle bouteille ? Je tergiverse puis, faute de convives à inviter – ils sont tous sortis de Paris – je décide d’attendre et de m’en remettre aux beaux esprits de Régal : « Malgré un sommeil de treize mois en fût de chêne, le boisé est parfaitement intégré au vin, qui se livre frais et digeste (…) Bluffant et délicieux. » Quand j’aurai moi-même, non pas goûté, mais bu – pas tout seul – cette cuvée Éclipse 2005 je m’essayerai non pas à des commentaires mais je conseillerai à mon filleul Vincent Berthomeau qu’il aille, avec mon très cher frère Alain, faire un petit tour au Domaine de la Barbinière St Philbert 85110 Chantonnay 0251343972 domainebarbiniere@wanadoo.fr goûter les cuvées de la famille Orion : Philippe, Alban&Vincent, pour peut-être en mettre une sur la carte de son restaurant l’Abelia 125, Boulevard Poilus 44300 Nantes 02 40 35 40 00. Au passage, ils pourraient récupérer à Antigny mon cher beau-frère René Ouvrard, qu’a gagné tellement de sous en vendant des tracteurs et des machines à vendanger, pour qu’il se fende de l’achat de quelques cartons de vins du Domaine de la Barbinière. Bref, j’en ai fini, un dernier mot : merci aux Orion de leur délicate attention ça me permettra d’écrire une autre chronique sur le vin de Pays du Val de Loire cher à Pierre Aguilas et à Joël Hérissé.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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