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8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 00:09

Dans les guides et les gazettes, ces dernières années, les vins sont de plus en plus souvent éclipsés par ceux qui les font, ou parfois par ceux qui disent qu’ils les font. Beaucoup de solistes donc, des têtes d’affiches, des noms qui font vendre, tous les ingrédients d’une forme bien modérée du culte de la personnalité. Moi-même j’y cède alors je ne vais pas égratigner mes confrères dont c’est le métier. Reste une question bien plus épineuse : celle du talent. Tous des virtuoses, rien que des Glenn Gould ou des Arturo Benedetti Michelangeli, pas si sûr mais tel n’est pas mon propos du jour. En effet, je vais descendre dans la fosse, pas aux lions mais celle de l’orchestre, là où le petit monde des interprètes, dans une certaine forme d’anonymat, fait, si je puis m’exprimer ainsi « bouillir la marmite »

 

Afin d’éviter de faire genre « j’étale ma culture comme de la confiture » l’image du peloton cycliste, avec ses porteurs d’eau, ceux qui font nombre, donnent au spectacle sa consistance peut aussi servir à éclairer mes nébuleuses réflexions. Si vous voulez bien me suivre je me lance :

 

1° Même si c’est une évidence je me permets de l’énoncer : pour faire du vin il faut d’abord cultiver du raisin, donc des hommes travaillant un vignoble en un lieu dit.

 

2° De ce premier constat, au début du XXe siècle, est né le système de l’Origine : AOS, AOC devenu via l’UE : AOP-IGP ; à partir de là il n’est pas possible de cultiver du raisin de cuves n’importe où, n’importe comment, même qu’il existe une délimitation parcellaire expertisée par des hommes de l’art.

 

3° Pour défendre cette origine les hommes se sont regroupés en Syndicat de Défense de l’Appellation pour laquelle l’adhésion n’était pas obligatoire mais depuis l’irruption des ODG tout le monde cotise.

 

4° De tout ce qui précède, pour reprendre mon image musicale, tous ceux qui cultivent la vigne dans le périmètre délimité ont entre les mains la même partition : ce que l’on appelle du vilain nom de cahiers des charges. Ça laisse la place à l’improvisation qui parfois peut aller jusqu’au n’importe quoi mais je ne m’aventurerai pas sur ce sentier glissant.

 

5° Bref, quand le raisin est mûr, et si possible sain, il faut le vendanger et à partir de cette cueillette deux voies sontouvertes : soit je fais mon vin, soit je le fais faire par un autre.

 

6° Je laisse de côté les solistes, sauf ceux qui font leur vin pour le vendre en vrac à ceux qui le vendront en bouteille.

 

7° Pour ceux qui s’adressent à un faiseur de vin je laisse de côté ceux qui vendent leurs raisins à quelqu’un qui en fera du vin pour le vendre en vrac ou en bouteilles pour ne m’intéresser qu’aux coopérateurs.

 

8° Nous y voilà : la coopé ! L’abomination de la désolation pour les gazetiers de toute obédience. Pensez-donc tous ces raisins mélangés, traités, sous-entendu maltraités, dans des cuves aussi hautes que celles des raffineries de Dunkerque, torturés, assemblés, bidouillés... j’en passe et des meilleures. Triquards, interdits de séjour, marqués au fer rouge, honteux, les vins de coopés devaient, la plupart du temps, se contenter de l’image du tout venant dans l’indifférence hautaine de la critique.

 

9° Sauf que l’autre jour, dans la très conservatrice RVF, que vois-je, n’en croyant pas mes yeux, accroupi dans ses vignes Jean-Louis Piton le président de Marrenon coopérative dans le Luberon. Oui, mes biens chers frères, mes biens chères sœurs, un président de coopé cultive des vignes je puis en témoigner. Voilà bien une révolution que cette présence d’un éminent représentant de la coopération dans les pages glacées du saint des Saints du Vin.

M.Piton10° L’homme, cosignataire en 2001d’un brûlot genre « voilà ce qu’il faut faire pour ne pas prendre des claques en 2010», souffre pourtant d’un grave handicap : il est le Président d’une Union de coopératives. Déjà se taper le conseil d’administration d’une coopé ce n’est pas de la tarte mais assembler autour d’une table une poignée de présidents de coopé relève chez lui d’un goût immodéré pour la difficulté.

 

11° Revenons à Marrenon, sis à La Tour d’Aigues, son fondateur Amédée Giniès l’a créé pour hausser le vignoble du Luberon en AOC mais, comme le souligne JL Piton, « en plaçant la barre au-dessous des Côtes du Rhône, alors que ce vignoble recèle un potentiel qui peut l’amener dans la même cour que celle des Cairanne, Rasteau, Vacqueyras... » www.marrenon.com

 

12° Quel beau défi pour ces Côtes du Luberon, ce « chaînon manquant » entre la Provence toute rose et la vallée du Rhône toute rouge. Comme vous vous en doutez ce langage ça me plaît donc je suis allé cuisiner dans leur coin reculé JL Piton et son directeur Philippe Tolleret (ex Bob Skalli). Dieu qu’il faisait chaud !  reportage_021.jpg

13° Alors, en sirotant du Pétula rosé de la maison Marrenon, j’ai entendu des mots qui enchantaient mes oreilles : le vin d’abord, la ressource, la qualité recherchée, le produit comme il faut là où il faut... Tiens, tiens, le pilote dans l’avion Marrenon tient le cap fixé par le plan de vol, ou si vous préférez sous la baguette du chef d’orchestre les interprètes n’en plus qu’à leur tête.

vins-luberon-petula.png 

14° Tout ça vous paraît évident, dans l’ordre des choses mais, y compris chez certains solistes, ça n’allait pas de soi et ça continue de ne pas aller de soi. Faire du vin sur la base d’un engagement « syndical » a toujours provoqué chez moi un grand étonnement.

 

15° Alors, et c’est là mon propos du jour : je pense que face à la nouvelle donne du marché, sur tous les segments, dans toutes les formes de distribution, y compris le traditionnel, sur le marché domestique comme sur les marchés de pays émergeants, la carte « coopération » versus orchestre avec des « exécutants » - c’est le terme consacré - qui suivent la partition sous la baguette du chef  peut se révéler un plus pour des vignerons, une chance pour des territoires de faire entendre leur différence, loin de l’image du gros chaudron.

 

16° En effet, et je n’en fait pas un modèle mais l’une des voies que nous pouvons emprunter, des hommes sur un territoire créateur de valeur n’est-ce pas le préalable à une économie « équitable » où le prix du produit fini permet de rémunérer justement le producteur de raisin pour qu’il puisse vivre, et non survivre, investir dans son vignoble et ses méthodes culturales. « Passer le cap des 7 euros le litre permet de franchir la barre d’un réel retour de valeur dans le vignoble ». A l’heure où ces messieurs de la GD se bagarrent à coup de comparaisons bidouillées sur le Bio moins cher (le comparateur Leclerc www.lebiomoinscher.com et la campagne de pub bio le moins cher de Leader Price) il serait temps que les consommateurs sachent que « pour quelques centimes de plus » des producteurs pourront continuer de vivre dans ces pays que l’on trouve si beau lorsqu’on va en vacances avec les enfants.

 

17° Donc, très chers lecteurs, regardez aussi du côté des orchestres, petits ou grands, même des orphéons, observez l’évolution de leur répertoire, les efforts de leurs membres pour hausser leur niveau, la qualité du chef et, suprême contre-pied, admettre qu’un jour avec eux vous aurez pris votre pied. Du côté de Marrenon, ils avancent, ils avancent, avec leurs petits moyens financiers mais avec la volonté de laisser les ego aux vestiaires pour venir chatouiller les mieux établis.

 

18° Ce qu’ils font c’est déjà du bon et j’y vois l’un des signes de ce qui pourrait être la base d’un renouveau fondé sur des vins qui ont les pieds quelque part sans pour autant se complaire dans des styles compassés...

 

19° Et puis rien que pour embêter Michel et si la quintessence d’un grand Grenache voyait le jour en Luberon du côté de Marrenon ça couperait la chique à plus d’un ne croyez-vous pas ? Moi vous savez après avoir fait Lourmarin-La Tour d’Aigues-Lourmarin sur le siège du passager d’une moto avec un casque intégral sur la tête je suis prêt à affronter toutes les batailles d’Hernani...

 

20° Si vous n’avez pas bien saisi où je voulais en venir prière de consulter le service après vente de Vin&Cie qui se fera un plaisir de vous dépanner... 

 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

fred cordier 08/07/2010 18:17



la culture, c'est quoi sinon de donner une valeur commune à une réalité donnée ?


Alors ce travail de partage de vision et de valeurs, mené par Marrenon jour apres jour, depuis de longues années, pas à pas, avec ses coopératives et les coopérateurs, c'est l'émergence d'une
culture vivante et moderne !


Ca change des musées mortiferes et de la grande reserve nationale que pourrait devenir la France, notamment viticole ....


Allez, Alphonse, bois un petit coup !



irene groshenry tolleret 08/07/2010 14:48


@ robert : tout d'abord cher monsieur, je vous invite à télécharger la carte géologique du massif du Luberon (disponible sur le site du parc), vous verrez que, si ces terroirs ne sont certes pas
ceux de Chateauneuf du PApe, ils recèlent de trésors géologiques, hydrologiques, des trésors d'ensoleillement (un pays froid sous un soleil chaud) qui ne demandent qu'à être révélés encore plus.
Les vins de Marrenon sont à ce point de vue exemplaire, surtout quand on aligne leur prix, les volumes produits, et la rémunération au producteur. J'ai récemment fait déguster leur Private Galery
rouge à des vignerons du Pic St Loup, qui n'en revenaient pas. Enfin des gens qui travaillent de façon à ce que tout le monde puisse avoir du plaisir, du consommateur qui boit leur vins, aux
producteurs qui peuvent partir en vacances, des touristes qui voient les beaux paysages du Parc du Luberon avec leur jolies vignes. Nul doute qu'elles deviendront de plus en plus jolies au fur à et
mesure du développement des ventes des bons vins Marrenon, et de la redistribution aux producteurs...


robert garavelli 08/07/2010 12:55



La dithyrambe ( poème lyrique dédié à dyonisos, ou éloge excesif et flateur ) pourrait cacher la forêt de quoi?


Le terroir du Luberon par sa formation géologique, est loin d'avoir les propriétés de celui de Chateau neuf du pape, à part quelques parcelles très rare les grands vins ne sont pas encore faits.


Mais ce qu'il y a de plus important sur cette appellation,c'est la culture de la vigne et du vin qui est quasi inexistante. comme disait Alphonse Allais," après la culture, il y a l'agriculture"
dans le cas qui me préoccupe cela serai plutôt le contraire qu'il faudrait avoir.



JACQUES BERTHOMEAU 08/07/2010 14:15



C'est bien français tout ça : dire son admiration pour des gens qui se retroussent les manches ça cache quelque chose bien sûr. Oui, oui, je suis stipendié, acheté par tout le monde bref je me
goinfre... Qui a parlé de Châteauneuf-du-pape ? Pas eux, pas moi, quand à ce pauvre Alphonse Allais, et d'ailleurs toutes les citations du monde, ne font guère avancer les hommes. Quand à
l'appréciation sur les vignes du Luberon je laisse à l'auteur qui doit passer sa vie dans les vignes la reponsabilité de ses appréciations. De toute façon le monde de la vigne et du vie est
figée, nous vivons dans un grand conservatoire... Je persiste et je signe pour des gens qui exportent 50% de leurs vins.


 



Michel Smith 08/07/2010 09:53



Excellent papier et parfaite illustration de la volonté qu'ont certains, principalement dans le Sud, de se sortir la tête haute d'une situation qui prête à la confusion la plus totale. Et
Philippe Tolleret, que j'ai connu du temps où Robert Skalli osait plus qu'il n'ose de nos jours, Philippe donc, est un gars bien au talent plutôt discret ce qui nous change des coqs de basse cour
que l'on voit sévir un peu partout. Quelque part, c'est aussi ça le bon sens paysan, n'est-ce pas Jacques ?



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