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31 août 2008 7 31 /08 /août /2008 00:08

Chloé, après avoir traversé à vive allure la forêt de St Germain et effacé des contrées idylliques telles que Houilles, Bezons, Colombes, sans jamais enfreindre le code de la route, nous fit entrer dans Paris par la Porte d’Asnières. Moi qui l’avais pris de prime abord pour une évaporée déjantée elle se révélait organisée, pleine de sang-froid et surtout très consciente des limites du combat révolutionnaire de nos zozos de la GP. Ma nouvelle liberté, concédée par Marcellin, m’ouvrait des perspectives. Je ne savais pas encore lesquelles mais l’important était d’être disponible pour saisir les meilleures opportunités qui ne manqueraient pas de s’offrir à moi. Pour l’heure je me retrouvais dans ma position favorite : pris en main par une fille border line. Paris, en cette fin d’après-midi, commençait à déglutir ses banlieusards. Telles des fourmis tout ce petit monde des bureaux, en paquets serrés, front bas, regards fermés, se jetait dans les bouches de métro pour gagner les gares de triage. Sans vouloir jouer les sociologues de bazar, je ne pouvais m’empêcher de penser que c’était eux qui comptaient, que c’était eux qui pesaient, que c’était sur eux que reposaient les contours flous d’une France qui n’avait plus rien à voir ni avec celle des paysans, ni avec celle des ouvriers. Le combat de Flins était aussi imbécile qu’inutile. Nous étions inaudibles, à côté de la plaque, les derniers rejetons dévoyés des grandes croyances du XXième siècle. Tous les angles, les aspérités, le dur se floutaient, les frontières s’effaçaient, le plus grand nombre n’aspirait plus qu’à la bagnole, au week-end, au confort d’un pavillon de banlieue.

 

Les beaux quartiers résidentiels semblent toujours hors la vie, lisses, indemnes du grouillement, de la promiscuité, vides de tout. Nous enfilions des rues paisibles et cossues du Triangle d’or et La Norton, à bas régime, crachotait des sons étouffés. Chloé m’amenait chez l’une de ses copines anglaises, Ossie, qui l’approvisionnait en denrées diverses : fringues et pompes de Carnaby Street et de King’s Road, fragrances exotiques, vinyles des Stones, substances illicites en provenance des States ou d’Amsterdam. Elle me l’avait dit à un feu rouge, place du Maréchal Juin, alors que nous regardions passer une colonne de camions de la gendarmerie mobile qui devait sans doute filer sur le théâtre des opérations. L’appartement d’Ossie, au dernier étage d’un superbe immeuble, immense, lumineux, adossé à une terrasse-jardin embrouillamini de plantes et d’arbres exubérants, donnait le sentiment, avec ses canapés en tout sens, d’être une suite de vastes salles d’attente d’un aéroport futuriste. Peu ou pas de meubles, pas de tables ni de chaises, mais des toiles aux murs, des toiles des plus grands : de Kooning, David Hockney, Jackson Pollock, Roy Lichtenstein, Andy Warhol, Jasper Johns… Ossie trimballait sa grande carcasse très pulpeuse pour une anglaise, dans un sari immaculé. Ses cheveux longs, très noirs, ramenés en une longue tresse qui lui battait le bas du dos, et un maquillage très élaboré, lui donnait un air de danseuse d’un temple dédié à la déesse Jivah. Des bougies et des lampes à huile posées à même le plancher ou sur les plateaux des cheminées, ainsi que des brûleurs d’huiles essentielles, et la musique Rabi Sankhar en boucle, achevaient de nous dépayser. 

 

Chloé me confiait à Ossie avant de se vautrer sur un canapé demi-circulaire pour s’offrir quelques lignes. Ossie affichait une sérénité souriante qui me rendait disponible. J’étais prévenu. Dans l’ascenseur Chloé m’avait gentiment demandé de jouer le jeu. Alors je le jouais avec un réel plaisir. Ossie me conduisit dans la salle de bain, une vaste pièce circulaire dont le centre était occupé par une grande vasque de marbre emplit d’une eau qui exhalait des vapeurs parfumées au bois de santal, et me défit de bas en haut avec beaucoup de délicatesse ce qui m’évita d’afficher une érection. Avec toujours la même grâce elle libérait son corps du sari et la vue de sa nudité charnue me précipitait cette fois-ci dans une vive bandaison. Bêtement je posais mes mains jointes sur mon sexe dressé. Ossie les écartait doucement et, d’une main douce et ferme, elle apaisait mes élancements sans pour autant m’amener à la libération. Nous n’avions échangé aucune parole. Étrangement, une fois que nous nous fûmes plongés dans la vasque émolliente, alors que nos corps étaient quasi enchâssés, je ne ressentais plus l’envie d’aller plus avant. Mon corps relâché se laissait aller à ses caresses et, au risque de vous paraître cuistre, la seule envie qui m’envahissait était celle de dormir. Fort heureusement l’arrivée d’une vraie indienne portant sur un plateau d’argent deux grands verres à orangeade, qui me semblaient emplis de lait, mais c’était du lassi aux pétales de rose, m’évita le ridicule de m’endormir dans les bras d’Ossie. 

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