Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 avril 2008 5 18 /04 /avril /2008 00:02


Jean-François Collin, notre Ministre conseiller pour les Affaires Economiques à l'ambassade de France à Moscou que j'accueille ce matin sur Vin&Cie, même si sa modestie doit en souffrir, fait parti pour moi de ces hommes qui font honneur au Service Public. En ces temps où il est de bon ton de décrier les fonctionnaires, de les assimiler à des "quasi-parasites", de penser que réformer la machine de l'Etat se réduit à leur pure décrue, il m'est agréable de donner la parole à ce que, faute d'une autre appellation à ma disposition, on nomme généralement un grand serviteur de l'Etat.  L'homme a un petit côté austère, c'est sa réserve naturelle, mais il  est de ceux avec qui il est très agréable de travailler, précis, pertinent et, suprême qualité dans les palais de la République, Jean-François n'a pas l'échine souple : au service de l'Etat certes mais pas un poils serviteur. Au temps de la 1ière grande négociation sur la réforme de la PAC, il fut pour moi un collaborateur précieux, pugnace et fidèle. Ensuite, Jean-François a dirigé la barque du 78 rue de Varenne avec Louis Le Pensec, puis celle de Dominique Voynet à l'Environnement. Aujourd'hui c'est l'ami - amateur de vin, avec un faible pour l'Irancy de son Yonne natale - que j'interroge et que je remercie de nous avoir accordé un peu de son précieux temps pour nous informer. 

 


Question n°1 : Jean-François, que peux-tu nous dire sur le marché russe des vins et spiritueux ?

 

 

Réponse : C’est un marché en très forte croissance et la Russie devient, sans que nous en ayons vraiment pris conscience, l’un des grands importateurs mondiaux de vins et spiritueux.

 

Cette croissance s’explique à la fois par l’augmentation du pouvoir d’achat des Russes, et pas seulement des plus riches. Le pouvoir d’achat des ménages augmente en moyenne de plus de 10% par an malgré une forte inflation, depuis 5 ou 6 ans.  Même s’il y a des écarts considérables par rapport à cette moyenne, la part des 143 millions de Russes qui accèdent à des modes de consommation semblables au nôtres, grimpe en flèche. Et puis, il faut aussi compter avec la curiosité du consommateur russe. Les Russes profitent autant qu’ils le peuvent de la liberté, encore neuve pour eux, de voyager à l’étranger. Ils en profitent pour découvrir de nouveaux produits. Du coup, la consommation traditionnelle de vodka diminue depuis plusieurs années au profit des spiritueux importés (cognac, whisky) ou de boissons à plus faible teneur en alcool (bière, vin). Ils découvrent aussi que beaucoup d’autres pays que la France (en dehors des vins bien connus ici de Géorgie et la Moldavie) produisent du vin et du bon vin.

 

On trouve aujourd’hui des produits du monde entier chez n’importe quel caviste de Moscou, Saint-Pétersbourg ou d’une métropole régionale, ce qui était totalement inimaginable il y a à peine 15 ans.

 

Tout cela sur fond de véritable frénésie de consommation : pas un mois ne passe sans qu’un nouvel hypermarché ouvre ses portes à Moscou et dans les capitales régionales. Dans le même temps, la consommation hors domicile se démocratise avec la multiplication des restaurants. Toutes ces évolutions ont bien entendu un impact fort sur le marché des vins et spiritueux.

 

Question n°2 : Alors la Russie est-elle le nouvel eldorado pour les vins français ?

 

Réponse : Les choses ne sont pas si simples.

 

D’une part il ne suffit pas qu’un marché existe pour que nous l’occupions et d’autre part le marché russe est à la fois très concurrentiel et très segmenté.

 

La place des différents exportateurs sur ce marché a beaucoup changé depuis 2005. La Moldavie et le Géorgie fournissaient jusqu’en 2006, 80 % du vin consommé par les Russes. Les mesures d’embargo dont ces deux pays ont été frappés ont ouvert la voie a des importations massives de vin en vrac à bon marché en provenance d’Argentine, d’Espagne et … dans une moindre mesure de France.

 

93% du volume de nos exportations de vin en Russie correspondent à des ventes de vins de table et vins de pays vendus à des prix très bas, et au total cela représente environ 40% de la valeur de nos exportations. A l’inverse, les VQPRD représentent 45% de la valeur de nos exportations de vins pour 6% du volume. A noter la belle progression du Champagne (malgré la poursuite des ventes du Champanskoyé russe) qui atteint maintenant 1 million de bouteilles vendues.

 

Il y a en fait trois marchés du vin en Russie : celui du luxe, avec des vins vendus en magasins plus de 1 000 roubles (30 euros) la bouteille, sur lequel nous occupons une place significative mais contestée, le marché du vin bas de gamme vendus à des prix inférieurs à 100 roubles la bouteille (moins de 3 euros), et  le secteur moyenne gamme qui croît le plus fortement et sur lequel nous perdons des parts de marché au profit des vins du nouveau monde et des vins espagnols et italiens dont la consommation est popularisée par le grand nombre de restaurants arborant ce drapeau et accessibles au revenus moyens, à la différence des restaurants français, peu nombreux et très chers.

 

Je ne peux pas non plus passer sous silence les contraintes réglementaires lourdes qui limitent l’accès au marché : certification coûteuse (la Russie applique en effet une norme qui lui est propre : le GOST-R), enregistrement du vin auprès des autorités douanières et fiscales (après dépôt d’une importante garantie bancaire), et enfin la mise en place d’une chaîne logistique relativement compliquée via les Pays Baltes (le passage de la frontière UE-Russie peut prendre plusieurs semaines, notamment avant les fêtes de fin d’année, stratégiques pour le secteur des vins et spiritueux).

 

Mais ces contraintes ne valent pas que pour les Français, elles pèsent aussi sur leurs concurrents.

 

Question n°3 : Jean-françois que peut-on faire pour améliorer la position des vins français sur le marché russe ?

 

Réponse : Les exportateurs français de vins et spiritueux peuvent gagner beaucoup d’argent sur ce marché à condition d’être prêts à faire les investissements commerciaux nécessaires et à y passer le temps qu’il faudra. Il faut à la fois une expérience des marchés internationaux et une taille critique permettant de faire ces investissements. Cette taille critique ne peut souvent être atteinte que par les plus grands groupes et négociants ou par des regroupements à l’exportation.

 

Il faut ensuite savoir sur quel segment de marché on souhaite se positionner : le haut de gamme avec nécessairement des volumes réduits et la nécessité de présenter un produit exclusif sur un segment très encombré ou les nouveaux entrants sont rares ; ou le marché de masse en pleine expansion grâce notamment au développement de la grande distribution, en n’oubliant pas que sur ce segment, le prix est essentiel - le coefficient de multiplicateur entre le prix départ France et le prix en rayon à Moscou est supérieur à 4 ! - et on situe plus dans une logique de marque ou de vins de cépage.

 

La concurrence internationale est forte et le consommateur russe moyen est très sensible aux effets de mode et aux campagnes de publicité. La promotion joue un rôle essentiel. En-dehors de Bordeaux (2/3 des ventes de vins d’appellation français) et de la Bourgogne, les autres bassins de production français sont quasiment inconnus en Russie. Je ne peux donc qu’inciter les représentants interprofessionnels et les régions à multiplier les actions de promotion collective en Russie, à sensibiliser importateurs et grand public à l’intérêt et la qualité de leurs produits. On est encore loin de ce qu’il faudrait faire ; à l’heure actuelle, les vins français ne disposent pas d’un seul bureau de représentation permanent en Russie.

 

 

Partager cet article

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article

commentaires

Alexis Peyverges 18/04/2008 09:29

"On est encore loin de ce qu’il faudrait faire ; à l’heure actuelle, les vins français ne disposent pas d’un seul bureau de représentation permanent en Russie." alors que les espagnols en particulier sont déjà présent depuis au moins 5 ans !!!!!! Les entreprises françaises  préfèrent les "voyages d'affaire".

alain laufenburger 18/04/2008 06:15

Soit, je continue à parier sur l'Inde. Mais il a raison sur un point majeur : seuls les acteurs de taille importante vont pouvoir mettre un pied sur ce marché.

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents