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1 juillet 2008 2 01 /07 /juillet /2008 15:48

Je suis un stipendié du vin industriel,

 

Prêt à vendre son âme pour un plat de lentilles arrosé d’un JP Chenet – un pays d’Oc bien sûr – corrompu jusqu’au fond de mon cœur, couvert de cadeaux – montre à 4000 euros, une broutille pour moi – de dessous de table, de pots de vin, d’argent sale, je me vautre dans la débauche, le stupre et la fornication, fréquentant les palaces, n’empruntant que des jets privés ou la buiseness class, faisant table ouverte matin, midi et soir aux tables étoilées, ne buvant que des grands crus classés, ou à l’occasion pour la gloire du terroir je me tape des vins à 80 patates, des cousus mains, comme y disent des vins de propriétaires, fumant des barreaux de chaise, m’empiffrant de caviar et de canapés truffés, j’ai, en bon soixante-huitard félon, piétiné avec frénésie les pétales fanés de la rose socialiste, abjuré avant que le coq ne chanta trois fois mes convictions de jeunesse pour revêtir la pelisse douillette des chiens de garde du grand capital. Á la soupe disait Poujade ! Se goinfrer ! Je suis le fils naturel de Cohn-Bendit et de Laurence Parisot. Comme je ne suis pas très éveillé j’ai mais 60 ans pour en arriver là.

 

Bref me voilà habillé pour l’hiver un jour de canicule. Insensible, hautain, méprisant, je forme chaque matin des vœux pour transformer notre beau Languedoc en usine à vin avec des vignerons payés à coups de pieds au cul comme de vulgaires chinois de Chine ou du 13ième arrondissement, sous smicards, entassés dans des masures pourries, exploités, tiersmondisés, réduits à chasser le sanglier et à faire leurs courses au hard-discount. Bien entendu, dans un même mouvement d’indifférence, à midi à l’Archestrate d'Alain Passard, ma cantine, tel un dégraisseur en costard d’une multinationale anonyme, je me tamponne la coquillette des dégâts causés à l’environnement, aux paysages, aux villages et aux hameaux. Faut que ça pisse mes cocos car le fonds de pension qui m’engraisse veut des retours sur investissement aussi épais que le salaire des joueurs de foot. Enfin le soir, avant d’aller me goberger dans les lieux branchés avec Beigbeder et ses frères, je m’envoie derrière la cravate du Dom Pérignon que les gars d’Atlanta, les gnomes de Coca Cola, me font livrer par palettes entières pour rémunérer mes bons et loyaux services. Comprenez-les ces gars, eux ça les arrange que des plumitifs se gargarisent avec la piquette industrielle des vignes, car ça fait vendre la leur.

 

Comme vous le savez peut-être le Kiravi, le Geveor, le Primior, le Préfontaines, le Vin des Rochers et autres litres étoilés occupaient en des temps reculés le haut du pavé puis siphonnés, oubliés, adieux les VCC, les expéditeurs, les embouteilleurs et consommateurs. Et puis, alors qu’il ne vendait pas une bouteille de vin, vint des frimas de l’Est un clampin, inconnu de chez inconnu, avec une bouteille au cou tordu, qui tel la tortue de la fable, avec son air balourd, fit son chemin pour un beau matin le retrouver premier sur la ligne d’arrivée. Sur le podium, number one à l’export la maison de Petersbach. Ça a foutu beaucoup de monde en pétard. Pourtant, je puis vous assurer que moi, qui est le bras long, je n’y suis pour rien. Ben oui, y vendent beaucoup de vin ces gars-là, du vin du Languedoc surtout, ce sont des commerçants, y z’achètent pour revendre, y sont gros, y sont puissants, faut-il pour autant les clouer au pilori ? Que BK et ses frères ne soient pas des enfants de chœur, je suis le premier à la reconnaître mais que mes détracteurs m’indiquent le modus operendi pour vendre des millions de bouteilles. N’en déplaise à HB – pas human bomb bien sûr – ce n’est ni au bout de la route, ni dans les salons, ni même chez Auchan à Perpignan. Alors, que faire mes biens chers frères ?

 

Moi le stipendié – j’adore cette appellation très Troisième Répulique radicale et cassoulet – je ne fais que proposer à certains vignerons, ceux des grands volumes, de s’intéresser à leurs raisins, de s’organiser pour produire, transformer, vinifier et vendre dans les meilleures conditions économiques à ceux qui détiennent les marchés ou sont en capacité de les conquérir. Je ne les livre pas pieds et poings liés aux affreux acheteurs, ils le sont déjà. Bien au contraire, depuis toujours, je l’ai écrit, les producteurs de vins de grands volumes doivent, s’ils veulent négocier, mieux défendre leurs intérêts, se concentrer sur leur métier de base : transformer leurs raisins, être en capacité de mettre sur le marché des lots de vin dont les metteurs en marché ont besoin pour alimenter leur développement. Je n’ai jamais écrit que ce chemin serait parsemé de pétales de roses – ceux bien sûr de la rose socialiste – mais, à ma connaissance, personne n’est en capacité d’en proposer un autre. On peut toujours rêver d’un monde idéal mais se colleter à la réalité, influer sur le rapport de forces, s’organiser, c’est difficile mais c’est ce qui fait avancer le monde. Pour le reste s’adresser au facteur de Neuilly.

 

Comme à l’accoutumé je me laisse emporter par ma plume et je vous ressers une nouvelle fois mes plats. Pardonnez-moi, à mon âge on ne change pas. Comme j’ai la pépie je vais aller me concocter un blanc limé bien frais. Un vin de soif à deux balles c'est le paradis même pour un stipendié. Je vous souhaite une bonne journée à tous.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Herve Bizeul 01/07/2008 18:34

Jacques, tu es franchement dur à aimer avec ce coté "soupe au lait" qu n'apporte rien au débat ;-)On te chambre un peu et te voilà en train de forger les clous, scier le bois de la croix et mettre en scène une cruxifixion que personne ne t'impose ni te souhaite. Personne non plus et surtout ne met en doute ton honnêteté et ta passion.Tout ce que je dit, c'est oui au vin industriel, mais pas n'importe comment, n'importe où, sans tenter un tant soit peu de réfléchir aux conséquences. Et non au vin industriel vendu sous le nom d'une AOC, ce qui est en train de se mettre en place sans que personne ne bouge : on a une IGP, mais où on est libre de tout et surtout de n'importe quoi... A ce que je sache, Jean-Pierre Chenet ne manque pas de sources d'approvisionnement. Ce qui nous manque, c'est plus de Chenet, pas du vin avec une indication géographique et des règles de production, mais à 50 euros l'hectolitre ! Tu crois qu'en influant sur la production, l'Europe va faire naitre spontanément des cadors du marketing et des passionnés de la vente, multilingues et adorant voyager ? Moi, ca m'étonnerait...De toute façon, les lycées agricoles sont vides, les enfants de coopérateurs ne reprennent plus les vignes, les coop fusionnent à tout va, les vignes sont abandonnées et ne seront jamais replantées.

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