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La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

Samedi 30 août 2008 6 30 /08 /Août /2008 00:06

 

Chez nous, dans notre doulce France, Charles Trenet a chanté la Nationale 7, la route des vacances, aujourd’hui rangée au rang des vieilleries depuis que le froid ruban de l’autoroute A6, dites du Soleil, charroie moyennant finance, les addicts de la bronzette déboulant du Nord de l’Europe.

Aux Etats-Unis, l’histoire de la route 66, est comme toujours dans ce pays immense, un véritable mythe. Depuis le jour de sa construction elle est le symbole d’un pays en marche vers un autre monde. C’est une voie sacrée que John Steinbeck surnommera « la mère des routes ». Une grande diagonale qui part de Chicago pour venir s’échouer sur les rivages du Pacifique. Les fermiers de l’Oklahoma chassés de leur terre par la Grande Dépression l’emprunteront et, dans les Raisins de la Colère, en 1939, la route 66, fait son entrée dans la littérature avant d’être immortalisé sur la pellicule en 1940 par John Ford The Grapes of Wrath, avec Henry Fonda incarnant Tom Joad le chef de famille.


À l’origine, un homme d’affaire de l’Oklahoma, Syrus Avery qui, dans les années 20, est de ceux qui pensent, avec l’irruption de la voiture et du camion, qu’il faut doter le pays d’un réseau routier moderne. Le chemin fer est trop rigide. Il faut désenclaver les terres perdues au milieu du continent. Soutenu par des associations et des syndicats, Syrus Avery, fait adopter un tracé qui va à l’encontre des traditions car, depuis un siècle, la célèbre compagnie de chemin de fer la Santa Fe Trail ouvrait les portes de l’Ouest. Les nouveaux pionniers passeront par le sud : une route de géants qui passera par les mornes plaines du Middle West, traversera les vastes déserts du Sud-Ouest, longera le grandiose Grand Canyon et se terminera à Los Angeles sur les plages de Santa Monica. Elle traversera les États
de l’Illinois, du Missouri et du Kansas. En Oklahoma, elle tournera vers l’Ouest jusqu'au Nord du Texas, pour avaler le Nouveau Mexique et l’Arizona avant d’atteindre la Californie.

Cette route qui s’étale sur 2,400 miles (4,000 km) de long, reliant des villes assez importantes du Middle-Ouest et du Sud-Ouest telles que Springfield en Illinois, St. Louis au Missouri, Oklahoma City, Amarillo au Texas, Albuquerque au Nouveau Mexique et Flagstaff en Arizona, portée sur toutes les cartes à partir de 1926, reste pendant longtemps, sur de nombreuses portions, qu’un médiocre chemin de terre que le moindre orage transforme en bourbier. Le revêtement en dur sera terminé en 1936.

Outre les fermiers exilés de la Grande dépression, la route 66 sera mythifiée comme un vecteur de l’histoire lorsque, lors du 2d conflit mondial, elle drainera les ouvriers civils et militaires rejoignant en masse les usines d’armement installées pour des raisons de sécurité sur la côte Pacifique. La paix venue c’est la route des vacances, celle qui conduit aux plages de sable doré de Santa Monica, en passant par les réserves d’Indiens et les parcs nationaux. Les mobil-homes et les caravanes se bousculent aux portes des drive-in. Nationale 7 et route 66 même combat ! Même destin aussi puisque la « mère des routes » va petit à petit s’effacer derrière le monstre autoroutier : l’Interstate, 5 autoroutes qui se relaient pour parcourir la même distance. Que reste-t-il de la route 66 ? Pas grand-chose, des stigmates, car la mise à mort s’est faite sans regrets ni scrupules, on détruit tout avant de pleurer ses racines. Dans les années 95, Jean-Louis André, témoigne dans le Monde « Il faut aujourd‘hui beaucoup d’attention pour parvenir à quitter l’Interstate 40, au bord du Nouveau Mexique, afin de traverser Grants par ce qu’il reste de la 66. Comme frappée par une catastrophe brutale, toute une partie de la ville s’est figée en un musée grandeur nature des années 60. Une enfilade de motels en ruine, des vitres cassées, des garages, des épaves de Pontiac qui sont restées sur place, prises par la rouille. La poussière a terni les enseignes qui rivalisaient d’éclat pour arrêter l’automobiliste pressé. À la sortie de la ville, on n’a même pas pris le temps de démonter les pompes à essence, et le prix du dernier plein est resté affiché. »

La 66 est morte c’est un mythe réincarné dans le buiseness touristique : plaque émaillée frappé du chiffre magique, livres et produits dérivés pour boutiques souvenirs. La légende continue, dans nos têtes…

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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