Dimanche 27 juillet 2008
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Chloé était une grande bringue aux cheveux décolorés et taillés à la serpe en
une sorte de brosse broussailleuse, pleine de trous et de bosses, qui donnait à son visage bien dessiné, aux traits fins, à la peau nacrée, un air clownesque. Dans ses yeux, d’un bleu délavé
piqueté de poussière d’or, flottait un étonnement perpétuel, Chloé semblait jeter sur son environnement un regard d’enfant surpris. Impression renforcée par la moue de sa bouche aux lèvres
charnues, gourmandes, fraîches et humides, dévoilant une dentition digne des publicités pour Émail Diamant. Mais, ce qui peu paraître étrange, ce qui m’avait frappé de prime abord, lorsque je
l’avais aperçu en arrivant dans la salle de réunion, c’était la forme de ses oreilles, pointues, aux pavillons transparents : des oreilles de louve où pendaient des grands anneaux de
gitanes. Ça m’avait fait bander, sec et dur. Elle portait un tee-shirt moulant et court qui accentuait sa platitude de planche à pain plantée sur des hautes tiges assez fines sans être pour
autant des cannes de serin. Quand elle s’était portée au secours de Gustave j’avais surpris les regards déshabilleurs des défenseurs des larges masses. Ces frustrés, tels une harde de jeunes
loups affamés, si la peur de la réprobation collective ne les avait pas retenus, se vivaient en voyeurs et en violeurs au travers des grosses paluches baladeuses de l’immonde Gustave.
Les nuits de juin gardent une pointe de fraîcheur qui surprend ceux qui s’y
engouffrent sans précaution. À mon côté Chloé frissonnait. Je lui jetais mon perfecto sur les épaules. Elle s’immobilisait. Me contemplait de ses grands yeux flous. Ses longs bras osseux, en une
geste hésitante, m’enserraient. Elle me caressait la nuque puis nichait son visage dans le creux de mon épaule. Sa voix était rauque, cassée. « T’es un drôle de mec, toi… Tu es le premier
qui s’intéresse à moi. Qu’est-ce que tu viens foutre dans ce merdier de sales petits cons ? » Chloé sentait le jasmin. Je le lui dis. Elle s’écartait de moi et riait d’un grand rire
cascadant. « Vraiment tu n’es pas dans la norme. Tu aimes les femmes toi. Ça me fait tout drôle. Embrasse-moi ! » Nous sommes restés un long moment à nous bécoter et à nous
tripoter au beau milieu du trottoir. Chloé avait la peau douce et les fesses glacées. Je le lui dis. De nouveau elle partait dans sa cascade de rire. La stoppait net pour proclamer : «
Beau gosse, j’ai peut-être le cul gelé mais pour le reste c’est l’Etna. T’as pas des mains d’ouvrier mec ! Je connais. Eux ils ne s’embarrassent de préliminaires. Ils te tirent. Te liment
comme une queue de rat. Défouraillent. Leurs mains, à eux, tu les sens sur ton cul ou sur tes hanches. Bien arrimées. Bien dures. Les tiennent, elles, cherchent mon plaisir… »
Deux couples de gens bien comme il faut, des quadragénaires bien nourris,
rentrant sans doute du cinéma, ralentissaient leurs pas pour ne rien perdre de l’adresse de Chloé. Arrivés à notre hauteur, tout en serrant leur rang, ils hésitaient. Notre spectacle les
fascinait. Chloé, alors qu’elle parlait de mes mains cherchant son plaisir caressait du bout de ses doigts la protubérance de ma braguette. Moi, avec mon air de Lou Ravi, je me laissais faire
tout en les contemplant. À coup sûr les deux types espéraient plus, un passage à l’acte, alors que du côté des femmes, l’une me semblait prête à sauter le pas, alors que l’autre marquait sa
réprobation. Chloé, qui leur tournait le dos, mais qui sentait leur présence, hésitait. Allait-elle désincarcérer mon sexe ? Ses doigts tentaient de faire sauter les boutons métalliques de
mon jeans puis s’immobilisaient. Cabotine, elle tortillait ses petites fesses, passait ses doigts dans sa toison hirsute et, en voltant, faisait face à nos spectateurs « Braves gens, mon
envie rejoint la vôtre mais, comme j’ai une soif de gueuse, faut que je m’envoie une petite mousse avant de consommer la sienne. Désolée… » Plantant-là nos voyeurs interloqués elle me tirait
par le bras sur le trottoir comme si j’étais un mulet rétif.
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