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29 juin 2008 7 29 /06 /juin /2008 00:08

 

Pour m’imprégner de la ferveur guerrière de la bande de fêlés de GP, bien me pourrir la tête, penser comme eux, réagir dans la ligne, ne laisser aucune place au doute et à la suspicion, j’avais dépiauté, heure par heure, le déroulé de la bataille de Flins, commencée le 6 juin 1968 lorsqu’en rase campagne, à trois heures du matin, un millier de CRS et de gendarmes mobiles, encerclèrent l’usine Renault. Le pouvoir trépignait, l’encre des « accords de Grenelle » était sèche depuis une semaine et demie, le boulot reprenait dans les PME, même les postiers redistribuaient le courrier, les trains roulaient à nouveau, mais à Flins, comme chez Citroën, Michelin, les métallos ne s’en laissaient pas compter. Les urnes brulaient. Pour les 10 000 « betteraviers » de Flins, pas de quartier : un half-track défonçait les grilles de l’usine, écrabouillait les braséros du piquet de grève pendant que le commandant de la compagnie, à l’aide d’un porte-voix, sommait les 200 hommes de veille de « se tirer, car ça va barder ! ». Ce qu’ils firent face au nombre. La guérilla ne faisait que commencer et l’état-major des insurgés : un front du refus multiforme : les durs des comités d’action, les basistes du 22 mars, même les ML d’Ulm s’y retrouvent, seule la JCR se tient à l’écart, entendait bien s’appuyer sur cet embryon insurrectionnel pour enclencher la bataille décisive.

Flins symbole de la modernité, l’usine aux champs, loin du bastion de l’Ile Seguin, cette drôle d’usine, mal foutue, construite sur cinq niveaux ; les tôles embouties au rez-de-chaussée grimpaient par ascenseur jusqu’au 3ième étage pour assembler les carrosseries qui ensuite montaient au 4ième pour la peinture puis redescendaient au second pour la sellerie où l’on fixait les sièges… Pas rationnel tout ça. Et, en plus, une CGT omniprésente qui tenait Dreyfus, homme de gauche, par la barbichette. À Flins, les ingénieurs s’en sont donnés à cœur joie, un seul niveau, des champs de betteraves à perte de vue – d’où le surnom de ces néo-ouvriers tirés des grandes exploitations voisines qui, elles aussi rationnalisent, mécanisent, et qui se trouvent projetés au milieu d’une population d’immigrés : Espagnols, Portugais, Africains, Yougoslaves Les ateliers s’agrandissent, se modernisent. Les cadences augmentent. Le succès commercial de la Dauphine donne des ailes et le bureau d’embauche ne désemplit pas. L’usine fait aussi pousser des barres d’immeubles pour loger les ouvriers ont aux Mureaux, Bougimont, la Vigne Blanche, Elisabethville. Dans cette dernière bourgade, au nom fleurant bon la colonisation africaine, va se retrouver à l’épicentre de la bataille de Flins. La direction de la Régie, depuis la fin des années 60, veut donc saigner à blanc Billancourt, alors les m2 se multiplient à Cléon, au Mans et à Flins pour passer la surmultipliée : pour la Dauphine l’objectif est de 2000 véhicules/jour.

L’héritière de la 4Cv des congepés, la Dauphine, va se révéler une petite nerveuse, sportive, en 1957, elle remporte le tour de Corse et en 1958, c’est la victoire dans le Monte Carlo. À Flins, l’effectif dépasse 8 000 personnes et 250 000 Dauphine sortent des chaînes. Pierre Dreyfus l’ami de Lefaucheux, PDG et père de la Dauphine, décédé accidentellement au volant de sa Frégate, vice-président du conseil d’administration de la Régie Renault depuis sept ans, accepte finalement de prendre la direction de la Régie Renault. Flins qui connaissait la réputation plutôt timide et réservé de l’homme découvre un capitaine décidé et volontaire. Ici la syndicalisation est faible, la CFDT chahute la CGT qui ne tient pas l’usine. D’ailleurs, l’usine de Flins s’est mise en grève seulement le 16 mai alors que les lycées, les universités et beaucoup d’entreprises avaient déjà cessé le travail et que la grève générale avait été votée le 13 mai. Le rapport des RG notait : «  Le lundi 13, on a senti un frémissement dans l’usine. Les débrayages ont été  importants le matin, et l’après-midi beaucoup d’ouvriers sont allés à la manif à Paris. Cependant l’encadrement ne s’imaginait pas que quatre jours plus tard, l’usine serait en grève générale. L’occupation a été immédiate. La CGT se situe plutôt sur la base de revendications salariales, tandis la CFDT met en avant le problème du droit syndical et les conditions de travail (la semaine est de 47 h 10 avec des journées de 9 h 40. De nombreux postes sont très pénibles. Tous les éléments d’une grève dure et incontrôlable par les appareils syndicaux se sont mis en place spontanément. »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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sarah 11/07/2008 19:59

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