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               Vin&Cie, l'espace de liberté

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La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

Dimanche 23 mars 2008 7 23 /03 /Mars /2008 00:03

     

Dans la cour de la gendarmerie de Coye-la-Forêt j’avais entraîné Bourrassaud et Gendron sous l’auvent de la remise à vélos. Avec un aplomb, qui me stupéfiait moi-même, je proposai à l’adjudant-chef Gendron de rédiger deux procès-verbaux : l’un, que nous garderions par devers nous, relatant la réalité des évènements, l’autre, la version officielle, copie conforme des exigences de cette vérole de Mignon, dormirait dans les archives. J’ajoutai, pour emporter leur assentiment, qu’il s’agissait pour nous d’une assurance-vie. C’était une affaire d’Etat et que ce type de précaution nous servirait de monnaie d’échange face au pouvoir si un fouille-merde quelconque de la presse se mettait en tête de mettre son groin dans les petites affaires du fourgue de missiles. Et de conclure, froidement, que les morts subites et en chaîne faisaient parti du quotidien des services Action. Bourrassaud se grattait les couilles, ravi. Le gendarme Gendron, perplexe, soulevait son képi pour s’éponger le front avec un grand mouchoir à carreaux. « Et mon trou du cul de machin chose de la Reynardière, j’en fait quoi ?
-         Rien ! Ce monsieur aux mains propres, comme ce cher Mignon, va jouer au Ponce-Pilate…
-         Et mon collègue Buchou qu’est plus con que la moyenne je lui dis quoi ?
-         Rien ! Si, que les ordres viennent d’encore plus haut et qu’il a intérêt à fermer son clapet sinon les mecs cagoulés du Puma lui offriront un baptême de l’air…
-         Bordel de merde c’est pire que d’avoir un essaim de frelons au cul cette affaire. Z’en pensez quoi, vous, commissaire ?
-         Que Benoît est un sage. Quand on est dans la fosse aux lions mieux vaut se préparer au pire.
-         Bon, puisque vous le dites, on va faire comme ça. Quand je vais dire ça à ma femme elle ne va pas en revenir…
Bourrassaud le prenait par l’épaule, paternel, et le morigénait. « Adjudant, même si elle vous bouffe la queue jusqu’à plus soif votre femme, ou même si elle vous promet de se faire défoncer la rondelle comme vous en mourrez d’envie depuis que vous l’avez épousé, bouclez-là, sinon il ne nous restera plus qu’à vous porter des chrysanthèmes les jours de Toussaint… » Gendron hochait la tête, pas convaincu, les perspectives évoquées par ce porc de Bourrassaud semblaient même l’émoustiller.
 
Dans la voiture, alors que nous rentrions au Blanc-Mesnil, après avoir gueuletonné à l’auberge de la Chapelle-en-Serval, je confiais à Bourrassaud, assis à l’avant, qu’un sale pressentiment me bouffait la tête : « crois-moi, après ce petit raout, ces morpions de la place Beauvau ils ne vont pas lâcher la grappe. Je suis sûr qu’il faudra que paye l’addition un jour ou l’autre… » Mais je m’aperçus que Bourrassaud dormait déjà, la bouche ouverte et, fataliste, je me disais, qu’après tout, descendre un peu plus bas dans la merde ne me déplairait pas. Le soir je regagnai Paris. En robe de chambre, Sylvie affichait une mine de papier mâché. Son atterrissage sur le ventre, soudain et brutal, dans la triste réalité, la pétrifiait. Adieu, le bel Henri, les fourrures, le champagne, les virées en jet et autres joyeusetés, le coup foireux de ses deux associés, Hortz et Dragan, qui se soldait par leur mise en sac à viande après la fusillade du petit Mont-Royal, ne lui laissait pas augurer des jours heureux. Le retour au bitume ne la remplissait pas d’allégresse. Connement je lui conseillais de rentrer dans le giron conjugal. Soudain panthère, me faisant face, je crus qu’elle allait m’arracher les yeux mais, plus prosaïquement, elle ouvrait les pans de sa robe de chambre, et me lançait, la bouche mauvaise, « Baise-moi, salaud ! » Ce que j’aurais fait, par pure faiblesse, si ma libido, soudain polaire, ne m’avait pas jeté dans les affres de la panne de bandaison. Je le regretterai toute ma vie car, huit jours plus tard, alors que nous étions plus revu, un coup de téléphone d’un certain Dornier du commissariat de la rue d’Aligre, m’annonçait froidement que Sylvie Brejoux venait de se faire sauvagement assassiner par son mari.          
Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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