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11 août 2008 1 11 /08 /août /2008 00:08

Partir de Paris sous un ciel essoré par les fureurs d’un orage monstrueux, partir plein Sud, le TGV, l’autoroute, arriver au pied de la Clape, monter vers l’Hospitalet ce 7 août. On s’y affaire. C’est l’effervescence. On m’accueille dans la fraîcheur du caveau. L’endroit est beau, magnifie le vin, fait le lien entre la tradition et la modernité. On s’y presse. La noria des clients. Je maraude dans cette enclave de flacons nimbés d’une lumière tamisée. J’aime ce spectacle muet. Au-dehors, dans l’amphithéâtre des vignes enserrant l’Hospitalet, au cœur des bâtiments, une scène avec son incroyable capharnaüm de matériel : amplis, spots, baffles monstrueuses suspendues, un piano à queue, une batterie Yamaha, des guitares… Normal, ce soir est jour de première chez Gérard Bertrand, l’ouverture du 5ième Festival de Jazz de l’Hospitalet. Installation dans la fraîcheur de la chambre, quelques longueurs dans la piscine, puis reportage sur la répétition de la vedette du soir : Michel Jonasz. Les photos parlent mieux que j’écrirais.

 













La météo suspend ses facéties, nous n’aurons pas de pluie, le vent se charge du nettoyage. Sur la pelouse, autour des tables, le ballet du service et les grappes de convives composent une vaste toile chamarrée, douceur et paix de fin du jour, plénitude, beauté brute d’une nature sculptée par la main de Dieu et celle de l’homme.  La garden-party est bien ordonnancée : 800 convives à servir en à peine deux petites heures. À la table d’Ingrid et de Gérard Bertrand, je retrouve avec plaisir Patrick Collomb mon complice avec qui j’ai dénoué « l’affaire de la Romanée-Conti », Alain Marty l’homme d’In Vino sur BFM et je converse avec des invités belges de Gérard. Tout est impeccable et succulent. Au café Xavier de Volontat vient me saluer. En me rendant au spectacle je titille le député-maire de Narbonne, Jacques Bascou, sur ses ouailles vigneronnes. Que le spectacle commence !

 

Michel Jonasz, costume gris argenté, attaque sa visite à la chanson française, celle qui l’a nourri, par « fils de sultan, fils de fakir, tous les enfants ont un empire… » de Jacques Brel. Revisitée, retaillée à son phrasé si particulier, sa patte, comme dans ses chansons Michel Jonasz ajuste chaque mot, ne laisse aucune syllabe errer, chaque souffle est pensé : les Bancs publics de Brassens, la Javanaise de Gainsbourg, la Foule de la môme Piaf… La magie s’installe. Avec Jonasz le spectacle ne se résume pas à une simple succession de morceaux : « la musique est un partage » confie-t-il et le prouve en mettant en scène ses compagnons de scène : rayonnant, il parcourt la scène micro en main, allant du public vers ses musiciens, tels  Jean-Marc Jafet avec ses dreadlocks  atteignant le manche de sa basse qui nous délivre un solos aiguisé, servi par un son irréprochable ou Jean-Christophe Maillard à la guitare avec ses faux airs de Florent Pagny. Le public, sollicité, timidement d’abord, s’enhardit : « il reprend les paroles : couleur café, que j’aime ta couleur café… » Mais le grand moment d’émotion nous le devons à l’alchimie des mots de Léo Ferré, pure poésie, coulée dans le creuset de Jonasz : « Avec le temps…Avec le temps, va, tout s'en va. On oublie le visage et l'on oublie la voix. Le cœur, quand ça bat plus, c'est pas la peine d'aller. Chercher plus loin, faut laisser faire et c'est très bien… » Moi je l’avoue, je fonds, le cœur prend le dessus.

 

Ce spectacle est une dernière d’une longue tournée, le groupe va s’égailler, alors Jonasz nous offre un moment rock made in Golf Drouot : notre jeunesse, lui né à Drancy en 47, moi dans la Vendée profonde, en 48. Il plaisante sur le Général, rare. Qui se souvient des Lemons, premier groupe de Jonasz ?  Personne, les Chaussettes Noires passe encore, mais le chanteur Vigon n’est pas entré sans l’histoire. C’est pourtant lui qui avait demandé à Michel Jonasz de chanter en première partie. Il avait alors repris Hoochie Coochie Man de Muddy Waters. C’est vraiment d’être le cul sur sa chaise : envie folle de danser. Je n’ai jamais pu résister à l’attrait d’un bon vieux rock and roll où du bout d’une main ferme on transforme sa partenaire en une volute légère. C’est grand. Après la fausse sortie traditionnelle, Jonasz et ses musiciens nous offrent un pot pourri du répertoire de Mister Swing. Le public est au ciel, aux anges, paroles aux lèvres. Je vous offre : « je voulais te dire que je t’attends » http://www.youtube.com/watch?v=eKRPzbPN0nw pour plein de raisons tout à fait inavouables sur ce blog. Comme l’écrivais Eluard « comprenne qui voudra ».

 

Mais la soirée n’était pas finie aux alentours de minuit. Le H club ouvrait ses portes avec Guy Robert Quartet et la nuit ne faisait que commencer. Le contrebassiste, comme toujours, semblait ne faire qu’un avec son instrument et le trompettiste, à l’inépuisable souffle, faisait s’extasier Catherine Villar venue du haut plateau de Roissy. Les conversations allaient bon train. Demain serait demain. Le temps pour moi de d’écrire que Gérard Bertrand a gagné son pari : ce festival n’est pas un festival parmi d’autres, plaqué dans le calendrier, mais une vraie rencontre entre un lieu, avec ses hommes, sa terre, son histoire, et bien sûr le vin qui en est issu, et les moments rares que sait procurer la musique. Ici la musique c’est le jazz, que Duke Ellington préférait appeler « Negro music », melting pot de musiques : des works songs des esclaves afro-américains aux chants religieux : negro spirituals et gospel en passant par le blues du delta du Missipi, le ragtime, le stride et le boogie-woogie. Multiforme et coloré, le jazz est à la source, au carrefour de beaucoup des rythmes modernes qui vont éclore au 20ième siècle. Passerelle donc, tout un symbole pour nous gens du vin qui nous devons d’assumer le passage de la tradition à la modernité par le partage de nos valeurs. À l’Hospitalet, Gérard Bertrand est dans le bon rythme, il orchestre avec beaucoup de talent l’art de vivre, de bien vivre et la joie de la fête. Homme du vin, homme de son pays, homme de défi, il avance. Ça fait du bien dans ce Languedoc vigneron, si prompt à cultiver la division, de sentir élan et enthousiasme, foi en l’avenir. Un grand merci Gérard !

Ce dimanche suis allé au cinéma à St Germain des Prés pour voir la reprise de  «Let’s Get Lost», de Bruce Weber, réalisé il y a vingt ans, qui retrace l’itinéraire d’ombre et de lumière du trompettiste américain Chet Baker jusqu’à sa mort.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Thomas 11/08/2008 01:36

Et le vin à L'hospitalet, il est comment ? Merci pour le compte-rendu. N'étant pas très, très loin de La Clappe on ira faire un tour l'an prochain. Surtout si vous pensez à nous rafraichir la mémoire. Merci.

JACQUES BERTHOMEAU 11/08/2008 11:31


En ce moment le Gris de Blanc de Gérard Bertrand me va comme un gant et cher Thomas pour moi c'était jour de détente pas de dégustation alors il faut savoir parfois qu'apprécier mais je
puis vous assurer que nous avons excellement bu... Allez à l'Hospitalet vous ne serez pas déçu du voyage...


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