Mardi 24 juin 2008
2
24
/06
/2008
00:02
Ce matin, même si mon titre est un chouia racoleur, pour une fois, je fais dans le sérieux. Dans un contexte économique morose et une
conjoncture mondiale incertaine où les ménages ont le moral dans les chaussettes, les chefs d’entreprise sont attentistes, l’embellie liée à la petite récolte 2007 semble déjà, pour une part de
notre production, un souvenir. Cependant, comme souvent, la situation est plus contrastée selon les vins et les régions. De nouveau, un vent de pessimisme s’abat sur la part fragilisée du
secteur, notre vignoble généraliste : arrachage, repli sur les niches, délocalisation, les docteurs « c’est le début de la fin » font un retour en force sur le devant de la scène.
Posture commode pour se dédouaner d’attitudes immobilistes : si nous allons mal c’est, bien sûr, la faute des autres. Je ne vais pas revenir sur notre incapacité à générer, pour cette part
de notre vignoble, un nouveau modèle économique tenant compte de l’évolution de la demande où la ressource maîtrisée et pilotée par l’aval (le kg de raisin) est le vecteur premier da la
constitution du revenu des viticulteurs, mais m’attarder sur un élément peu souvent mis en avant : le prix des terres à vignes.
Comme l’indice des mises en construction de logements, l’observation de l’évolution du prix de
l’hectare de vigne est un excellent indicateur de l’état d’esprit du secteur, de sa confiance en l’avenir. La lecture du n° de mai 2008 de la revue Espace Rural sur le prix des terres en 2007 est
donc du plus haut intérêt. Ma chronique va reprendre des extraits des éléments généraux sur les tendances nationales du prix de l’ha de vigne si vous souhaitez aller au-delà cliquez sur le
site http://www.safer.fr/espace-rural-prix-terres-2007.asp ou procurez-vous la revue papier très complète pour 24 euros. De mon point de vue, 2007, pour
la vitiviniculture française, est une année charnière car elle marque un point de basculement entre une longue période d’incertitude et de
piétinement et un temps où les adaptations structurelles ne pourront plus être différées. Détruire des ha à vignes dans des zones clés où les coûts de production nous permettraient de relever les
défis du Nouveau Monde, c’est priver la France de ses fantassins défricheurs de marché. Humer et interpréter des tendances du marché foncier, un exercice difficile, mais nécessaire.
VIGNES AOC : LA REPRISE DU MARCHÉ SE
CONFIRME
La remontée du prix des vignes AOC, initiée en 2006, se confirme en 2007 : le
prix moyen à l’hectare augmente de plus de 11% pour atteindre 95 300 euros/ha contre 85 600 euros/ha en 2006. Le niveau record de 2003 est largement dépassé.
Cette hausse spectaculaire est, une fois encore, le fait du vignoble champenois,
où le prix moyen de la vigne atteint cette année 734 000 euros/ha (+ 17% par rapport à 2006). Cependant, contrairement à 2006, la tendance nationale hors Champagne, est également à la hausse
en 2007. Cette remontée du prix moyen national, hors Champagne, de 4,3%, est principalement du à la reprise du vignoble bordelais où le prix à l’hectare gagne 13% et rattrape son niveau de
2003.
Sur les 15 dernières années, l’évolution générale du prix des vignes AOC
s’explique principalement par l’évolution des résultats viticoles à l’ha et par l’évolution des taux d’intérêt. La hausse des revenus viticoles jusqu’en 1999 avait engendré une hausse du prix des
vignes entretenue jusqu’en 2003 par la baisse des taux d’intérêts réels. Depuis 2003, la relative stabilisation des revenus et des taux d’intérêt se traduit par un quasi-maintien à un haut niveau
du prix des vignes. Toutefois, la baisse des revenus de 2003 a infléchi le prix de la vigne en 2004. La hausse des prix de 2007 traduit une confiance retrouvée dans les perspectives d’exportation
de certains vignobles liées à la croissance économique mondiale. Cette situation n’est pas généralisée. Les vignobles qui ont un réseau de commercialisation plus local rencontrent davantage de
difficultés. Des vignobles de niche, profitant d’un marché de proximité notamment lié au tourisme, peuvent tirer leur épingle du jeu.
Prix des vignes/Revenu Brut Agricole (traduit le nombre
d’années nécessaire pour acheter 1 ha en cas d’agrandissement marginal de la superficie de vigne exploitée, ne nécessitant ni accroissement de MO, ni nouvel Investissement) : en
2007
- il faut 15 années pour payer 1 ha supplémentaire ;
- il faut 2 fois plus de temps pour payer cette acquisition qu’en 1998 : 7,5 années en 98 et plus de 15 ans en 2007 ;
- compte-tenu des charges de personnel il faut 20 années d’Excédent Brut d’Exploitation pour payer 1 ha de vigne, soit 33% de plus que pour un
agrandissement marginal ;
- si l’achat foncier est payé par l’Excédent Net d’Exploitation (EBE – Amortissements) ce qui pourrait être le cas de l’installation, il faut 26 années de
résultat contre 11 en 1998, soit 2,5 fois plus.
Il s’avère donc de plus en plus coûteux
de s’installer en viticulture.
AUTRES VIGNES : STABILISATION DES
PRIX
2007 voit une sensible amélioration dans la tendance baissière observée depuis
2003 : les prix globaux se maintiennent au niveau de 2006 (+0,9%). Le prix des vignes hors AOC et hors Eaux-de-vie atteint 11 300 euros/ha. Ce raffermissement est le fait des VDQS dont
le prix moyen à l’ha continue d’augmenter + 2,4%, et d’une reprise des vins de pays + 1 ,5%. Le prix des vignes de vin de table continue quant à lui de diminuer – 3,2% pour atteindre 9050
euros/ha en 2007
Ces diverses évolutions de prix traduisent :
- la baisse du prix de certaines vignes vers le niveau de la prime d’arrachage ;
- des hausses très modérées dans des secteurs porteurs où le négoce se risque parfois
Prix des Vignes/RBA : les viticulteurs non AOC ne sont
prêts à investir pour un agrandissement marginal que moins de 4 années ce qui est un taux extrêmement bas traduisant le scepticisme ;
Prix des vignes/ENE : en 98-99 l’achat d’un ha de vigne
pour l’installation représentait le même effort en AOC qu’hors AOC. Depuis 2000, les 2 séries divergentes : les perspectives économiques résultant de la crise viticole accentuent les
différences. En 2007, un viticulteur qui achète pour s’installer en AOC devrait accepter de prendre un risque à plus long terme (26 ans pour payer 1 ha) qu’un viticulteur hors AOC qui
pourrait limiter le risque à 6ans.
On fait confiance à l’avenir en zone AOC, ce n’est pas le cas hors zone AOC.
Dans la zone Cognac nouvelle flambée en 2007 : + 19%, le prix à l’ha atteint 23 700 euros/ha, soit un niveau équivalent à celui des années
1993-94.
A lire aussi en cliquant dans la colonne de gauche du blog sous la rubrique PAGES
quatre Wines News de la Toile très intéressantes :
- N° 18 : le sac à main de Gallo
http://www.berthomeau.com/pages/N18__Le_sac_a_main_Gallo-567689.html
- N° 19 : " Les gouttes de Dieu " un wine Manga
http://www.berthomeau.com/pages/N19___Les_gouttes_de_Dieu__un_wine_manga_a_consommer_sans_moderation-569756.html
- N°
20 : " On n'a plus d'Armagnac "
http://www.berthomeau.com/pages/N_20___On_na_plus_dArmagnac_-569816.html
- N° 21 : Le chaperon rouge hard de South of France
http://www.berthomeau.com/pages/N21__Le_chaperon_rouge_hard_de_Sud_de_France-569893.html
Derniers Commentaires