Jean Clavel vient de publier un livre : MONDIALISATION DES VINS - Vins INOQ OU Vins OMC ? aux
éditions Féret il était donc normal que Vin&Cie l'espace de liberté le soumette à ses 3 Questions. Ses réponses devraient retenir votre attention et susciter votre intérêt. Dans une
chronique du 18 décembre 2007 : Les Clavel : Jean, Maurice et Bernard "la vigne est éternelle " j'ai évoqué cette belle figure languedocienne. Un petit clic
sur le lien et vous saurez tout ! Merci Jean pour ta contribution à ma petite entreprise.
http://www.berthomeau.com/article-14655209.html
1ière Question : Dans l’introduction de votre livre : « Mondialisation des
Vins » vous évoquez la réception par votre fils de « poche » de vin argentin de 300 hl transporté par container. En effet, le container, n’est pas qu’une simple boîte de tôle mais
l’un des vecteurs physiques de la mondialisation, mais les flux vont dans les 2 sens : l’entreprise Castel, avec les mêmes moyens, transporte via le port de St Petersburg, du vin
languedocien pour l’embouteiller dans son unité de conditionnement près de Moscou. Jean Clavel, pourquoi toujours avoir peur de l’intensification des échanges, surtout pour le vin dont la
consommation se développe dans de grands pays ? N’est-ce pas là une preuve de notre incapacité à faire des choix pour redonner de la compétitivité (voir ma chronique : Vin français
compétitivité en berne) à notre grand vignoble généraliste ?
Réponse : L’un de moyens techniques de la mondialisation du commerce est le container, résultat d’une rationalisation réussie des transports internationaux, ayant permis
un abaissement considérable des coûts, des délais et des risques, sans rupture de charge entre le producteur et le distributeur, étape ultime vers le consommateur ou l’utilisateur potentiel. La
France et Marseille, sont très présent dans ce secteur, avec le Groupe CMA CGM fondé et dirigé par Jacques R. Saadé, aujourd’hui le troisième armement mondial de transport maritime en conteneurs et le premier français. Fort d’une flotte de 377 navires, dont 101 en propriété, le
Groupe dessert 400 ports dans le monde. Il a transporté 7.7 millions d’evp (équivalent vingt pieds) en 2007. Présent sur tous les continents et dans 150 pays via ses 650 agences, le groupe
emploie 16 000 personnes dans le monde, dont 4 200 en France. Le système informatique centralisé à Marseille gère directement, par internet, le déchargement et le chargement des navires et
connaît la position de chaque container dans chaque navire. Ceux-ci ne stationnent dans les ports équipés de matériels très puissants que quelques heures pour charger et décharger, et font route
rapidement. Les chantiers coréens sont spécialisés dans la construction de ces navires dont les derniers modèles peuvent emporter 15 000 evp. La Chine est championne de la fabrication et
l’entretien des millions de containers qui circulent dans le monde.
Je n’ai aucune peur ou crainte de l’intensification des
échanges dans le monde, le commerce étant le meilleur antidote de la guerre, mal absolue de l’humanité. Mais je souhaite que l’on en connaisse et mesure tous les aspects, en particulier dans la
concurrence entre pays dont les systèmes de fonctionnement de leur société sont si différent qu’il entraîne des écarts considérables de coûts de production, destructeurs d’emplois, et donc de vie
sociale, familiale, dans nos pays dits « développés ».
Ceci étant, la part du commerce international des vins, par
rapport à la récolte mondiale augmente sans cesse, et la concurrence entre pays producteurs du nord et du sud, en est facilitée aussi. Le marché des
vins français est relativement protégé contre cette concurrence, les vins étrangers ne représentant que quelques % de la consommation, mais cette situation pourrait évoluer rapidement, en
fonction de politiques de communication plus dynamiques vers les consommateurs plus jeunes (exemple les scénarios de films mettant en scène le vin aux USA)
Pour les vignerons français le seul développement possible est
l’export vers les pays dont la consommation augmente, mais nous avons des progrès collectifs à faire dans l’organisation de la viticulture, et des freins administratifs considérables existent.
L’exemple réussi de réforme vers la mondialisation est l’Espagne, qui a totalement décentralisé la politique viticole dans les régions, l’a libérée de certains carcans, et la protège contre les
excès des ayatollahs de la santé publique, choses que nous ne savons pas faire. Le centralisme français continu de faire des ravages, on le constate dans la mise en place du système des bassins
de production, dont l’objectif était de permettre les décisions plus près de la production, chose impossible dans l’état actuel.
2ième Question : Vous écrivez,
cher Jean Clavel : « Je crois, en effet, que la viticulture traditionnelle familiale, celle des villages et
celle des coopératives sont (sauf exceptions notables) gravement et durablement en difficulté… » Sans vouloir vous contredire, à la condition que les coopératives se recentrent sur leur
métier de base : faire le vin, que la capacité de résistance et de rebond de notre viticulture est bien supérieure à celle d’une viticulture essentiellement capitalistique plus soumise aux
caprices de la rentabilité immédiate ? Le refus obstiné de certains dans votre beau pays d’ouvrir un réel « espace de liberté » piloté par les metteurs en marché n’est-il pas plus
meurtrier que les menaces des grandes wineries du Nouveau Monde ?
Réponse : Je vis au plus près de la production, tout en actualisant ma
connaissance des marchés européens et mondiaux. Une partie de la viticulture française en coopérative et en cave particulière, constituée de TPE connaît des difficultés croissantes car elle est
inadaptée au phénomène mondial, dont les compétiteurs sont des industriels ayant une puissance d’adaptation des produits, de communication et de marketing sans limite, à l’exemple de Pernod Ricard, qui ambitionne de devenir le N° 1 mondial.
Dans le sud de la France, Languedoc-Roussillon, Vallée du
Rhône, Provence, la coopération viticole représente plus de 50% de la production, 70% en LR. Ce système a accumulé un retard considérable sauf exceptions notables. Le système de gestion est en
général obsolète, les adhérents vieillissants, les décisions longues à prendre, quand elles se prennent, souvent trop tard. La gouvernance de cette filière n’a pas la capacité de construire un
avenir collectif. Je suis profondément attristé lorsque je constate la faillite (n’ayant pas peur des mots) de certaines caves coop importantes, qui avaient apparemment tout pour réussir, un
terroir reconnu, des produits satisfaisants, le plus important employeur du village, et qui, subitement, n’ont pu accueillir la récolte 2007. Les demandes d’arrachage subventionné explosent et le
prix du foncier s’effondre, c’est une réalité de tous les jours. Et l’OCM 2008 qui libéralisera la
plantation de vignes dans toute l’Europe donne une dimension nouvelle à cette problématique. Certains terroirs sont encore protégés!!! Quelques initiatives de fusion absorption de caves
permettant la naissance d’unités à la technologie moderne, permettant l’abaissement des coûts de production, et la conclusion d’accords partenariaux avec des négociants exportateurs, aux marques
dynamiques. Elles sont encore trop rares.
J’ai le sentiment qu’en dehors de quelques secteurs à la
prospérité affirmée, Champagne, GC bordelais, Grands Bourgognes, Alsace, et quelques secteurs à l’exemple de Châteauneuf du Pape, ou dans le Val de
Loire, le reste de la viticulture française subit la mondialisation. 20% des vignerons en cave particulière ou en cave coopérative, (en dehors de ceux qui sont cités ci-dessus) bénéficient de marchés de niche rémunérateurs et durables. Tous les autres doivent rechercher des solutions, soit individuelles de
sortie du métier, soit collective d’adaptation
3ième
Question : Vous avez été, Jean Clavel, en pointe de la contestation en ce qui concerne les réformes de l’INAO que vous jugez bureaucratiques et
non concertées. Pourquoi ? Que fallait-il faire ? Ne rien faire ! En France le cartel des non a-t-il toujours le dernier mot ? L’INAO des origines est-il
mort ?
Réponse : Je suis désolé de constater que cette réforme, sous certains
aspects indispensable, est très mal partie, mal engagée, politiquement imposée, sans études préalables, sans consultation, sans concertation en dehors d’un petit groupe de présidents parisiens
coupés de leur base, sans cohérence avec les réformes OCM de l’Union Européenne, sans tenir compte des engagements à l’OMC à Genève, ni des accords UE/USA sur les pratiques œnologiques. On
commence à se rendre compte des blocages multiples que la complexité technocratique du système provoque. Ce que j’espère, c’est que l’habileté manœuvrière des administrations
d’exécution au plan local ou régional, évitera le blocage des activités de mise en marché, sur le marché national et l’export, et qu’on arrivera à
lisser les augmentations de coût entraînées par la multiplication des structures administratives. Mais la démotivation des personnels d’exécution des services régionaux et locaux lorsqu’ils constatent l’incohérence, l’irréalisme, le désordre, l’absence de réponses pratiques, dans les procédures de mise en place de la réforme,
est un facteur d’aggravation des difficultés.
Nous étions quelques uns a en avoir anticipé l’importance, dont
nous pressentions les causes, ayant, à la fois, une connaissance des fondements juridiques, des pratiques administratives , de l’histoire viticole du
pays dans ses aspects d’organisation, et de relation avec les pouvoirs publics, et des conditions d’exécution sur le terrain.
L’Espagne nous
donne des leçons dans ces domaines car elle a appliqué de façon pratique et dynamique pour la production et la mise en marché, aux plans régionaux, les mêmes directives européennes qui ont servi
de fondement à la réforme INOQ française. Mais le centralisme français triomphe, encore, malheureusement toujours….
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