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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 00:04

 

Du moins c'est ce qu'écrivait le doyen de l'époque : Yvan Audouard, dans le numéro spécial : "L'archipel du goulot" : L'alcool à tous les degrés, en avril 1991, en répondant à une question provocatrice en diable : " Et, au "Canard", on boit de la limonade, peut-être ? " Dans ces années là j'étais DirCab et, invité par mon correspondant au "Canard", Hervé Liffran, une fois l'an, pour partager avec lui le pain et le sel, j'ai pu constater que notre divin nectar était à l'honneur. Quand est-il aujourd'hui ? C'est la question que je me pose depuis que je chronique sur Vin&Cie. La nouvelle génération est-elle plutôt tendance "dionysiaque" ou plutôt tendance "apollinienne" ? Je ne sais. Pour le savoir j'ai lancé il y a quelques semaines une bouteille dans la mare au "Canard" pour leur demander de répondre à mes questions dans mon petit espace de liberté. Sans résultat, pour l'heure le volatile ne répond pas. Serait-il atteint par la vague des interdits ? J'en doute, mais comme je ne vais pas poser, comme au temps de Ponia, des micros dans leurs locaux - aujourd'hui se serait plutôt de la vidéo - dans l'attente d'une hypothétique réponse il ne me reste plus qu'à m'en tenir à la jurisprudence Audouard : "Au Canard, on ne boit, on se désaltère..." et, comme dit l'adage qui ne dit mot consent, sauf à ce que je reçoive un pan sur le bec je n'en démordrai pas. En conséquence de quoi je vous offre ce matin des morceaux choisis de la prose d'Yvan Audouard. 

    

 

 


" Nous habitions à l'époque rue des Petits-Pères, "Nous", c'est-à-dire "Le Canard". Je me trouvai exceptionnellement seul dans la salle à manger qui nous tenait lieu de salle de rédaction. Treno, le directeur d'alors, entre et s'étonne de ma solitude :

-         Où sont les copains ? …

C’est mon tour de me sentir étonné :

-         Au bistro, bien sûr

Alors j’ai vu dans son regard une lueur de désespoir et même une certaine détresse :

-         Tous… !

Bien que tout petit buveur lui-même, il pratiquait à notre égard une méritoire tolérance et son inquiétude d’ailleurs se dissipa aussitôt. Il savait, après trente ans d’exercice, que le journal continuait de se faire à « l’annexe », c’est-à-dire au comptoir du Vieux Saumur. Il lui arrivait même de trinquer avec nous.

Car il faut qu’on le sache et qu’on le répète « urbi et orbi » : au « Canard » on ne BOIT pas, on TRINQUE.

Importante distinction, qui fit dire un jour à Prévert :

-         Il y a des gens qui me prennent pour un ivrogne. Pourtant ils ne m’ont jamais vu boire seul ! …

Pour ramasser ma pensée en une formule lapidaire, je dirai simplement : « Les bons comptoirs font les bons amis. »

Nos lecteurs ne s’y trompent pas : ils lisent « le Canard » comme on boit un coup avec un ami. Et quand la cuvée n’est pas réussie, ils n’hésitent pas à nous engueuler et à nous dire avec un franc-parler sans indulgence :

-         Tu n’étais pas dans ton état normal quand tu as écrit cette connerie…

 

«  Il y a quelques années notre confrère Jean Egen avait écrit un livre intitulé « Messieurs du « Canard ». Je passe sur les éloges dont il nous avait accablés (simplement parce que je les trouve amplement mérités), mais je retiens de son remarquable ouvrage la distinction essentielle qu’il a établie entre les « apolliniens » et les « dionysiaques ». Ou, pour dire les choses plus simplement, entre les buveurs d’eau et les autres. Ou encore, pour employer le vocabulaire de la profession, entre les journalistes d’investigation et les « chroniqueurs ».

 

Et, Audouard d’écrire que le premier se doit d’être « pur comme le cristal » aussi bien pendant qu’il fait son enquête qu’au moment où il la rédige, alors que le chroniqueur, homme d’humeur, peu bien évidemment le faire à jeun, mais comme il se dévoile en même temps qu’il révèle ce que la vérité brute dissimule, rien ne lui interdit d’aller aussi la chercher au fond des verres. Autre temps, autres mœurs, au « Canard » de ce temps-là  on trempait sa plume dans le Juliénas pour lui donner de la fantaisie et de l’espièglerie, comme l’écrit Audouard « ce fragile dosage entre la raison et le désir contrôlé, cette acrobatie permanente où les cabrioles des uns soulignent la solidité de l’ensemble, qui font du « Canard » le plus sérieux des journaux ».  Certains esprits bien pensants vont m’accuser, et peut-être me faire condamner, pour incitation à une consommation excessive. Peu me chaut, je me refuse à l’apposition hypocrite du sacro-saint conseil de modération et comme le disait le très sérieux Paul Valéry « Ô récompense après une pensée qu’un bon canon à la gloire des dieux ! »

En complément de la chronique de Paul Bats du 30 avril  : "sans faim" vous pouvez lire l'interview d'Edgar Pisani : " Le monde peut-il nourrir le monde ? Sans doute pas !" colonne de gauche du blog sous la rubrique : Pages .    

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Jean 05/05/2008 10:20

" je ne vais pas poser, comme au temps de Ponia, des micros dans leurs locaux"Ce n'était pas plutôt Raymond Marcellin, le ministre de l'intérieur, à l'époque des plombiers du Canard ?

JACQUES BERTHOMEAU 05/05/2008 10:27


Caramba encore raté : c'était en effet en 1973 donc pas Ponia peut-être Marcellin ou Bonnet à vérifier cher Colombo


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