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18 juin 2008 3 18 /06 /juin /2008 00:00

La Birmanie, sa dictature, ses généraux, son malheur permanent, est à nouveau rangée au rayon des dictatures oubliées par le grands médias qui n'aiment que les urgences humanitaires. C'est plus vendeur que le malheur au jour le jour. Alors je vais vous dire ce matin ce que j'ai sur le coeur depuis que ce pays a été frappé par la désolation...

Quand je vois plastronner tous ces hommes « forts », arborant des uniformes militaires tapissés de barettes et constellés d'étoiles, ployant sous les médailles comme des sapins de Noël, qui tiennent sans partage les rennes du pouvoir civil, j’enrage : « Combien de batailles contre l’ennemi de l’extérieur ont-ils gagnées ces galonnés d’opérette ? »

Aucune !

Clônes grotesques du général Alcazar ou du général Tapioca de Tintin et Milou, à part qu’eux ils font tirer à balles réelles sur le seul ennemi qu’ils connaissent, celui de l’intérieur, leur propre peuple. La légalité de leur pouvoir ils la puisent de la seule force des armes qu’ils pointent, sur ceux qu’ils disent gouverner, pour mieux les  maintenir sous leur joug.

Qui les a fait Roi ?

Ni Dieu, ni le peuple, ils sont illégitimes.

Face au spectacle affligeant de la junte birmane sacrifiant sa population meurtrie  à ses délires paranoïaques ce matin, j’en ai marre, je sature. Alors honteux de mon impuissance je tire la sonnette d’alarme et je crie au contrôleur : « arrêtez le monde, je veux descendre… »

 

Comme y’a pas de contrôleur dans ma rame, et qu’elle continue de tourner imperturbablement notre foutue terre, même si elle ne tourne pas bien rond dans sa tête, qu’elle perd vraiment la boule cette mappemonde bigarrée, qu’elle est en surchauffe, gaspilleuse en diable, insoucieuse des lendemains, le cul posé sur ma banquette, je continue à contempler les images de notre Terre, impuissant.

 

Ainsi va le monde me diront les blasés. Que pouvons-nous faire ?

 

Certes pas grand-chose sauf d’entretenir en nous un sentiment de révolte, de cultiver le mépris, de ne pas détourner le regard de ces peuples asservis, de ne pas applaudir les  « nouveaux Daladier »  qui ne nous proposent que de la lâcheté au nom de la défense de nos intérêts économiques.

 

Rappelons-nous, ce n’est pas si vieux.

 

Les défricheurs

 

Notre XXième siècle fut riche en dictateurs en uniformes. Leurs régimes, totalitaires, adoraient les uniformes, les bannières, les défilés et leurs milices paramilitaires exhibaient des accoutrements grotesques.

Benito fut le précurseur avec ses chemises noires et ses faisceaux qui donneront à la peste brune son appellation : le fascisme, et avec Adolf, le petit caporal, ils iront se faire la main en Espagne, pour donner la victoire au falot Francisco, bedonnant général au calot ridicule qui saura gérer d’une poigne de fer les lendemains de la chute de ses encombrants alliés.

Pendant cinq longues années les bruits des bottes bien cirées des Obergruppenfhürer, des Brigadefhürer, des Oberfhürer, des Standartenfürer, des Obersturbannfhürer, des Hauptsturmfhürer, vont faire trembler le monde libre et les uniformes impeccables de cette horde noire dirigeront l’entreprise d’extermination la plus monstrueuse. La guerre froide permettra de recycler les compétences de beaucoup de ces professionnels de la torture et de la mort.

Au Japon, l’empereur Hiro Hito et la caste militaire caricaturale, entraîneront ce pays dans une folle barbarie, avant de céder sous le feu nucléaire d’Hiroshima et de Nagasaki.

À Yalta, Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt sont en civil, le père Joseph, lui, arbore son uniforme de généralissime de l’Armée Rouge.

Et pendant ce temps-là, chez nous, un vieux Maréchal se faisait remettre les clés de la Gueuse par des parlementaires désemparés, et déclarait faire don de sa personne à la France.

Les libérateurs 

Par bonheur, un général avec deux petites étoiles toutes neuves relevait le gant et je dois le reconnaître que ce de Gaulle avait l’uniforme modeste, minimaliste. Plus politique que chef de guerre, l’homme avait du panache et ce qu’il faut d’intransigeance pour imposer la voix de la France aux Alliés.

L’armée américaine, avec ses débarquements sur nos côtes, imposait son approche technicienne de la guerre et ses officiers affichaient une décontraction vestimentaire qui rompait avec la tradition des culottes de peau du Vieux Monde. D’une certaine manière, ils allaient, après la déroute de 1940, réhabiliter aux yeux de beaucoup de Français les militaires.

 

Bref, au sortir du 2d conflit mondial, les militaires alliés sont des libérateurs et la société internationale naissante fait que nos parents se prennent à rêver, un bref instant, en un monde pacifié.

 

Les  héritiers

 

Les conflits coloniaux vont redonner des couleurs aux culottes de peau :

- l’Indochine, où l’Amiral D’Argenlieu nous embourbera jusqu’au désastre de Dien Ben Phu ;

- l’Algérie, où le pouvoir civil de Guy Mollet confiera aux militaires, Massu, les pleins pouvoirs pour faire le sale boulot de la bataille d’Alger et où un quarteron de généraux : Challe, Salan, Jouhaux et Zeller, qui semblaient tout droit sorti d’un mauvais film des années 50, ouvrira les vannes des exactions de l’OAS.

 

La guerre froide va impulser le surarmement des deux empires et alimenter de multiples foyers de guerre ou de tensions : la Corée, le Vietnam, l’Angola et beaucoup de pays africains, des luttes de libération en Amérique du Sud, avec Cuba pour modèle, de conflits endémiques au Proche-Orient entre Israël et ses voisins.

 

Dans la deuxième moitié du XXième siècle, la caste militaire peut toujours croire en un « bel avenir » et faire tourner le complexe militaro-industriel à plein régime. Peu ou prou, cette grande peur mutuelle des 2 blocs, entretenue, enfante une flopée :

- de dictateurs galonnés, pourvus de lunettes noires : le chilien Augusto Pinochet, l’argentin Jorge Raphaël Videla, le Paraguayen Alfredo Stroessner, le polonais Jaruzelski



















- de dictateurs libérateurs comme à Cuba où le leader Maximo, Fidel Castro, en battle-dress, uniforme camouflé et casquette de simple troupier s’incruste et défie son grand voisin avec l’aide des russes ;

- de fantoches : en Ouganda avec le Maréchal Amin Dada… en Centre-Afrique avec l’ex-sergent de l’armée française Jean Bedel Bokassa autoproclamé empereur…

- de dictateurs « socialistes » comme en Algérie, avec l’ascétique général de l’ALN Houari Boumediene qui va mener son pays, avec la caste des militaires, à la ruine et à la sauvagerie islamiste…

- de dictateurs « populaires » avec bien sûr, l’ami de la France, Saddam Hussein – je ne dresserai pas ici la liste de ceux qui voyaient en lui le grand chef d’un Irak laïc, ce serait ravageur – qui gazait son peuple et humiliait ou massacrait ses opposants.

J’en oublie, bien sûr, les Hafez el-Assad, Kadhafi, Mobutu, Charles Taylor, Ceausescu, Pol Pot – ces deux derniers sans uniforme connu - et bien d’autres moins people.

 

Par bonheur, la mode des militaires au pouvoir a refluée en Amérique du Sud, elle perdure en Afrique, et des poches de dictature d’anciens satellites de l’ex-URSS résonnent encore du bruit des bottes.

Les travestis

Reste les stigmates du communisme asiatique : la Chine bien sûr, la Corée du Nord, le Vietnam et, hors tout, la Birmanie. Dans ces pays, l’armée est l’héritière d’une armée aux pieds nus, « populaire », qui a pris le pouvoir au nom du peuple et où, rien ne ressemble plus à un civil qu’un militaire et vice-versa. Dans les allées du pouvoir, en Chine, la caste qui tient le pays sous sa férule maquille les brèmes, elle joue à merveille de la compréhensible fierté du peuple chinois de voir sa patrie à nouveau considérée comme un grand pays. À Tiananmen ce sont les chars qui ont fait face aux étudiants et l’appareil de contrôle policier tient le pays. Alors, dans nos beaux pays démocratiques le syndrome Munichois reste toujours de mise vis-à-vis des dirigeants chinois : les réalistes, ceux qui font des affaires, ceux qui n’en ont rien à foutre, prônent l’à plat ventrisme et la lâcheté comme au bon vieux temps de l’ami Saddam ou du shah d’Iran. On raille les droitsdel’hommiste mais, entre nous, je propose à tous ceux qui font litière des libertés, d’aller faire un petit stage au quartier, dit des VIP, de notre prison de la Santé pour goûter les charmes de la privation de liberté pour délit d’opinion. Le réalisme des relations d’État à État n’exclut en rien la fermeté. Les pouvoirs forts ou totalitaires ne respectent que les forts. Soyons-le, sans ostentation, ni discours moralisateur, simplement.

 

Kang Xioguang, membre de l’académie des Sciences sociales de Pékin

 

« De toutes les civilisations anciennes, il n’y en a qu’une qui ait une véritable vitalité aujourd’hui ! Une seule qui connaisse une telle expansion et qui, peut-être un jour, dominera le monde : c’est la Chine »

 

On ne saurait être plus clair. C’est dit avec une tranquille assurance dans le film de Jonathan Lewis : « Chine : derrière la Grande Muraille » qui nous plonge dans les coulisses de la réussite chinoise.

 

En guise de conclusion

 

« Tu ne vas pas nous faire tout un fromage de tes histoires chinoises coco : une petite robe à deux balles de chez H&M, des grolles à trois francs six sous de chez Carrefour, mon portable, mon baladeur, mon zizi gougou pour presque rien du tout ça vaut bien le coup que nous baissions notre pantalon…" Bon, alors : Vive la Wall Martisation ! Comme le grommelait Daladier acclamé à sa descente d’avion au Bourget, au retour de Munich : « Ah ! Les cons… »   

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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Lolotte 18/06/2008 15:20

Je descends avec vous !Avec pourtant, une fois le premier mouvement de tristesse et de colère passé, cette éternelle question, lancinante, récurrente, et de moins en moins confortable tant on peine à agir, concrètement, dans notre quotidien, tant la tâche est ample : comment venir en aide à tous autour de soi, famille, amis, voisins immédiats, anonymes croisés dans le quartier, dans sa ville, victimes des aberrations de notre hexagone, et enfin victimes de la folie infinie des hommes sur notre pauvre terre mal en point ? Une goutte d'eau dans l'océan, avec toute la frustration de la dérision du geste, et en même temps le besoin de croire que goutte après goutte on finit par obtenir une petite flaque, qui pourra se transformer en lac, pour finir en un océan...

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