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19 juillet 2008 6 19 /07 /juillet /2008 00:09

 

Chaque jour j'écris.Tout et rien, des petits riens de rien du tout jetés sur la Toile pour vous. La solitude de l'épistolier, celle de Gaston Chaissac, qui écrivait des lettres à tout le monde : au boulanger de Saligny comme au Pape, est aussi mon lot... Jean Paulhan, le "pape des lettres", qui allait gérer une partie des lettres de Chaissac - celles envoyées à des gens connus - "comme autant de bouteille à la mer" avait répondu à Chaissac, en 1954, "nous parlons souvent de vous avec Raymond Queneau, qui vous admire..." Baume au coeur car, entre la non réponse et la poste à jamais restante, Chaissac sait bien que pour qu'il y ait échange, il faut trouver quelqu'un sur son terrain, et dans des dispositions voisines des siennes. Sa femme, Camille Chaissac, confie " pourquoi écrivait-il ? L'oeuvre d'art objet (tableau, sculpture) est encore un obstacle entre soi et autrui. Alors il écrit des lettres, par dizaines, par centaines... A n'importe qui. Les gens dont il trouve l'adresse dans le journal. ? Je le vois qui écrit : "Cher ami..." Je lui demande qui est la victime, cette fois ! Et il me répond : " Ah, je ne sais pas..." Selon la tournure de la missive, il l'envoyait à celui-ci, ou à cet autre. Et il allait à la boîte aussitôt."
Gaston Chaissac portraituré par Jean Dubuffet (juillet ou août 1947) ce dessin fait partie de la fameuse série : "Plus beaux qu'ils croient" comprenant, entre autres, les portraits de Jean Paulhan et d'Henri Michaux.

Rassurez-vous, je ne me prends pas pour Gaston Chaissac, qui n'a jamais pu trouver sa place dans les petits villages vendéens où il vivait, comme à Ste Florence de l'Oie, artiste au milieu de paysans durs, étranger transplanté, d'abord dans le bocage puis dans le Marais poitevin au gré des affectations de son institutrice laïque de femme - la vie sera plus simple dans le Sud moins confit de religion - souffreteux parmi les bien-portants, "cordonnier in partibus" (il n'a jamais exercé son métier) dans un monde où seule la valeur travail est reconnue et ne voyez-pas dans cette référence une forme de spleen, de vague à l'âme. Mon propos pointe seulement le doigt sur un des maux de nos sociétés : la solitude et l'incommunicabilité entre les hommes. A ma petite échelle, je tente, avec vous, de créer des liens, de redonner de la fluidité, de la chaleur, de la convivialité, en réhabilitant une nouvelle forme de correspondance. Donc chaque matin je poste une lettre qui, sans vanité aucune, pourra être lue par le monde entier ou par personne. Qu’importe ! Ceux d’entre vous qui ont répondu à mes questions, longuement d’ailleurs, me confortent dans ce goût que j’ai pris au jour le jour, en écrivant, de vous sentir si proche et si lointain.

Le titre de ma chronique de ce matin est le copié-collé de celui d’un texte de Chaissac. C’est un clin d’œil à l’un de mes fidèles lecteurs, l’ami Jean-Paul, qui à la Fête de la Fleur à Bordeaux confiait, au petit groupe qui l’entourait, qu’il ferait un jour éditer « mes écrits ». Je n’ai jamais envoyé un quelconque manuscrit – sauf des contes pour enfants – à un éditeur et aucun d’entre eux n’a jamais sollicité ma plume pour écrire un beau livre sur le vin. Sans doute estiment-ils, à juste raison, que mes écrits ne sont pas très vendeurs. Mon incommensurable orgueil, ma vanité de bipède pensant, vous en doutez sûrement, en sont froissées. Mes nuits en sont-elles pour autant peuplées de manuscrits transmutés en collection blanche ? Non, et ce pour une simple raison : je lis beaucoup, de grands et de petits auteurs, et je ne me sens guère à leur hauteur. Alors je ne cherche pas d’éditeur…

«  Je suis à la recherche d’un éditeur. Un ami quoi est fabricant d’épouvantail à moineaux m’en a indiqué un, et où il fallait passer pour aller le trouver ; sur ses indications, j’ai suivi le sentier jusqu’au bord de l’eau, j’ai grimpé l’échelle scellée dans le grand rocher et en haut j’ai vu l’éditeur qui roupillait devant sa hutte de roseaux, au sommet de laquelle flottait un tout petit drapeau que les pluies avaient délavé et le soleil pâli. J’ai fait timidement du bruit, et quand il a ouvert un œil, je lui ai dit que j’avais un manuscrit, et de mon bonnet où je l’avais mis, je l’ai sorti pour qu’il le voie. Mais l’éditeur m’a dit qu’il était en vacances et qu’il fallait que je lui foute la paix, que ce n’étaient pas des façons de venir jusqu’ici le déranger. Alors j’ai bien vite détalé, en moins de deux j’étais en bas de l’échelle et je me suis retrouvé dans le sentier avec une épine dans le pied ; ça m’a fait bien mal.

Un autre éditeur que je suis allé trouver avait une crise de goutte et n’était pas à prendre avec des pincettes. Un autre encore partait marier sa fille quand je suis arrivé chez lui, aussi je n’ai pas insisté – d’autant plus qu’elle se mariait avec un garçon qui lui déplaisait ça se voyait à la tête qu’il faisait.

Dix autres m’ont envoyé promener.

Et un marchand de cannes et parapluies m’a dit :

-         Ton éditeur, mon petit, il n’est pas encore né, c’est moi qui te le dis !

-         Il n’est pas encore né, ai-je répété après lui, ah ! malheur de malheur, si seulement il avait déjà ses dents de lait ça me ferait patienter. »

Gaston – Georges – François CHAISSAC

Si au cours de vos vacances vous passez par la Haute-Marne, du côté d'Auberive, arrêtez-vous à l'abbaye d'Auberive qui accueille du 1er Juin au 5 Octobre 2008  : Les passeurs de frontière " Gaston Chaissac, Pierre Bettencourt, Louis Pons" http://www.abbaye-auberive.com/crbst_2.html . Avec Vin&Cie bronzez intelligent car le vin est aussi un passeur de frontière...

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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