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Mardi 1 avril 2008 2 01 /04 /Avr /2008 00:01

À l’attention de ceux qui sont en charge de l’avenir de la viticulture

 

Je suis vénère.

Avant que le quarteron de vos permanents ne vous fournit l’argumentaire en défense où il sera mis en exergue que l’étude coordonnée par PAN-Europe 
http://www.mdrgf.org/pdf/Rapport_vin_pesticide_fr.pdf 
s’appui sur un échantillon ridiculement faible : 40 bouteilles de vin rouge pour l’ensemble de L’UE dont 34 pour la viticulture qualifiée, soit de traditionnelle ou d’intensive, et 6 pour la biologique, si je puis dire, le mal est fait. Les titres assassins pleuvent comme à Gravelotte : 
    
- TV5 Monde
     
http://www.agoravox.tv/article.php3?id_article=20018 
     cliquez vous allez être surpris chers lecteurs.

     
  nos amis de Que choisir ? titrent Vin "cuvée pesticides"


     -   100% des vins conventionnels testés sont contaminés ;

-         «  Votre vin est bourré de pesticides… » titre le site La vie à meilleur goût ;

-         Niveau de contamination : 5800 fois plus élevés que l’eau potable !

-         Risques pour la santé : molécules cancérigènes, toxiques du développement ou de la reproduction, perturbateurs endocriniens ou encore des neurotoxiques ;

-         Utilisation intensive = contamination généralisée la vigne 3% de la SAU mais 20% des pesticides utilisés ;

-         Pesticides dans les aliments, une préoccupation majeure des consommateurs européens, étude Eurobaromètre en 2005 pour 71% des personnes interrogées c’est la première préoccupation.

 

C’est une attaque contre l’Ancien Monde du vin : « Le monde du vin est dominé par l’Europe : un continent qui produit et consomme plus des 2/3 de l’offre mondiale. La viticulture génère environ 28 milliards de litres * de vin chaque année – dont 68,6% sont produites en Europe. L’Italie, la France et l’Espagne sont les leaders mondiaux de la production de vin. Ces pays représentent plus de 50% de la production mondiale. » Le sous-entendu implicite est que nos concurrents du Nouveau Monde, eux, sont nickel propre.

 

*l’utilisation du litre comme unité de mesure permet de chiffrer en milliard ce qui est plus destroy.

 

C’est un appel du pied aux hygiénistes prohibitionnistes : « À noter que les français boivent davantage de vin par tête d’habitant que n’importe quel autre pays, une moyenne de plus d’un litre par semaine. Par habitant, les européens boivent cinq fois plus de vin que les autres consommateurs. »

 

La référence à l’étude faites en 2005, sous l’égide du Ministère de l’Agriculture, dans l’ensemble des 13 régions viticoles de France portant sur 14 ans et 1316 échantillons est meurtrière. « L’étude française a conclu que 30% des pesticides inclus dans l’analyse pourraient être transférés dans les vins, et a identifié 15 pesticides « systématiquement » détecté à la fois dans le raisin et le vin. Ces 15 pesticides comprennent 7 fongicides synthétiques lié à des dangers spécifiques pour la santé humaine. » Les auteurs ironisent en soulignant que l’étude française présente « en quelque sorte les meilleurs des cas » car les producteurs inclus dans l’étude étaient incités à suivre des bonnes pratiques agricoles.

 

La référence à des études « montrent que les personnes travaillant dans les vignes et qui sont exposés aux pesticides ont de plus grande incidence de rhinite allergique, de problèmes respiratoires, de certains cancers et d’anomalies chromosomiques, ainsi qu’une altération des capacités neurologiques, voire un risque de développer des maladies neurovégétatives. » procède de l’amalgame le plus total, procédé cher à la manipulation des groupuscules et des sectes. Je vous conseille la lecture de la page 12 du rapport : c’est édifiant.

 

Il n’est pas non plus innocent que les bouteilles françaises de l’échantillon soient issues d’appellations au nom prestigieux : Auxey Duresse, Santenay Premier Cru, Mercurey Premier cru, Pessac-Léognan cru classé, St Estèphe cru classé, Pomerol et Lalande de Pomerol. « Mais que fait la CNAOC ! Elle défend ses adhérents mon bon monsieur… » Je rie jaune face à l’impéritie.

 

Ceci étant écrit, je ne fais pas chorus avec les auteurs de l’étude mais je regrette l’inertie de ceux qui s’autoproclament les premiers défenseurs du terroir et qui, à l’exception de certains qui se sont attelés au difficile et obscur chantier de la viticulture raisonnée - le consommateur ignore totalement ce concept, pour les plus engagés seul le bio a un contenu médiatiquement positif - , n’ont à aucun moment poussé à ce que cette question des pesticides fasse l’objet d’une action d’envergure.

 

Et pourtant ce n’est pas faute d’avoir tiré la sonnette d’alarme :

 

En 2001, dans mon fichu rapport j’écrivais :

« Ainsi, pour moi :

1° Les 4 objectifs du «Nouvel Elan des Vins Français pour 2010»*  pourraient être :

 

a) devenir leader en matière de pratiques respectueuses de l’environnement ;

 

b) intégrer le vin dans la culture de nos principaux pays clients ;

 

c) rester le pays fournisseur prééminent du marché mondial ;

 

d) renforcer la communication entre les viticulteurs et les entreprises, et la communication auprès du grand public. »

 

* l’ancêtre de Cap 2010

 

C’est le plus beau bide de ma longue carrière, à l’exception notable de mes amis de SEVE, personne ne m’a suivi sur ce terrain. Sur ce blog, le 13 février 2006, j'ai écrit à Marion Guillou : "Chère Marion"
 http://www.berthomeau.com/article-1864366.html

Extrait : "Cherchons
chercheurs ! tel pourrait-être l'objet de ma requête. C'est un peu provocateur, mais vous me connaissez, chère Marion, j'ai toujours été un disciple du parler vrai, même si cela dérange les conformismes, les conservatismes de tout poils, l'important est d'aborder sans tabou les questions difficiles, de tenter d'y répondre, de donner les éléments de choix porteurs d'avenir. Alors sur beaucoup de sujets, qu'ils soient techniques : les pesticides entre autres;"

Je sais qu'en remuant le passé je vais rajouter une couche à ma réputation de ramenard qui donne des leçons à tout le monde mais je vous avoue que je m'en tamponne car le sujet est bien trop grave pour que l'on continue à le laisser entre des mains aussi peu précautionneuses.

Que nous le voulions ou non, le consommateur a toujours raison et le succès de Nicolas Hulot, du Grenelle de l'environnement, des questions  touchant à l'agriculture durable, auprès de beaucoup de nos concitoyens, des plus jeunes tout particulièrement, doivent nous inciter au travail collectif.
Vite !
Sortons de nos cénacles, soyons en phase avec l'attente de ceux que nous voulons conquérir, cessons d'entonner nos vieilles antiennes, arrêtons de nous plaindre de ceux qui nous veulent du mal. Ne donnons pas d'armes à nos concurrents du Nouveau Monde que nous toisons trop souvent de notre mépris de gens respectueux des pratiques traditionnelles.
 Agissons !
Ayons une stratégie claire et adressons-nous à l'opinion publique en lui montrant que nous avons entendu le message.

Moi je suis toujours disponible pour aider.

Bien à vous avec mon bon vieux souvenir de "petit rapporteur".

Jacques Berthomeau

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Commentaires

Comme tu as raison, Jacques, comme tu as raison.....
Ce problème me rappelle une anecdote il y a 15 ans maintenant. Ma soeur a la chance d'être chef d'unité dans un laboratoire départemental où sa mission est d'analyser à longueur de journée de l'eau. Un jour elle m'appelle affolée ... elle venait d'analyser, sur demande de la DDCCRF, quelques échantillons de vins. Bien entendu, elle a trouvé des résidus de pesticides dans les vins mais à des niveaux dépassant le cadre de l'entendement. Sa seule question : pourquoi avez-vous le droit de mettre à la consommation un produit qui contient des résidus de pesticides à un niveau 1500 fois plus important que le niveau de potabilité de l'eau? bonne question.....
Je suis certain que depuis 15 ans les pratiques ont évolué dans le bon sens dans le vignoble. Bien entendu, il reste encore beaucoup à faire.
A cette époque, la seule réponse des Pouvoirs Publics à ce problème a été la rédaction d'un projet d'arrêté ministeriel fixant des limites maximales de résidus dans les vins (logique : à un problème donné, l'Etat ne sait répondre que par une circulaire, une norme, un arrêté, un décret , une loi...). Nous avons combattu ce projet pour deux raisons :
- si limites il doit y avoir, elles ne peuvent se concevoir que sur un plan international (OIV) et appliquées aussi à nos concurrents
- le projet fixant environ une vingtaine de limites, il obligeait l'ensemble des opérateurs à procéder pour tous les lots, pour tous les vins à de nombreuses analyses aux coûts très élevés.
Notre organisation professionnelle avait proposé à cette époque une autre forme d'engagement: un contrat national tripartite entre l'Etat, les Régions et les producteurs sur deux aspects environnementaux incontournables et prioritaires dans la filière viticole que sont le traitement des effluents viticoles et les produits phytosanitaires.
15 ans après nous en sommes presque au même point.
Commentaire n°1 posté par Eric ROSAZ le 01/04/2008 à 14h23
ça va faire mal!!!!C'est un problème trés important pour l'avenir de la filière vin française. Si on ajoute le réchauffement climatique....
Nos syndicats s'occupent de règlements adminisitratifs à plein temps, ils oublient tout le reste. Aucune réaction.
J'ai proposé dans mon dernier livre, pour sauver la viticulture familiale, une orientation dynamique vers le Bio, par une démarche collective au niveau d'une appellation communale, d'une coopérative de production, d'un ensemble régional.
Espérons !!!!Jean Clavel 
Commentaire n°2 posté par Jean Clavel le 01/04/2008 à 16h23
Bonjour, Après quelques années de crise de la filière qui ont laissé bon nombre de trésoreries exangues,c'est la cerise sur le gateau....
Je n'ose imaginer le visage de la France Viticole au sortir du futur plan d'arrachage européen!!!Une bonne partie de la viticulture reposera en paix,les racines en l'air,on n'emmerdera plus personne....
Les vignerons qui vont mourir vous saluent bien.
Commentaire n°3 posté par gus le 02/04/2008 à 00h06
Well, je partage ta fureur contre la partialité de l'étude et surtout contre les gros titres dont les médias se gobergent. Reste que j'étais surpris du "greening effect" senti lors de Vinexpo 2007 : tout le monde y allait de cet impératif en ces temps de prise de conscience de l'impact environnemental sur nos chers nectars. Il serait bon que les producteurs (y compris les Coop qui ont fait ce virage pour certaines depuis longtemps) puissent revendiquer dans l'aval de la filière leurs efforts méritoires. Si le négoce pouvait écarter ses oeillères tout irait plus vite, voire mieux. A la tienne.
Commentaire n°4 posté par alain laufenburger le 02/04/2008 à 21h24
Sauf à accuser le négoce d'avoir la peste, je ne vois pas le lien entre pesticides et négoce.
Commentaire n°5 posté par michel-laurent pinat le 03/04/2008 à 10h08
A ML Pinat : il ne s'agit pas d'accuser le négoce d'avoir la peste mais juste de reconnaître que pour certains, voire la majorité, ils ne "savent" pas traiter la demande de vins bio qui pourtant existe maintenant et de façon non anecdotique sur un certain nombre de marchés décisifs hors France. Par ouvrir les oeillères, je suggère aux négociants de se mettre à l'écoute des consommateurs de chacun de ces marchés (et pas seulement de leurs clients) ou juste de lire les très bonnes études faites par le CIVB ou l'Oniflhor...
Commentaire n°6 posté par alain laufenburger le 03/04/2008 à 17h15

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