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               Vin&Cie, l'espace de liberté

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La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

Jeudi 21 juillet 2011 4 21 /07 /Juil /2011 08:00

photoMarie2.jpg

Le matin du 14 juillet, sous un petit soleil, Marie se levait de fort belle humeur. Avant de chausser ses tongs orange elle entreprit de peindre ses ongles de pied en bleu turquoise. La veille au soir sa tentative de reproduire le drapeau tricolore sur l’index, le majeur et l’annulaire de ses deux pieds avait viré au fiasco car le gros orteil gâchait l’effet qu’elle en espérait. Ce soudain esprit patriotique lui venait de la rencontre qu’elle venait de faire, rue du Bac, avec un kanak balaise habillé en militaire du Génie. Marie qui circulait sur son vieux Mercier « Raymond Poulidor » n’avait pu éviter le bougre d’homme qui surgissait de derrière une jeep stationnée dans le couloir de bus. Par bonheur elle circulait à une vitesse d’escargot car elle pensait à la paire de Doc Martens rose fluo qu’elle avait aperçu en vitrine du côté de Montorgueil. Sa bécane valdinguait et elle se retrouvait dans les bras puissants d’un sosie de Christian Karembeu. Marie pensait « Merde chui pas Adriana ». Et pourtant, le beau légionnaire qui n’en était pas un, avant de la redéposer sur le macadam sollicitait son nom, prénom, pas sa qualité mais son numéro de téléphone portable. Ils iraient donc ensemble au bal du 14 juillet. Toute ragaillardie par cette soudaine irruption dans sa vie Marie filait jusqu’à la rue du Cherche-Midi où, chez Cotélac, elle faisait l’acquisition d’une gentille robe à pois rouge en crêpe georgette. Donc, allongée sur sa couette, en contemplant les poupées de coton qu’elle avait glissées entre ses doigts de pied, elle se disait que ça allait être vraiment une chouette journée. C’est à ce moment là que son téléphone portable a grelotté et, sans même réfléchir, Marie a appuyé sur répondre ce que d’ordinaire elle ne faisait jamais. Bien sûr elle espérait que ce fut son beau militaire qui, si matinalement, de sa jeep, venait s’inquiéter de son bon éveil. Douche froide, c’était Me de Candolle le notaire de la famille. D’une voix d’outre-tombe, sitôt ses civilités débitées, il lui annonçait « Ils sont tous morts. »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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