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               Vin&Cie, l'espace de liberté

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La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

Samedi 29 mars 2008 6 29 /03 /Mars /2008 00:00
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" Quand à la montée vers la "campagne du champagne", elle rentrera dans l'Histoire comme une offensive dont la tactique fut directement influencée par des considérations oenologiques. Le général Lucien de Montsabert prit soin de réserver à ses troupes la rive droite du Rhône où poussent les meilleurs vignobles. Les Américains étaient assignés rive gauche. Ce n'était pas un hasard. Le général français confia les secrets de sa manoeuvre à Wynford Vaughan-Thomas." Un jour, un historien remarquera que les forces américaines n'ont jamais approché un vignoble réputé. En revanche, si l'on suit les mouvements de l'armée française, elle s'est rapidement emparée de Tavel. Après s'être assurée de la qualité du rosé, elle a courageusement attaqué Châteauneuf-du-Pape, avant de faire tomber la Côte Rôtie par une brillante manoeuvre sur le flanc."
Le correspondant britannique a capté l'esprit de cette campagne dans un savoureux petit livre intitulé Comment j'ai libéré la Bourgogne. Il y rapporte un échange qu'il eut avec un général américain soucieux qui se perdait en conjectures sur l'étrange comportement des combattants français :
- Thomas, on m'a dit que vous retourniez cet après-midi chez ces mangeurs de grenouilles. J'ai le sentiment qu'ils font tout pour nous ralentir, et je ne parviens pas à comprendre leurs raisons. Pour le moment, nous ne parvenons pas à les faire décoller de cette localité, Chalon-je-ne-sais-quoi.
Or, Chalon-je-ne-sait-quoi était en fait Chalon-sur-Saône, la porte de la Côte-d'Or. Ce qui ne signifie pas pour autant que les Français étaient ivres morts, mais tout simplement ils traînaient des pieds, afin d'éviter d'avaoir à mener des combats dans le vignoble. Un peu plus tard dans la journée, un officier du renseignement français fournit la clef de l'explication au journaliste :
- Imaginez une bataille de chars au milieu des grands crus ! La France ne nous l'aurait jamais pardonné. Nous n'avons pas oublié 1870. En 1870, en effet, les troupes allemandes avaient détruit les vignobles de la tâche, romanée-conti et richebourg. 
Ub jeune officier fit irruption dans la pièce. Le visage radieux, il prit à peine le temps de saluer son supérieur.
- Grande nouvelle, mon colonel, nous avons trouvé des points faibles dans les défenses allemandes. Tous situés sur des crus secondaires.
Le général de Montsabert en fut rapidement informé et l'attaque fut lancée.
- En vingt-quatre heures, les Allemends furent ainsi expulsés de Bourgogne, poursuit Vaughan-Thomas. Nous crisions bien, ici et là, un pont ou une maisondétruits. Mais c'était un détail, en regard du vignoble intact qui s'étendait devant nous sur des kilomètres. 
Dans son ouvrage, il tirait cette morale : " Le temps adoucit souvent les disputes des hommes. Même l'histoire des guerres acquiert avec les années un certain velouté, tout comme un bourgogne 1949."
 

Ce texte étonnant est extrait du livre de Don et Petie Kladstrup " La guerre et le vin " publié en 2002 chez Perrin qui aborde le pillage de notre vignoble par l'occupant allemand, au même titre que les musées et les collections d'art privées. Les Weinfürers, choisis dans le monde du négoce des vins allemands, vont faire à Bordeaux, en Bourgogne, en Champagne, vont " en tant que Beauftragter für den Wein-import aus Frankreich (agents d'importation du vin français) était d'acheter autant de grands vins que possible afin de les envoyer en Allemagne où ils seraient aussitôt revendus sur le marché international avec un gros profit,contribuant à financer les dampagnes du Reich. " N'oublions pa s que Ribbentrop représentait les maisons Mumm et Pommery en Allemagne avant la guerre, que Goebbels appréciaient les grands bourgognes et Goering préfèrait le Bordeaux. A lire par les amateurs d'Histoire et de vin. 
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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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