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14 avril 2008 1 14 /04 /avril /2008 00:09

Jean Clavel vient de publier un livre :  MONDIALISATION DES VINS - Vins INOQ OU Vins OMC ? aux éditions Féret il était donc normal que Vin&Cie l'espace de liberté le soumette à ses 3 Questions. Ses réponses devraient retenir votre attention et susciter votre intérêt. Dans une chronique du 18 décembre 2007 : Les Clavel : Jean, Maurice et Bernard "la vigne est éternelle " j'ai évoqué cette belle figure languedocienne. Un petit clic sur le lien et vous saurez tout ! Merci Jean pour ta contribution à ma petite entreprise.
 http://www.berthomeau.com/article-14655209.html


1ière Question : Dans l’introduction de votre livre : « Mondialisation des Vins » vous évoquez la réception par votre fils de « poche » de vin argentin de 300 hl transporté par container. En effet, le container, n’est pas qu’une simple boîte de tôle mais l’un des vecteurs physiques de la mondialisation, mais les flux vont dans les 2 sens : l’entreprise Castel, avec les mêmes moyens, transporte via le port de St Petersburg, du vin languedocien pour l’embouteiller dans son unité de conditionnement près de Moscou. Jean Clavel, pourquoi toujours avoir peur de l’intensification des échanges, surtout pour le vin dont la consommation se développe dans de grands pays ? N’est-ce pas là une preuve de notre incapacité à faire des choix pour redonner de la compétitivité (voir ma chronique : Vin français compétitivité en berne) à notre grand vignoble généraliste ? 
 

Réponse :  L’un de moyens techniques de la mondialisation du commerce est le container, résultat d’une rationalisation réussie des transports internationaux, ayant permis un abaissement considérable des coûts, des délais et des risques, sans rupture de charge entre le producteur et le distributeur, étape ultime vers le consommateur ou l’utilisateur potentiel. La France et Marseille, sont  très présent dans ce secteur, avec le Groupe CMA CGM fondé et dirigé par Jacques R. Saadé,  aujourd’hui le troisième armement mondial de transport maritime en conteneurs et le premier français. Fort d’une flotte de 377 navires, dont 101 en propriété, le Groupe dessert 400 ports dans le monde. Il a transporté 7.7 millions d’evp (équivalent vingt pieds) en 2007. Présent sur tous les continents et dans 150 pays via ses 650 agences, le groupe emploie 16 000 personnes dans le monde, dont 4 200 en France. Le système informatique centralisé à Marseille gère directement, par internet, le déchargement et le chargement des navires et connaît la position de chaque container dans chaque navire. Ceux-ci ne stationnent dans les ports équipés de matériels très puissants que quelques heures pour charger et décharger, et font route rapidement. Les chantiers coréens sont spécialisés dans la construction de ces navires dont les derniers modèles peuvent emporter 15 000 evp. La Chine est championne de la fabrication et l’entretien des millions de containers qui circulent dans le monde.

Je n’ai aucune peur ou crainte de l’intensification des échanges dans le monde, le commerce étant le meilleur antidote de la guerre, mal absolue de l’humanité. Mais je souhaite que l’on en connaisse et mesure tous les aspects, en particulier dans la concurrence entre pays dont les systèmes de fonctionnement de leur société sont si différent qu’il entraîne des écarts considérables de coûts de production, destructeurs d’emplois, et donc de vie sociale, familiale, dans nos pays dits « développés ».

Ceci étant, la part du commerce international des vins, par rapport à la récolte mondiale augmente sans cesse, et la concurrence  entre pays producteurs du nord et du sud, en est facilitée aussi. Le marché des vins français est relativement protégé contre cette concurrence, les vins étrangers ne représentant que quelques % de la consommation, mais cette situation pourrait évoluer rapidement, en fonction de politiques de communication plus dynamiques  vers les consommateurs plus jeunes (exemple les scénarios de  films mettant en scène le vin aux USA) 

Pour les vignerons français le seul développement possible est l’export vers les pays dont la consommation augmente, mais nous avons des progrès collectifs à faire dans l’organisation de la viticulture, et des freins administratifs considérables existent. L’exemple réussi de réforme vers la mondialisation est l’Espagne, qui a totalement décentralisé la politique viticole dans les régions, l’a libérée de certains carcans, et la protège contre les excès des ayatollahs de la santé publique, choses que nous ne savons pas faire. Le centralisme français continu de faire des ravages, on le constate dans la mise en place du système des bassins de production, dont l’objectif était de permettre les décisions plus près de la production, chose impossible dans l’état actuel.

 

 

2ième Question : Vous écrivez, cher Jean Clavel : « Je crois, en effet, que la viticulture traditionnelle familiale, celle des villages et celle des coopératives sont (sauf exceptions notables) gravement et durablement en difficulté… » Sans vouloir vous contredire, à la condition que les coopératives se recentrent sur leur métier de base : faire le vin, que la capacité de résistance et de rebond de notre viticulture est bien supérieure à celle d’une viticulture essentiellement capitalistique plus soumise aux caprices de la rentabilité immédiate ? Le refus obstiné de certains dans votre beau pays d’ouvrir un réel « espace de liberté » piloté par les metteurs en marché n’est-il pas plus meurtrier que les menaces des grandes wineries du Nouveau Monde ?

 

Réponse : Je vis au plus près de la production, tout en actualisant ma connaissance des marchés européens et mondiaux. Une partie de la viticulture française en coopérative et en cave particulière, constituée de TPE connaît des difficultés croissantes car elle est inadaptée au phénomène mondial, dont les compétiteurs sont des industriels ayant une puissance d’adaptation des produits, de communication et de marketing  sans limite, à l’exemple de Pernod Ricard, qui ambitionne de devenir le N° 1 mondial.

Dans le sud de la France, Languedoc-Roussillon, Vallée du Rhône, Provence, la coopération viticole représente plus de 50% de la production, 70% en LR. Ce système a accumulé un retard considérable sauf exceptions notables. Le système de gestion est en général obsolète, les adhérents vieillissants, les décisions longues à prendre, quand elles se prennent, souvent trop tard. La gouvernance de cette filière n’a pas la capacité de construire un avenir collectif. Je suis profondément attristé lorsque je constate la faillite (n’ayant pas peur des mots) de certaines caves coop importantes, qui avaient apparemment tout pour réussir, un terroir reconnu, des produits satisfaisants, le plus important employeur du village, et qui, subitement, n’ont pu accueillir la récolte 2007. Les demandes d’arrachage subventionné explosent et le prix du foncier s’effondre, c’est une réalité de tous les jours. Et l’OCM  2008 qui  libéralisera la plantation de vignes dans toute l’Europe donne une dimension nouvelle à cette problématique. Certains terroirs sont encore protégés!!! Quelques initiatives de fusion absorption de caves permettant la naissance d’unités à la technologie moderne, permettant l’abaissement des coûts de production, et la conclusion d’accords partenariaux avec des négociants exportateurs, aux marques dynamiques. Elles sont encore trop rares.

J’ai le sentiment qu’en dehors de quelques secteurs à la prospérité affirmée, Champagne, GC bordelais, Grands Bourgognes, Alsace,  et quelques secteurs à l’exemple de Châteauneuf du Pape, ou dans le Val de Loire, le reste de la viticulture française subit la mondialisation. 20% des vignerons en cave particulière ou en cave coopérative, (en dehors de ceux  qui sont cités ci-dessus) bénéficient de marchés de niche rémunérateurs et durables. Tous les autres doivent rechercher des solutions, soit individuelles de sortie du métier, soit collective d’adaptation

 

 

3ième Question : Vous avez été, Jean Clavel, en pointe de la contestation en ce qui concerne les réformes de l’INAO que vous jugez bureaucratiques et non concertées. Pourquoi ? Que fallait-il faire ? Ne rien faire ! En France le cartel des non a-t-il toujours le dernier mot ? L’INAO des origines est-il mort ?

 

Réponse : Je suis désolé de constater que cette réforme, sous certains aspects indispensable, est très mal partie, mal engagée, politiquement imposée, sans études préalables, sans consultation, sans concertation en dehors d’un petit groupe de présidents parisiens coupés de leur base, sans cohérence avec les réformes OCM de l’Union Européenne, sans tenir compte des engagements à l’OMC à Genève, ni des accords UE/USA sur les pratiques œnologiques. On commence à se rendre compte des blocages multiples que la complexité technocratique du système provoque. Ce que j’espère, c’est que l’habileté manœuvrière des administrations d’exécution  au plan local ou régional, évitera le blocage des activités de mise en marché, sur le marché national et l’export, et qu’on arrivera à lisser les augmentations de coût entraînées par la multiplication des structures administratives. Mais la démotivation des personnels d’exécution des services régionaux  et locaux lorsqu’ils constatent l’incohérence, l’irréalisme, le désordre, l’absence de réponses pratiques, dans les procédures de mise en place de la réforme, est un facteur d’aggravation des difficultés.

Nous étions quelques uns a en avoir anticipé l’importance, dont nous pressentions les causes, ayant, à la fois, une connaissance  des fondements juridiques, des pratiques administratives , de l’histoire viticole du pays dans ses aspects d’organisation, et de relation avec les pouvoirs publics, et des conditions d’exécution sur le terrain.

 L’Espagne nous donne des leçons dans ces domaines car elle a appliqué de façon pratique et dynamique pour la production et la mise en marché, aux plans régionaux, les mêmes directives européennes qui ont servi de fondement à la réforme INOQ française. Mais le centralisme français triomphe, encore, malheureusement toujours….

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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clavel 22/04/2008 10:54

Je n'ai pas répondu aussi bien que le souhaitais à 2 questions, l'une sur l'INAO, l'autre sur "l'Espace de liberté".Le changement politico économique de l'INAO devenu INOQ est radical, on le voit sur le terrain, le passage des agréments de vins AOC, à la certification ou à l'agrément de principe par un OI Organisme d'inspection se fait trés difficilement et ne sera pas prêt pour le 1° juillet 2008. Ce n'est pas un progrès, le situation est différente selon les appellations et les régions. Comme les contrôles approfondis des conditions de production, des équipements de cave, de conditionnements en vue des agréments de chaque filière des producteurs,  et de qualité à la consommation demandent des moyens importants, impossibles à réunir, la théorie selon laquelle le contrôle par la production associée à l'INAO était défaillant, sera contredit par le fonctionnement avenir du système. Les vignerons adhérents des anciens syndicats qui deviennent ODG se désintéressent, de l'ensemble, nous avions le 11 avril une AGO et E, destinée à préparer l'ensemble du dispositif qui s'ajoute pour les coteaux du Languedoc à une extension de l'aire à l'ensemble des AOC vins tranquiles du Languedoc-Roussilon, le quorum n'a pas été atteint même pas  pour l'AGO.... En ce qui concerne l'Espace de Liberté, je considère que la nouvelle OCM règle heureusement le problème, avec la naissance des vins sans IG, par application du dispositif OMC. Ce n'est pas encore opérationnel car la France a demandé la mise en place d'un dispositif permettant le suivi du produit de la production à la consommation. Mais lorsque ce sera pratiqué en 2009, on pourra développer des marques internationales sans problèmes réglementaires nationaux, ça permttra aussi aux producteurs individuels français de s'affranchir de règles nationales trop technocrative. !!!!Jean Clavel

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