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14 septembre 2008 7 14 /09 /septembre /2008 00:03

À ma vue Gustave débandait. Bras ballants, résigné, il larmoyait : « Putain de merde t’as vraiment juré de me casser tous mes coups… » Le coup en question rectifiait avec dignité sa position tout en cherchant du regard sa petite culotte alors que Gustave dubitatif  contemplait l’étendue du désastre qui remettait en cause sa virilité. Je raillais « Dis donc mon Gustave t’es une bête de sexe. Infatigable l’enflure toujours sur la brèche si je puis m’exprimer ainsi chère madame. Allons Gustave tu manques à tous tes devoirs de gentlemen : présente-moi à ta charmante partenaire…

- T’es naze mec, c’te pouffiasse j’la connais même pas.

- Alors présente-moi ça permettra à madame d’élargir le cercle de ses relations.

- Aline de Saint-Pourçain.

Sensible à mes lazzis la dame avait retrouvé de sa superbe et elle me tendait une main aux ongles finement manucurés. Je m’inclinais et me risquais à effectuer le premier baisemain de ma carrière. Au contact de ses doigts ma main sentit que la dame se raidissait. Elle devait comprendre que je me payais sa fiole. En me relevant je m’efforçais de la conforter dans cette juste analyse : « Léon Béria, de la police politique du Président Pompe…

-         C’est quoi cette nouvelle engeance ?

-         Mon bon plaisir Gustave, tu devrais remonter tes brailles sinon madame de Saint-Pourçain va te prendre pour son garde-chasse…

-         Ta grande sauterelle t’a bourré le pif de poudre mon gars. Arrête ton char sinon…

-         Sinon tu vas me dénoncer Gustave la balance…

-         Faut pas l’écouter madame il n’est pas dans son état normal…

-         Même s’il me prend pour une pauvre conne ce jeune homme me semble très pertinent mais soyez sans crainte gros tas de merde vos affaires tordues j’en ai rien à foutre…

-         Tu faisais moins la fière tout à l’heure pouffiasse…

-         Allons Gustave c’est à une dame que tu causes…

-         Je préfère les putes…

-         Toutes les femmes mariées sont des putes Gustave.

-         Je compatis chère madame, vous devez vraiment souffrir pour en arriver à vous faire mettre par cette raclure…

-         Je ne te permet pas…

-         Mais si Gustave, tu permets tout ce n’est qu’une question de prix…

-         Ce n’était qu’une expérience, j’ai toujours eu le phantasme du camionneur…

-         Sans vouloir être mufle, chère Aline, si vous me permettez cette familiarité…

-         Après ce que vous venez de voir vous êtes sans pitié avec moi jeune homme…

-         Dans votre cas c’est une bonne thérapie mais là n’est pas le problème. Comme je m’apprêtais à vous le dire, assimiler Gustave à un camionneur c’est faire insulte à une corporation certes une peu brute de décoffrage, qu’aime bien les fachos, mais qui a reçu ses lettres de noblesse depuis le Salaire de la peur…

Gustave atterré perdait pied. Aline, qui venait de récupérer sa petite culotte que Gustave avait délicatement posée sur l’abondante chevelure d’un Beethoven en buste qui trônait sur le manteau de la cheminée, lâchait elle aussi prise. Mon verbiage fumeux lassait, moi le premier.

Pendant qu’Aline de Saint-Pourçain se repoudrait le nez et se redessinait les lèvres, Gustave, avachi dans un fauteuil crapaud, m’observait d’un œil mauvais en ruminant sa contre-attaque. Mon intrusion brutale dans le beau nid douillet que lui offraient ses thuriféraires des hautes sphères de la GP risquait de fiche en l’air tout le bénéfice qu’il tirait de son statut de « prolo officiel ». Après l’avoir bousculé, déstabilisé il me fallait prendre appui sur sa mauvaise humeur pour le cadrer. Mon marché était d’une grande simplicité : j’offrais à Gustave de conforter, auprès du locataire de la place Beauvau, son statut d’indic n°1 au sein de la GP en échange d’agir selon ma volonté. Gagnant/gagnant : pour lui la pérennisation de sa situation de coqueluche idolâtré lui ouvrant tous les avantages collatéraux : baise, fric, fréquentation de la crème gépéiste : Clavel, Duras, Claude Mauriac, Joris Ivens et même Godard, vie facile ; pour moi, me dégager des tâches subalternes, manipuler tout le monde, m’infiltrer dans les cercles du pouvoir pour leur pourrir la vie. Bien évidemment, avec Gustave je n’entrerais pas dans ces subtiles considérations. Comme je le tenais à la fois par les couilles et par la peur, lorsque je lui ferais part de ce que seraient à l’avenir nos relations ce serait comme sur le foirail, entre maquignons, qui baise qui, on ne sait pas vraiment, mais au bout du compte on tope-là.

Au lieu de me coltiner le Gustave en tête à tête dans cette chambre, théâtre de ses ébats interrompus, je me tournais vers Aline de Saint-Pourçain pour l’inviter à regagner la réception à mon bras. De très bonne grâce, elle se pliait à cette bonne manière dès plus bourgeoise en taquinant au passage le Gustave : « Viens avec nous le surineur. Ne fais pas cette tête-là. Crois-moi tu es un bon coup Gustave, je n’ai jamais joui comme ce soir … » À la tête qu’il fit, étonnée et satisfaite, en se rengorgeant, je comprenais que le compliment, même s’il flattait l’enflure, chagrinait son machisme profond : la qualification de « bon coup » ne pouvait s’appliquer qu’aux pétasses. Pour emporter la décision je lui passais une nouvelle couche : « Avec la pub que va te faire Aline tu vas pourvoir te constituer un harem sacré veinard ! » Sourire retrouvé, Gustave relevait sa grosse carcasse en lâchant un vent chuintant et odoriférant. « Ça dégage ! » commentait-il avec son intonation ch’timi qui chuintait elle aussi en « décache ! ». À mon bras, la zélote d’Antoinette Fouque, réprimait un haut le corps. Plein de commisération hypocrite je lui tapotais sur la main. « Les luttes de libération, Aline, passent souvent par des chemins de traverse un peu fangeux. On ne fait pas la Révolution sans se salir les mains… » Gustave dodelinait sa grosse tronche, l’air de dire, ce mec c’est vraiment qu’un phraseur mais sans pour autant se sentir visé par ma réflexion puisqu’il nous balançait : « Ce n’est pas mon cas, moi j’ai jamais eu les mains aussi propres que depuis que je me suis embarqué dans la Révolution… » Et de rire grassement en postillonnant sur le dos dénudé d’Aline.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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