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11 mars 2008 2 11 /03 /mars /2008 00:01
Alfred_Tesseron_Portrait.jpg
 
Ma chronique d'hier vous l'annonçait, Alfred Tesseron a accepté de répondre à mes 3 questions, je l'en remercie chaleureusement.
 
Nous nous sommes jamais rencontré mais, lorsqu'il évoque dans sa réponse à ma première question, ses rapports avec son père, le souvenir du mien face à mon intraitable grand-père Louis me revient, voisinage de la Vendée et de la Charente, même rapports entre générations. Admiratif, je le suis, face à la passion, au travail patient, à cette volonté constante de faire mieux, de repousser la facilité, de toujours progresser.
 
Ma plume, que l'on dit trop incisive, inutilement provocatrice, sait aussi parfois trouver les mots dont il faut parer la réussite : le château Pontet-Canet, plus encore qu'au temps où j'en avais fait mon quotidien, est pour moi l'exemple de ce notre "génie" et notre travail peut faire pour que notre pays "moyen", la France, cultive sa différence et garde son rang dans notre monde mondialisé.

1ière Question : A propos du film documentaire « Pontet-Canet les 4 saisons » d’Arnaud Ducoux j’ai noté deux phrases : la première « mettre en valeur le travail et la passion du château Pontet-Canet, dévoués à la naissance d’un grand cru classé, en mélangeant esthétisme et émotion, dans le respect de ses traditions ! » et la seconde « l’idée était de faire un film non élitiste, permettant tant aux professionnels de pouvoir confirmer les qualités exceptionnelles de ce 5ème cru classé, mais aussi de faire découvrir auprès d’un public moins initié toute la dimension de ce château prestigieux ! » Alors, Alfred Tesseron : travail et passion, une approche non élitiste, respect des traditions… ce sont vos valeurs celles qui vous ont guidé pour faire du château Pontet-Canet ce qu’il  est aujourd’hui : une belle réussite « On ne saurait trop souligner le travail extraordinaire du propriétaire Alfred Tesseron qui a lui-même présidé à la transformation radicale de la qualité des vins de Pontet-Canet depuis 1994. » comme l’écrit un connaisseur.
 
Expliquez-nous Alfred Tesseron.
 
Réponse d'Alfred Tesseron :
 
Tout le travail réalisé à Pontet-Canet est celui d’une équipe soudée avec qui je partage les mêmes valeurs. Avec le Régisseur, Jean-Michel Comme, nous partageons la même passion pour la vigne et le travail bien fait. Nous formons une bonne équipe depuis plus de 19 ans et grâce à ce travail et cette compréhension mutuelle, nous avons pu améliorer la qualité des vins de Pontet-Canet.

Il faut de la passion car nous avons eu des périodes difficiles, notamment lorsque mon père, qui était d'une autre génération ne comprenait pas les efforts et les sacrifices que je souhaitais pour monter la qualité. Nous avons toujours essayé de respecter les objectifs que nous nous étions fixés, quelque soit les difficultés rencontrées. Parfois, il a fallu plusieurs années mais on a gardé le même cap. Nous n'avons jamais cédé à la facilité.

Quelques exemples sont significatifs.

Tout d'abord, la réhabilitation du cuvier en bois : nous avons changé 16 cuves sur plusieurs années. Malgré ces investissements lourds, nous avons gardé les mêmes priorités même si d’autres pouvaient se dessiner ailleurs certaines années.

Dès 1998, nous avons pensé à ce qu'il y avait techniquement de mieux pour le respect du raisin et nous avons mis en place la récolte en petites cagettes. Alors que le système était encore rarement égalé, nous l'avons amélioré plusieurs fois, toujours au seul profit de la qualité du vin que nous produisons.

Enfin, il ne faut jamais oublier le travail qui doit être à la hauteur des objectifs fixés.

Pour réussir, il faut être sur le terrain, tout le temps. Un vignoble livre tous ses secrets au compte-goutte. Parfois, on passe des années à un endroit avant de découvrir un élément qui va nous aider à comprendre un peu mieux le terroir. Tous les jours, on progresse un peu, même si on ne s'en rend pas compte.

Je n'oublie pas non plus la promotion qui constitue une part importante de mon activité. Il ne sert à rien de faire du bon vin si personne ne le sait! Cela me permet également de bien ressentir la distribution de mes vins et de connaître les attentes des professionnels et des consommateurs.
 
2ième Question : Le respect de la vigne, intervenir le moins possible, mais le plus naturellement possible dans les vignes, remettre les façons culturales et le travail du sol à l’honneur : l’arrivée des trois chevaux de race bretonne à Pontet-Canet « n’est pas un retour en arrière, ni la recherche d’une vision folklorique mais un véritable pari sur l’avenir qui nous oblige à adapter le travail du cheval aux contraintes modernes. » dites-vous, tout désherbant chimique est banni, la protection de l’environnement et l’intégrité de la plante sont au cœur de vos préoccupations. La vigne retrouve son équilibre, elle régule seule ses rendements. Vous respectez à la fois la vie de la plante et la vérité du terroir, en tendant vers une pureté naturelle du vin.
Alfred Tesseron ce retour aux sources de l’AOC est-il un privilège réservé aux GCC ou peut-on en faire la règle pour le plus grand nombre ?

Réponse d'Alfred Tesseron :
 
Je ne tiens pas à me placer sur le plan des AOC ou des moyens financiers pour commenter notre évolution technique. C'est avant tout une question de sensibilité.
 
Les changements ne sont pas venus brutalement. Ils sont le fruit d'un lent processus qui a débuté il y a une quinzaine d'années. 

Nous pensons que l'amélioration de la qualité que nous avons connue depuis 20-25 ans notamment à Bordeaux ne peut que nous amener à un palier si on conserve toujours les mêmes "recettes". Depuis quelques années, Jean-Michel "épure" sa viticulture de toute action agressive pour revenir aux fondamentaux qui ont conduit à la suppression du rognage, de l'effeuillage et des vendanges vertes, qui ne sont plus que des actions chirurgicales. C'est une viticulture ambitieuse mais complexe à mettre en œuvre.
 
Si on veut progresser encore, il faut réellement s'intéresser au terroir; ce qui n'a pas toujours été le cas dans le passé. Pour cela, il faut d'abord le comprendre puis le respecter. Les vrais gains de qualité à venir devront obligatoirement passer par lui, c'est-à-dire par des actions visant à redonner de la vie au sol. Un sol vivant donnera des ceps de vigne en "meilleure santé" qui eux-mêmes produiront  des "bons" raisins  et donc des vins de meilleure qualité.
 
Bien-sûr, en agissant de façon subtile sur le sol, il ne faut pas s'attendre à des effets spectaculaires instantanés sur les vins. Les futurs vins ne seront pas plus puissants, plus aromatiques, … Nous espérons au contraire obtenir un fruit plus complexe, des tanins plus fins, une belle fraîcheur,… mais à quelle échéance ?

L'arrivée des chevaux doit être replacée dans ce contexte d'actions à long terme. Il convient d'arrêter d'agresser les sols comme nous avons pu le faire pendant des années avec une accélération récente.

Il est évident que depuis 1950, les contraintes sociales ont beaucoup évolué et il faut intégrer cette réalité comme pilier incontournable dans le projet. Nous partons donc d'une page blanche ou presque.

Il y a un an que nous mûrissons ce "retour vers le futur" en passant en revue dans notre tête toutes les contraintes mécaniques, humaines,… qui sont susceptibles de se poser à nous.

La situation actuelle n'est que transitoire. Si tout fonctionne, on prévoit de l'étendre progressivement à l'ensemble du domaine. Dans le cas contraire, on en tirerait les conséquences pour revenir à des méthodes plus "classiques », mais nous mettons tout en œuvre pour réussir.
 
3ième Question : Alain-Dominique Perrin déclare à la RVF « L’afflux de liquidités déchaîne les passions : on vend des œuvres d’art à quatre fois le prix, du vin à dix fois le prix, tout s’emballe. Mais cela s’arrêtera un jour. Les grands bordeaux à 1250 euros, même à 800, même à 400 euros la bouteille, un jour, cela s’arrêtera. » Il ajoute « le consommateur, derrière, paie 80 fois le prix de revient ! Savez-vous que dans la haute joaillerie, les plus grandes marques ne multiplient que par 17 ? »
 
Alfred Tesseron qu’en pensez-vous ?

Réponse d'Alfred Tesseron

J’espère avoir la chance de connaitre Monsieur Alain-Dominique Perrin, qui, à mes yeux, a su faire de Cartier une marque mondialement reconnue dans la haute joaillerie.
 
La viticulture de haut niveau demande du temps, beaucoup de temps, de passion, d’investissements, et comme tout, un peu de chance et avant tout un grand terroir. Seuls quelques domaines peuvent prétendre à des vins d'exception. Il pense y arriver seul, l’avenir nous le dira. 
 
Je ne me vois pas commencer un nouveau métier en critiquant ouvertement des réussites incontestées du secteur. Il y a des amoureux du vin qui goutent et savent apprécier les Grands Vins à leur juste valeur, comme des amateurs d’art, de bijoux, de voiture, de haute couture…

Le prix des Grands Vins n’est jamais artificiel : L'offre est très limitée, la demande mondiale forte et les prix flambent.

Cela ne remet cependant pas en question le sérieux de vignerons qui sur des terroirs plus difficiles produisent de bons vins.

En achetant Pontet-Canet en 1975, mon père a fait un pari osé qui n'était pas gagné d'avance. J'en suis maintenant copropriétaire avec mon frère Gérard et je mesure la chance qui est la mienne. 

Actuellement, je ne pourrai pas m'offrir un tel cru.

J'invite Monsieur Perrin à nous rendre visite afin qu'il constate par lui-même le caractère magique de ces grands terroirs bordelais.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

pphilippe 11/03/2008 08:17

magnifique ! Pour réussir, il faut être sur le terrain, tout le temps. Un vignoble livre tous ses secrets au compte-goutte (...) Le respect de la vigne, intervenir le moins possible, mais le plus naturellement possible dans les vignes,(...)

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