Être éveillé au cœur de la nuit par la sonnerie du téléphone – à l’ancienne, l’unique, celle du temps du fixe en bakélite – stresse. Le 4 avril 1985, vers trois heures du matin, mon directeur de
cabinet, laconique me transmettait la nouvelle : « Michel a démissionné… » Le Michel en question, c’était Michel Rocard qui, au retour d’un dîner chez Marc Riboud – le photographe
- sur la proportionnelle, quittait le gouvernement Fabius. Imaginez la tête du permanencier de l’Elysée : devait-il troubler le sommeil du Président ? Bref, en résumé, le scrutin
proportionnel intégral me privait du chouchou des sondages pour me refiler Henri Nallet, le conseiller de François, qui allait profiter de l’aubaine pour se faire élire député de la
2ième circonscription de l’Yonne : Avallon-Tonnerre-La Roche Migennes. Le Chablis entrait dans ma vie. Bien sûr, par la grâce d’une finale de la Coupe de France, le 16 juin 1979,
entre le FC Nantes et Auxerre, alors en D2, j’avais découvert celui qui allait devenir l’emblématique ambassadeur du Chablis, Guy Roux, mais c’est une autre histoire.
Le grand Max, qui a été mon élève au lycée agricole de la Roche/yon, deux passes décisives (des centres) pour Éric Pécout. Désolé Guy
Roux...
Guy Roux : "D'habitude je suis plutôt un mauvais perdant mais, cette fois, j'oublie volontiers la petite déception de la prolongation pour ne
penser qu'aux merveilleux moments que nous ont donné nos joueurs durant les 90 minutes réglementaires. Les garçons ont apposé une magnifique signature à une saison d'exception. Nantes était plus
fort que nous mais il a dû longtemps s'employer pour le prouver. Les joueurs auxerrois ont effectué un match formidable."
Mon histoire d’aujourd’hui est celle de la Chablisienne, une vieille dame qui, tout en roulant allègrement sur ses 85 ans, garde un teint de
jeune fille en fleur, aérienne et vive, une belle plante séduisante : la coopérative de Chablis. Dans le landerneau des adorateurs de vins de propriétés, la Chablisienne est de celle qui
leur reste en travers du gosier : pensez-donc, la mâtine, toute coopérative qu’elle fût, elle aligne, comme les stars leurs oscars, des noms mythiques pour des vins uniques, des
1er crus : la Montée de Tonnerre, L’Homme mort, La Singulière… des grands crus : Bougros, Blanchot… et, cerise sur le gâteau, château Grenouilles. Verts qui sont les
commissaires aux élégances, que des vignerons, dont les pères se sont unis dans les temps de crises pour s’en sortir collectivement, le restent alors que le succès est au rendez-vous. Mes amis de
la RVF, en 1996, ont nommé la Chablisienne : coopérative de l’année. C’est good mais ce qui serait very good c’est qu’en notre douce France nous cessions d’apposer des étiquettes et de
gloser sur des à-priori qui n’ont rien à voir avec la réalité.
En chantant les louanges de la Chablisienne je ne vole pas au secours d’un succès évident et facile. En effet, lorsqu’on pèse, depuis
l’origine, 30% des surfaces et des exploitations, que l’on est partie prenante d’une énorme extension des plantations : 600 ha en 1960, 919 ha en 1972, 1332 ha en 1978, 2430 ha en 1988, un
peu plus de 4000 ha en 1998, que l’on fait face à une très forte demande de Chablis sur les marchés d’exportation, céder à la facilité aurait pu être dans l’ordre des choses. Mais, comme ils
l’écrivent, la Chablisienne c’est « leur maison », celle de 300 vignerons, qui « au fil du temps, pas à pas » ont inventé un mode « développement unique et
original», où l’élaboration des grands vins blancs reflète le « soin extrême » qu’ils apportent à leurs vignes et « la passion » des vinificateurs. « Accord
subtil » reflets des valeurs communes qui rythment le quotidien : « mettre
l’homme au centre des stratégies…Toujours anticiper et proposer des projets fédérateurs d’énergie et créateurs de dynamique, partager les responsabilités, respecter l’homme et son ancrage
au territoire, aider les jeunes à s’installer au pays, partager la conviction que l’organisation collective est un facteur clé de visibilité et d’accessibilité aux marchés »
Et oui, messieurs les grands-prêtres du small is beautiful, on peut : « s’adapter aux
différents marchés sans perdre son âme, l’investissement dans des équipements de très haut niveau ou les prises de participation dans des structures de distribution dans les pays stratégiques
(UK, Allemagne…) ne sont que quelques exemples qui traduisent notre force et notre ambition : faire de la marque La Chablisienne une référence unique dans le secteur traditionnel, en France comme
à l’international »
Rassurez-vous, chers lecteurs, je ne vais pas entonner mon énième couplet sur mes thèmes favoris car
j’ai conscience que vous pourriez me taxer de radoter, ce matin, moi qui suis un adorateur des mots et de leur assemblage, je me laisse envoûter par ceux de notre belle et éternelle
Chablisienne : « C’est bel et bien le raisin
et la nature qui impriment leur rythme aux vendanges » nous dit-elle à propos des sites de pressurage proche des vignes… et, un peu muse de l’esprit du vin, la voilà qui nous
enjôle : « Les vins de la Chablisienne puisent une grande part de leur âme dans les vertus de l’élevage (certainement l’un des plus beaux mots du champ sémantique du vin…) puis la voilà
qui nous entraîne aux extrêmes confins du royaume du vin : « Le fût ne doit bien entendu pas dominer le vin, mais il ne doit pas non plus le supporter. À la Chablisienne, on emploie
plus exactement les verbes “révéler” ou “éclater”. La nuance est fine, mais elle prend toute sa dimension dans nos assemblages. “Eclater” la matière, “révéler” le potentiel du raisin, “révéler”
des facettes d’un terroir que l’inox n’aurait pas suffit à exprimer… » enfin, elle se fait pianiste pour finir de nous séduire « Nous avons su, millésime après millésime, sélectionner
des tonnelleries, des chauffes et des provenances de chêne qui correspondent au mariage recherché. Derrière chaque assemblage, l’âge des fûts, le pourcentage, la durée d’élevage, constituent
alors autant de touches sur lesquelles La Chablisienne ne se prive pas de pianoter. » C’est joliment dit et, comme les vins sont à la hauteur des mots, bravo la Chablisienne. Il y aurait
encore beaucoup à dire sur cette belle maison, alors j'y reviendrai un de ces quatre matins pour chroniquer sur elle. À bientôt donc du côté de Chablis et en attendant, allez mon cher Guy,
comme faut pas gâcher, avec le grand Gérard de Chailley, tu me l'offres ce verre de Petis Chablis, de la Chablisienne bien sûr !
Les chiffres clés
Chiffre d’Affaires HT 2006/2007 (en euros)
17 mois 66,351 millions - année civile 2007 : 46,345 millions
dont 2,044 Détail - 5,840 Traditionnel - 5,115 GD - 5,156 Négoce - 28,189 Export Le Royaume-Uni 34,45% du CA, l'UE 49,74% du
CA.
Récolte 2007 (en hectolitres) 73.726
Nombre de bouteilles commercialisées en 2007
(équiv. 75 cl) 7.407.867 cols
Associés coopérateurs 254, dont 190 exploitants
Associés non coopérateurs 54
1255 hectares en production dont : 11 hectares de Chablis Grand Cru (6 climats)
107 hectares de Chablis Premier Cru (18 climats)
771 hectares de Chablis,
244 hectares de Petit Chablis,
122 hectares d’appellations régionales
La Chablisienne représente 25 % de l’ensemble du vignoble Chablisien
(16 % des Chablis Grand Cru, 18 % des Chablis Premier Cru, 28 % des Chablis et 38 % des
Petit Chablis).
Chablis Grand Cru, 6 climats, âge moyen du vignoble 33 ans
Blanchot 1,13 hectares
Bougros 0,44 hectare
Les Clos 0,51 hectare
Les Preuses 1,76 hectares
Vaudésir 0,30 hectare
Grenouilles 4,69 hectares
Château Grenouilles 2,50 hectares
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