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               Vin&Cie, l'espace de liberté

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La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

Dimanche 20 juillet 2008 7 20 /07 /Juil /2008 00:02

La réunion s’étirait, vide. Mes frelons ne bourdonnaient même pas ils se sodomisaient mutuellement à grands coups de langue de béton. Gustave, bercé par leur musique sérielle, s’était assoupi ses grosses pognes croisées sur son imposante bedaine. Bientôt, ses ronflements, bouche ouverte, tronçonnait le débat. Imperceptiblement, comme pour respecter le repos bien mérité du prolo, les intervenants baissaient le ton, chuchotaient presque, ce qui conférait à notre étrange assemblée un statut de matines monacales. À intervalles réguliers, la respiration de Gustave se bloquait. En apnée, son visage rougeaud se violaçait. Ses épaules s’affaissaient. Sa masse corporelle semblait se calcifier. Le silence se faisait. Les petits maos s’inquiétaient, et si leur pur spécimen de prolo virait de l’œil, que feraient-ils ? Ils paniqueraient comme lors de la première bataille de Flins : une volée d’étourneaux, le sauve qui peu désordonné, tout sauf un beau repli en bon ordre. Suspendus à l’insondable vision de cette bouche peuplée de chicots ébréchés et jaunis par la nicotine, je suis sûr que certains priaient. Et puis, tel un diesel poussif, secoué de spasmes violents, le Gustave réenclenchait sa pompe à air. Un zéphyr de plaisir léchait les tignasses ébouriffées de ces mômes que Marcellin appelaient des enragés. Imperturbablement ils reprenaient le fil. Je m’emmerdais ferme et, comme mon cher collègue, je me sentais guetté par une belle plongée dans le sommeil

 

Alors que je me laissais aller à faire quelques incursions dans ce plaisir ouaté un lourd fracas me faisait sursauter. Mes deux voisins, comme tout le reste de l’assemblée, se redressaient vivement. Pétrifiés. Moi je restais assis un peu abasourdi. La chaise de Gustave, sous le poids de la bête, s’était désintégrée. Surpris dans son sommeil l’enflure s’était affaissée comme un soufflé trop cuit. Protégé par son large cul  il rebondissait tel un culbuto, déployant ses bras pour ne pas verser sur le côté. Il se stabilisait. Aucune main secourable n’osait se tendre vers lui pour l’aider à se remettre sur son céans. Mes intellos, sans être particulièrement psychologues, se doutaient bien que leur « ancien mineur » chéri, leur chti  ne goûtait guère sa nouvelle position. Seule Chloé, la seule fille présente, se précipitait. S’accroupissait offrant ainsi au vieux salingue le panorama de ses belles cuisses. Gustave inspirait puis sa grosse pogne se tendait vers le petit espace libre entre les genoux de Chloé. Dans un même élan tous les faux-culs se rasseyaient, tournant le dos à ce spectacle vulgaire. Ils bavaient mais n’en laissaient rien paraître. À mon tour je me levais. Gustave en était à fourrager dans le slip de Chloé qui bien sûr, au nom du respect de la classe ouvrière, le laissait faire, lorsque je me portais à leur hauteur.

 

« Suis-moi ! » Chloé levait sur moi un regard décontenancé. L’enflure, tel une carpe hors de l’eau, ne trouvait pas les mots de merde dont il voulait me consteller. Pour Chloé le choix était cornélien : comme on m’avait présenté au début de la réunion comme un OS de chez Citroën, je me retrouvais sur un pied d’égalité avec l’autre représentant des larges masses. Je voyais dans les yeux de Chloé que son choix était fait. Pleine de commisération pour l’enflure elle hésitait encore sur la manière. Sans aucune pitié j’achevais l’infâme d’un méprisant : « On va aller prendre un verre sur le Boul Mich’ ça t’évitera le pelotage de ce vieux salingue… » et m’adressant aux défenseurs des opprimés je leur passais une avoinée : « chez moi on respecte les femmes. Vous n’êtes que des couilles molles, des mal-baisés, vous me donnez envie de gerber. Vous déshonorez votre cause en tolérant que cette outre pleine de bière se fasse tailler des pipes par vos sœurs. Je n’aime pas faire la morale mais vous feriez mieux d’aller aux putes vous soulager les gonades plutôt que de vous branler de mots ronflants… » Chloé debout tirait sur sa mini-jupe. Je lui prenais la main et nous sortions. Avant de passer la porte je lançais à Gustave : « rendez-vous au buffet de St Lazare, faut qu’on cause nous deux camarade… »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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