Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 00:00

Comme vous le savez peut-être, j’ai un faible pour les journalistes du Figaro (cf François Simon http://www.berthomeau.com/article-20041799.html), et plus encore pour ceux qui sont critiques au Figaro-littéraire (ah ! le bloc-notes de Mauriac)  surtout lorsqu’ils sont, comme Sébastien Lapaque, des rebelles. Je n’ironiserai pas sur le rejeton du père Marcel, l’inénarrable maire de Corbeil-Essonnes, chasseur en 4x4 tourelle incorporée, ci-devant proprio du dit Figaro. Notre homme, Lapaque bien sûr, pas Dassault, vient de commettre une charge contre notre Président : « Il faut qu’il parte » Je cite les deux derniers paragraphes de l’opus :

 

«Aujourd’hui, la France est allée trop loin dans le reniement de ce qu’elle est pour que les choses ne reviennent pas tranquillement dans l’autre sens. Nous avions envie d’autre chose, mais nous ne savions pas quoi. C’était un désir un peu obscur et un peu sourd, c’était un pari idiot que nous avions fait de tourner la page. La provocation au futur est l’hameçon auquel nous avons mordu. Tout ce qui était ancien a paru diminué. Nous avons cru que l’instant, la vitesse, la fête, la transparence allaient nous rendre heureux.

Le cœur lourd, nous nous demandons comment nous avons pu laisser arracher tant d’années du milieu de notre vie, comment nous avons pu oublier ce que nous étions, comment nous avons pu laisser salir ce que nous aimions, pour un homme qui ne nous plaisait pas. »

 

Pire que des missiles de Rafale les écrits de notre Lapaque qu’est érudit en diable : y cause par rafales de citations ou de « comme l’écrivaient Bossuet, Aristote ou Montesquieu, très « France de  la pierre et du seigle, de l’apéro et de l’instit, du oui-papa, oui-patron, oui-chéri », grand-prêtre du tout fout le camp ma bonne dame : le bon pain, le bon vin et le black béret, éploré, transpercé de flèches notre Sébastien, on le sent prêt à prendre le maquis tout ça en cassant une petite graine sur le trottoir chez son pote Camdeborde, petit gargotier sis au Relais St Germain à côté de gars en Rolex et Ray Ban qui ne boivent pas que des vins d’irréductibles mais plutôt le 3ième vin de Latour, le château bien sûr, y z’ont laissé le Cayenne sur le trottoir et y pianotent sur leur Black Berry pour ne pas perdre une miette du CAC 40. Faut ce qui faut mon coco : plutôt une Gold Card que des Tickets Restaurant pour essorer la douloureuse. Bon je ne suis pas là pour critiquer ce pourfendeur intègre, j’ai acheté son livre, je l’ai lu et ça devrait suffire à son bonheur. Ce qui m’amène à chroniquer sur lui c’est que non content d’être un romancier, essayiste, critique littéraire notre plumitif cumulard est un « écrivin » reconnu, adulé, encensé par les Bobos et la fine fleur des amateurs, qui peut se permettre de commettre « Le petit Lapaque des vins de Copains » et nous offrir une virée « Chez Marcel Lapierre ».

Lapaque c’est le versant small in beautiful de la doulce France des vignes, bottes dans le terroir, nez dans les étoiles, faut pas gagner des sous ce n’est pas beau du tout, le bistrot ne ment pas, c’est l’anti-croskill par excellence http://www.berthomeau.com/article-20287518.html et http://www.berthomeau.com/article-20320269.html J’adore ! Perfusé aux vins des refusés il nous gratifie d’une de ces envolées qui ravira le dernier carré des résistants. Moi qui me contente de boire et d’apprécier Marcel Lapierre et ses frères, mais qui sait lire en creux les procès à charge, sans grandes nuances, où l’emphase à le petit côté bodybuildé des vins dénoncés, je trouve la part de mépris, de ce type de réquisitoire facile pour les vignerons des 99% restant, un peu lourde, indigeste et totalement contre-productive. Sébastien Lapaque se fait plaisir, grand bien lui fasse mais, en dépit de son ripolinage du passé, il devrait savoir et comprendre que, depuis le haut de sa chaire, tel un prêcheur stigmatisant les pécheurs, ses mots ne tombent que dans les oreilles ravies des convaincus, les mécréants eux, ils s’en tamponnent la coquillette. Mais après tout c’est sans doute ainsi qu’on recueille les honneurs du Goncourt et qu’on n’a pas besoin, comme l’écrivait ce pauvre Gaston Chaissac mort dans l’indigence, de chercher un éditeur pour délivrer ses impérissables messages…

 

Je vous propose donc l’ouverture du « Petit Lapaque… » avec 2 coupures : celles sur les copains du Sébastien et celle, très comique, sur le vocabulaire de la dégustation. Je dois prévenir les âmes sensibles : la vision « lapaquienne » du monde du vin c’est l’abomination de la désolation, la déferlante des barbares, la grande trouille des « homoncules » qui adorent jouer à se faire peur. Attachez vos ceintures ! Moi je vais me faire une petite embeurrée de beurre salé avec 2 carreaux de chocolat bien noir (faut que je fasse vite avant que les bonnes choses ne soient rayées de la surface du globe…)

 

« Une étrange rumeur court de chai en chai, de cave en cave, de vignoble en vignoble. Faite d’approximations et de considérations commerciales hasardeuses, gonflée par des chiffres farfelus, elle est en passe de devenir un nouveau lieu commun. Une idée reçue qu’on entend entre la poire et le fromage dans la France d’en haut, au comptoir du café du Commerce dans celle d’en bas. Gustave Flaubert se serait fait un plaisir d’en ciseler l’énoncé avant de l’intégrer à son dictionnaire. »Vin : pâtit en France de classifications trop compliquées. » Il suffit de tendre l’oreille. »On n’y comprend rien ! » radotent les Bouvard et Pécuchet du drinkement correct. À défaut de savoir choisir du vin, ces naïfs se raccrochent à l’appellation bordeaux comme à une bouée de sauvetage. Car, celle-ci, ils refusent qu’on la leur enlève, et tant pis si elle est trouée. Pour le reste, ils sont prêts à faire table rase du passé.  « Trop d’appellations, trop de cépages, trop de climats, trop de millésimes, trop de terroirs… » Leur tête en bourdonne, comme lorsqu’ils se réveillent après avoir abusé de vin chargé en souffre, en sucre ajouté, en acide tartrique, en saletés et en chimie.  « Simplifiez-nous tout ça ! » supplient-ils… « Trop de bouteilles, trop de vignerons, trop d’étiquettes nouvelles, trop d’insectes dans les vignes, trop d’étoiles dans le ciel…» On attend le jour où ils exigeront un vin mondialement uniforme conditionné en canettes aluminium (...)

Nous en seront là lorsque nous serons résignés à boire des néovins de cépage, technologiquement parfaits, simples euphorisants destinés à embrumer nos cerveaux pour nous aider à supporter l’impitoyable monde moderne. Pourquoi d’ailleurs ces breuvages seraient-ils encore fruits de la vigne, soumis aux intermittences du ciel, aux caprices du végétal et aux humeurs des hommes ? La viticulture industrielle pourra demain produire des vins hors-sol, avec trois récoltes par an sous serre en Chine ou en Australie. Après-demain, des arômes de synthèse, des levures sèches et un peu d’alcool blanc suffiront à transformer un jus de raisin pasteurisé en grand cru classé. Vous souriez ? Nous y sommes presque.

Qu’on se rassure. Ce presque est tout. Il est le gage de la liberté de vignerons décidés à retrouver ce qui était perdu. Ou à s’obstiner dans leur façon exceptionnelle de travailler. À la fois une avant-garde, un dernier carré, une réserve d’élite. Et surtout la promesse de toutes les prochaines fois (...)

Comparé aux volumes énormes produits par les zélateurs de la religion de l’abondance industrielle, la production annuelle de ces viticulteurs paraîtra chiche. Admettons qu’ils soient 500 en France. Ils exploitent tous des domaines à taille humaine, sans avoir la prétention de concurrencer les wineries californiennes. L’ensemble de leurs parcelles représente peut-être 1% du vignoble français. Le paradoxe est que c’est dans ce « pour cent » que s’est réfugiée la variété des vins français, leur infinie complexité. Les cépages, les terroirs, les cultures, les noms de villages que l’on a envie de réciter comme un poème… Au moment où certains vignerons, appliquant à la lettre les leçons de leurs professeurs, se sont mis à produire des vins uniformes, concentrés et standardisés par des levures chimiques qui tuent leur potentiel aromatique, une volée d’irréductibles ont eu l’audace de faire la pari de la variété.

Oui, le vin c’est compliqué. Oui, c’est difficile de s’y retrouver. Oui, il faut apprendre à le connaître. Qu’on songe au vocabulaire de la dégustation (…)

Je n’ose pas le croire. Je ne peux pas me résoudre à voir disparaître cet émouvant lieu de mémoire qu’est le vin en France, avec ses histoires, ses légendes, ses usages. D’où cette théorie du 1%. Dans la grande bourrasque qui secoue aujourd’hui le monde du vin, une poignée de vignerons ont ouvert la voie. Tournant le dos à ceux qui produisent des vins gonflés, boisés, bodybuildés en espérant décrocher une note supérieure à 90/100 dans le Guide Parker, ils ont redécouvert l’antique description d’Olivier de Serres, qui recommandait, dans son Théâtre d’agriculture et ménage des champs (1600), d’employer et de cultiver les terroirs selon leurs diverses qualités, situations et climats ». Comment n’y avoir pas songé plus tôt ? C’est chez ce gentilhomme campagnard, agronome, huguenot amoureux su Vivarais, que résidait la sagesse. Non pas chez les winemakers qui rêvent d’une viticulture radicale capable de transformer l’arome des vins fins en cavalerie industrielle, avec poivre et cassis, chocolat et vanille à tous les services… Et plus si affinités !... Ceux qui parcourent le Guide Parker comme on lit l’Almanach Vermot – pour s’amuser à peu de frais – se souviennent des notes de dégustation où il est question de « monstres », d’arômes de « boîtes à épices » et même de « ketchup »… Certes, monsieur Parker, mais de quelle marque de ketchup ? N’en jetons plus. »


Tout à fait d'accord : n'en jetez plus Sébastien Lapaque je vais mal digérer mon embeurrée... 

 

 

 

Partager cet article

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article

commentaires

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents