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               Vin&Cie, l'espace de liberté

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La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

Vendredi 18 juillet 2008 5 18 /07 /Juil /2008 00:04


J'aime bien Pascal Frissant c'est un vigneron poète. Lyrique, avec ce grain de folie qui donne à ses propos des couleurs et des saveurs que l'on ne rencontre plus dans les débats convenus, aseptisés. Même si je ne partage pas toutes ses craintes, et en dépit de l'étiquette de partisan des "vins industriels" destructeur de la viticulture paysanne que certains ayatollahs de la Confpé m'ont accolé à la suite de mon rapport de 2001, avec Pascal l'amitié et l'estime ont toujours fait fi des contingences du moment. Débattre avec Pascal était toujours un plaisir même s'il me fallait parfois revenir au raz des ceps et des rayons de ces foutus vendeurs de vin. Ces derniers temps, alors qu'il avait accepté de répondre à mes 3 questions, au téléphone je l'ai senti un peu las, ayant envie de prendre du champ, de se consacrer à ses vignes. Je viens de découvrir dans le "Paysan du Midi" sa lettre ouverte au président et au directeur de Viniflhor où il donne les raisons de sa démission du Conseil de Direction de Viniflhor. Je vous la livre sans commentaire. Bon vent Pascal et à un de ces quatre pour partager le pain et le sel un verre de vin bien en main. Pascal Frissant exploite le domaine de Coupe-roses à La Caunette sur les rudes terroirs du Minervois, dans la partie ouest du département de l’Hérault. Il vinifie toute sa production et beaucoup de ses vins sont vendus à l’exportation

http://www.coupe-roses.com/

Monsieur le Président, Monsieur le Directeur,

J'ai le regret de vous adresser ma démission aux sièges que j'occupe au titre de la Confédération Paysanne, à compter de ce jour.

J'ai eu de l'honneur et du plaisir à représenter une partie du monde vigneron "à Paris" suivant l'expression ancienne.

Je suis assez heureux du travail de rédaction et de publication de la brochure "les frontières du vin" pour laquelle votre aide fut essentielle. Nous avons amorcé un débat sur les limites de l'usage du mot vin, sur la dangerosité de la perspective de la commercialisation de fractions de vin, sur l'aspect non purement marchandise mais éminemment sémiotique * du vin. L'appel ultime contre les naufrageurs du vin donna une dimension particulière à ce débat.

Enfermés dans une vision du monde et de la consommation ne laissant pas de marge de manœuvre à ceux qui veulent se détacher des dogmes des grands marchands, mes collègues responsables professionnels n'ont pas pu rentrer dans la question : qu'est-ce que le vin ?

La question reste pour moi la même depuis longtemps : pourquoi boit-on encore du vin, pourquoi cette boisson archaïque gagne-t-elle en universalité ?
Le redéveloppement des exploitations viticoles, des installations et de l'emploi à la production dépend du statut du vin et de la régulation des marchés autour de cette définition. La fuite en avant dans la régulation et la fabrication du breuvage "vin" amorce une nouvelle vague de faillites paysannes, de situations de douleur et d'échecs, de destruction des tissus ruraux.

Nous ne parvenons pas à mesurer certains mécanismes lourds.
Il y a d'abord celui de la mort du producteur dans les vins de marque et de la mort du Vin par le développement des techniques correctives. La fraude précède généralement la légalisation comme le prouve le développement actuel de l'offre d'aromes exogènes et de la pratique du mouillage.

La déconstruction du substrat "mout" ou "vin" "st suivie d'une reconstruction matérielle qui pourrait bien aboutir à des vins prémix. Il y a également l'offensive permanente des moines-soldats de l'hygiénisme qui trouveront dans ce vin mort l'évidence de ses fonctions d'imprégnation alcoolique dépourvues de toute modération culturelle. La casse du vin va s'amplifier avec le productivisme. L'augmentation des rendements est présentée comme seul horizon possible pour le maintien d'une recette/ha. Nous connaissons le lot d'aberrations écologiques accrochées à cette orientation : la gaspille de l'eau, l'augmentation de la fragilité des plantes, l'usage accru de pesticides... On peut comprendre le raisonnement au niveau du guidon dans une entreprise ; je comprends moins l'absence de travail culturel sur le vin, l'absence de réflexion sur l'impact négatif des techniques mises en oeuvre à la production, sur le mécanisme de construction de la valeur symbolique du vin et des vignerons qui soutient pourtant l'ensemble de son économie actuellement.
L'absence s'un temple de la vigne et du vin à l'image du Futuroscope de Poitiers, la quasi-absence de chaire d'Histoire du vin, de géographie viticole ou de techniques d'investigations archéologiques et historiques permettant de travailler sur les dimensions quasi-universelles du vin sont autant d'éléments qui donnent la mesure de la pauvreté culturelle de la représentation professionnelle. C'est un tapis rouge pour le cynisme des marchands.

Après le règne de l'idéologie des marchands qui jettent des cailloux aux poètes, eux qui jadis en étaient les mécènes, viendra celui des citoyens du monde dotés d'un revenu. Ils chercheront la vérité agronomique des mets, des vins et de notre relation à la nature et aux autres.

Les difficultés sont grandes dans nos exploitations. Des pères de famille sont humiliés par leur impossibilité à résoudre leurs problèmes financiers. Un voisin vient de vendre à 42 euros l'hl un vin de pays à 13,4% vol. qui eut pu être Minervois. Notre village est à 56 hl/ha en moyenne !

Le temps passe. La nouvelle régulation semble être celle du prix comprimé même en période de déficit de production. Nous sommes passés d'une régulation qui protégeait les vignerons à une régulation qui garantit des bas prix au négoce.

Cette situation nous décime.

Je pense que l'obsession du contrôle politique de la filière et les restes de physiocrates** qui poussent à refuser de reconnaître une valeur à la demande sociale "de la ville" nous jettent dans des difficultés de fond et participent à cette nouvelle régulation. les analyses de résidus de pesticides publiées récemment sont un avant-goût des problèmes que la sporulation corporatiste veut nous faire ignorer depuis vingt ans.

Dans des conditions meilleures peut-être travaillerons-nous dans le futur.
Je continue à œuvrer pour la défense du vin et des paysans vignerons, pour la solidarité avec les paysans pauvres du monde et pour que mes enfants puissent s'installer.

Merci de bien accueillir mon successeur.

Salutations.

Pascal Frissant.

·        La sémiotique est la théorie des signes culturels.

·        la physiocratie (le pouvoir de la nature) est une doctrine économique qui considérait l'agriculture comme source essentielle de la richesse.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Commentaires

Je comprends Pascal dans tout ce qu'il met en avant. J'aime sa franchise, sa sincérité, son sens du devoir et sa volonté de trouver des solutions pour aider les autres. Je suis d'accord avec ce qu'il ressent quant à la disparition de l'élément culturel du vin. Je sens aussi notre belle et grande région toute entière menacée par le tout marketing. Cependant, je reste optimiste sur l'avenir du vin. Surtout depuis que je constate que plein de nouveaux venus, jeunes ou moins jeunes, étrangers ou pas au Languedoc, viennent chez nous, s'implantent, suent et peinent, s'enthousiasment pour ces terroirs et pour ces richesses qu'ils enferment. La flamme de la culture du vin est certes menacée, mais l'esprit est encore là, prêt à rejaillir à tout moment. Pascal, avec Françoise vous avez tout donné. Mais tu as encore quantité de choses à faire pour que ton cher Minervois ne parte pas à la dérive. Mets de côté quelques flacons de grenache pour tes enfants car ils renferment l'esprit du vin, l'âme du lieu et la foi invincible des Vignerons. À bientôt autour d'un verre.. ou deux, ou trois...
Commentaire n°1 posté par Michel Smith le 18/07/2008 à 08h15
Merci, Pascale, de ne pas avoir perdu ta véracité, ton engagement pour ce que tu m'a enseigné à l'école de viticulture en cours d'économie:-) et pendant les années de Béziers Oenopôle - révolues, mais glorieuse pour la viti-Culture Bitteroise! Je viens de relire les annales de ces journée autour du vin: L'histoire du vin, une histoire de rites et Le vin dans les textes sacrés et les cultures méditerranéennes, qui étaient publiés sous ton égide et qui, avec les rencontres,qu'avaient permis ces débats, nous ont aidé à trouver notre chemin vers le vin - celui de Lisson, que nous voulions toujours "grand" selon ta définition de l'époque, plein d'émotion et digne ambassadeur d son terroir, son cépage et ses géniteurs. Et merci à vous, Monsieur Berthomeau, de lui avoir laissé la place ici.
Commentaire n°2 posté par Iris le 18/07/2008 à 10h32
Vous auriez pu nous épargner la lecture de ce pathos philosofico-politique
Commentaire n°3 posté par bernard daure le 18/07/2008 à 10h57
Espace de liberté cher Bernard, je sais que je ne vous épargne rien : la biodynamie de Michel Chapoutier et aujourd'hui le lyrisme de Pascal Frissant... mais je suis ainsi fait et avec mon nouveau statut de senior qui me donne droit à des réductions partout : cinéma, SNCF... ça va empirer... mais rassurez-vous jamais je ne donnerai la parole à Dieudonné... Bonne journée sous le soleil catalan
Réponse de JACQUES BERTHOMEAU le 18/07/2008 à 11h04
Bernard Dauré, c'est peut être du pathos pour les fervents du marketing et de l'économie qui limitent leur réflexion aux rapports de force marchands et qui ouvrent indirectement la voie aux détraqués activistes ayant, par exemple, la nuit dernière, vidé 5000 hl de bon vin audois au ruisseau du Val d'Orbieu à Narbonne. Sans le contenu historique,culturel, convivial, relationel, et aussi de rapport au terroir, le vin n'est qu'une dilution alcoolique que les ayatollahs de l'hygiènisme auront peu de peine à détruire. Merci Pascal, Michel et Iris de vos propos encourageants, et à Jacques d'avoir permis leur expression. JC
Commentaire n°4 posté par clavel le 18/07/2008 à 11h22
sympa ce blogue:)
Commentaire n°5 posté par restaurant paris le 18/07/2008 à 20h37
un peu propagandiste !
Commentaire n°6 posté par lingerie le 16/02/2009 à 23h23
Aïe... Les bugs (ou bogs) coquins se glissent partout. Même dans une discussion entre amoureux du vin. Lingerie, tu devrais savoir que le vin est le plus efficace dans les préliminaires amoureux...
Commentaire n°7 posté par Michel Smith le 17/02/2009 à 07h36

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