Vin&Cie, l'espace de
liberté
Chaque jour, avec votre petit déjeuner, dans ce petit espace de liberté, une plume libre s'essaie à la pertinence et à l'impertinence pour créer ou recréer des liens entre ceux qui pensent que le vin c'est " un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes..."
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Jean-Marie Rouart, aimable
académicien *, que je croisais au temps où je fréquentais pour le déjeuner, tous les samedis, mon restaurant fétiche "Le pied de fouet" rue de Babylone,(chronique du 20/03/2006)
http://www.berthomeau.com/article-2186483.html vient de publier chez Grasset
"Devoir d'insolence" journal de la première année du quinquennat de notre président. Discret, en compagnie de Dominique Bona, en ce temps-là il se laissait, non sans plaisir, gourmander gentiment
par notre Andrée, la patronne du Pied de Fouet. Le ton de son opus est de la même veine : " Sarkozy a peut-être rajeuni la politique mais il m'a donné un
coup de vieux..." écrit-il dans sa préface. " Pour une fois, je n'ai plus un président qui a l'âge de mon père comme Giscard, Pompidou, ou de
mon grand-père comme de Gaulle, mais un frère cadet. Et quel frère ! Turbulent, piaffant d'impatience, agité, dopé au Gurosan, gonflé à bloc, il me donne la sensation que je me suis levé un peu
tard, couché un peu tôt et que je n'ai pas un centième de son énergie. Agaçant non ! " poursuit-il.
L'homme est courtois, bien élevé, élégant, courageux aussi comme il l'a prouvé dans l'affaire Omar Addad, et sa plume fine, acérée parfois, jamais méchante, fait mouche lorsqu'elle se fait insolente. " Sarkozy m'a aussi irrité. Surtout depuis qu'il est président. J'ai vécu comme tous les français au rythme de ses foucades, de ses projets pharaoniques, de ses lubies autant que de ses réformes." Pour Ségolène la madone défaite il pointe là où ça fait mal : " les failles de son caractère que dissimulait son indéniable charme. Elles sont apparues à la télévision face à Sarkozy. Pète-sec, méprisante, elle n'a pas fait le poids. En traitant de haut les éléphants du PS, elle s'est enfermée dans l'exercice solitaire de la candidature. en congédiant le premier secrétaire du PS, elle a montré aux Français un visage peu conciliable avec le minimum d'impassibilité, de résistance aux offenses qu'exige la charge présidentielle. Bien sûr elle a souffert. Mais tout le monde souffre." Même volée de bois vert pour le dispensateur de raffarinades du café du commerce : " Raffarin qui n'était qu'un Premier Ministre de complaisance et, vu ses pénibles résultats, peut-être pas un exemple à suivre."
Bref, ce matin, j'ai choisi de vous offrir un extrait qui me met aussi en joie. Jean-Marie Rouart y fait un juste sort au projet porté par le remarquable professeur Pitte, ex-président de la Sorbonne, docteur ès-mondanités au pays du terroir : l'inscription de la gastronomie française au patrimoine de l'Humanité de l'Unesco. C'est savoureux, goûteux même, comme un pot-au-feu.
« Jeudi. – Sarkozy veut faire inscrire la cuisine française au patrimoine de l’humanité. L’idée est intéressante. Cela évite de se préoccuper du prix du pain qui flambe, de celui du porc qui s’emballe et du coût du yaourt qui va bientôt rivaliser avec celui du caviar. S’il ne s’agit que de satisfaire les cuisiniers épris de reconnaissance, il ne faudrait pas non plus oublier les joueurs de boules et de pelote basque et tous les petits métiers qui sont en passe de devenir des chefs-d’œuvre en péril : les rétameurs de parquet, les dresseurs de puces, les rabouilleuses, les joueurs d’orphéon. Il y a dans ce domaine autant de Mozart de l’éphémère qu’il y a de Praxitèle du bœuf miroton et de Michel-Ange du vol-au-vent. J’ai un respect infini pour la bonne et grande cuisine et pour les artisans qui les illustrent. Faut-il pour autant mettre leurs œuvres sur le même pied que les chefs d’œuvre historiques, comme Versailles, le château de Chambord, la Joconde ? En mêlant l’accessoire et l’essentiel, on risque de mettre tout cul par-dessus tête et de ne plus comprendre ce qui est vraiment important. »
* Parallèlement à son activité d’écrivain, il a mené une carrière de journaliste d’abord au Magazine littéraire en 1967, puis au Figaro comme journaliste politique, au Quotidien de Paris où il a dirigé les pages littéraires. Après avoir été directeur du Figaro littéraire de 1986 à 2003, il collabore à Paris-Match.
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