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17 août 2008 7 17 /08 /août /2008 00:07

Je dois dégager un magnétisme particulier qui pousse les filles aux confidences car nous nous assîmes, côte à côte, en tailleur, face à la flamme du Soldat Inconnu et Chloé, après avoir posé sa tête sur mon épaule, entamait un long monologue. « Moi ce type, qui repose-là, broyé par les shrapnells allemands au fond de sa tranchée pourrie, bouffé par la vermine, shooté à la gnole, et qui voit maintenant défiler autour de sa tombe les culottes de peau qui l’ont envoyé à l’abattoir, comme de la chair à canon, anonyme, reproductible, simple paysan ou ouvrier, brave mec, plus con que la moyenne, il s’est sacrifié pour que moi fille de putain de luxe je vive le cul dans la soie. Ça me donne envie de gerber mon beau légionnaire. Toi, j’en suis sûr, t’es pur comme de l’eau de roche alors que moi je suis de l’eau vaisselle maquillée en n°5 de Chanel. Madame ma mère, intrigante de haut vol, après s’être vautrée dans le pieu des dignitaires du Grand Conseil fasciste de Benito s’est recyclée avec aisance et sang froid dans celui d’un général américain de l’état-major allié. Je suis le fruit de cette copulation rédemptrice entre une grande brute blonde du Middle-West et d’une catin pur sang bleu de l’aristocratie florentine. Comme ça tu comprendras mieux, mon beau légionnaire, que j’ai une envie folle que toute cette pourriture, maquillée sous le vernis aristocratique, leur pète à la gueule… »

 

Chloé, pour reprendre son souffle, se roulait une minuscule cigarette. La flamme de so briquet vacillait sous le souffle léger d’une brise tiède. Moi, la bière ça me coupe les pattes et ça me donne envie de dormir. Je luttais pour ne pas me laisser choir sur le flanc et me recroqueviller dans ma position fœtale favorite. La bouiffe de Chloé exhalait une douceur odeur d’herbe qui me poussait plus encore à m’abandonner au sommeil. Je me sentais, comme lorsque j’étais enfant, étendu sous la peau de la mer, les yeux encore plein des pépites du soleil éteint, prêt à me laisser engloutir dans les abysses. Chloé me tendait son mini pétard. J’en tirais quelques bouffées qui me réanimaient. La voix rauque de Chloé, en contrepoint, me maintenait dans une conscience molle. « En Italie, tout naturellement je me suis retrouvée à la Sinistra Proletaria qui n’a rien à voir avec les enculeurs de mouches d’ici. Là-bas ce sont de vrais durs. Des brutes. Je suis sûre qu’ils iront au bout de leurs idées. Moi je suis une pétocharde, une goutte de sang et je m’évanouis, alors les amours de ma traînée de mère m’ont bien servi : Paris a des douceurs inestimables. Jamais à Milan je n’aurais trouvé un aussi beau légionnaire. Je veux dire jamais je n’en aurais trouvé un qui n’a pas envie de se foutre du sang sur les mains. Toi, je le sens, tu es là par je ne sais quel hasard, et j’ai la certitude que tu ne leur ressembles pas. Comme tout le monde tu caches quelque chose mais je m’en fous mon beau légionnaire. Je vais profiter de ton corps avant que tu me jettes dehors… »

 

Après je ne sais plus ce qui s’est passé parce que j’ai basculé comme une masse dans un sommeil de béton. Tout ce dont je me souviens c’est que j’ai rêvé de Marie. Jamais plus depuis mon départ de Nantes je n’avais rêvée de Marie. Elle se promenait pieds-nus sur une plage de sable fin, tout au bord de l’ourlet mousseux qu’inlassablement les vagues dessinaient en venant mourir sur la grève. À ses côtés, Achille, le chien de Jean gambadait en pataugeant dans des flaques qui ressemblaient à des continents. Dans mon rêve cerné d’un cadre noir je me sentais extérieur à l’image, tel un spectateur dans une salle obscure. Le souffle d’une légère brise de mer, que je sentais lécher mes épaules nues, gonflait le vêtement immaculé de Marie. Tout mon corps semblait désassemblé, flasque, tel une poupée de son aux membres désarticulés, pendouillant, incapables d’assumer leurs fonctions : ni marcher, ni étreindre. Ma rage impuissante consumait toute l’énergie que fabriquait ma volonté. Je n’étais plus qu’une chaudière au bord de l’implosion, incandescente, pleine d’une fureur inutile. Je luttais. Dans ma bouche sèche je sentais du goût du sel. Mes lèvres articulaient des mots que je n’entendais pas. Supplice atroce, lent, inexorable, les pas de Marie ne marquaient pas le sable mais je ne voulais pas admettre ma défaite. Il me suffisait de garder cette image froide, de la tenir dans les rets de ma volonté. Cette fois-ci Marie tu ne m’échapperas pas. Je te garderai à tout jamais. Mes doigts, soudain, s’agrippaient. Je prenais peur. M’éveillait. Chloé, assise sur son céans, me contemplait avec des yeux de mère. « Mon beau légionnaire, qu’est-ce que tu as du l’aimer cette Marie…     

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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