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La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

Lundi 30 janvier 2006 1 30 /01 /Jan /2006 00:00

Le Société Française de mon père, vert profond, pataud, massif, avec ses gros phares qui lui donnaient des allures de myope, son rythme haletant de monocylindre à deux temps crachotant une fumée bleue, c'est le souvenir des battages. Ce monstre indestructible se démarrait à la main, plus précisément en balançant une grosse poulie, une fois sur deux l'éléphant se lançait à l'envers, il fallait recommencer. De plus, comme c'était un semi-diesel, on partait sur l'essence puis on passait au fuel et l'explosion était provoquée par un chapeau de fonte porté au rouge. C'était un rituel fascinant car des retours de flammes jaillissaient de l'énorme pot d'échappement.

 

La SFV fabriquait ses tracteurs à Vierzon et basait sa publicité sur la solidité, la durabilité, l'économie et c'était vrai la bête était indestructible et consommait tout ce qu'on lui présentait, même des huiles de vidange. Et pourtant le diesel a triomphé. La SFV a sombré, rachetée par une société américaine Case. C'était au tout début du Marché Commun et la France, grand pays agricole, n'a pas fait éclore de grandes entreprises de tracteurs ou de matériel agricole. Renault, la Régie comme on disait, assemblait son tracteur en important un moteur Perkins. Nos grandes plaines céréalières étaient investies par le vert de Class, le jaune de New Holland ou le rouge de Mac Cormick et le bleu ciel de Braud, un petit challenger angevin.

Penser avoir raison contre tout le monde, s'entêter, refuser d'innover et, de la Société Française de Vierzon, où mon père allait chercher son dernier 551 pour le ramener par la route à 20 Km/h jusqu'à la Mothe-Achard, il ne reste qu'un site nostalgique www.chez.com/sfv/ et pour moi un beau cendrier que m'ont offert mes collègues de la Direction de la Production du Ministère de l'Agriculture lorsque je suis parti travailler, en 1978, à l'Office des Vins de Table (ONIVIT) . C'est un bel objet avec le sigle de la SFV : un blason tricolore, tout un symbole...

Caillou-9154.JPG

La nostalgie et les brocantes, les foires à tout et les vides-greniers qui fleurissent dans les villes et les villages, les banlieues et les quartiers, où les vieilleries se vendent à des prix d'objets d'art, me troublent car je n'ai pas envie de léguer à mes petits enfants, j'en ai, un musée poussiéreux où déambulerait la terre entière pour comtempler nos beaux restes...   

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Commentaires

Ah, le Société Française, que de souvenirs!
J'ai travaillé un peu avec un, dans mes très jeunes années. Il existe toujours sur une exploitation de la famille et fonctionne toujours!. increvable après plus de 50 ans de services.
Ce fameux démarrage à la poulie qui a cassé bien des poignets, alors qu'une petite pente et le chauffage de la boule au chalumeau suffit à le faire démarrer sur quelques mètres...
Commentaire n°1 posté par tchoo le 30/01/2006 à 10h25

La Société Française de Vierzon avait repris à la Libération le brevet du Lanz tracteur allemand fonctionnant sur le même principe du semi diésel 2 temps, ce Lanz était équipé de roues métalliques, et je me rappelle les séances de battage des gerbes principalement d'avoine, ou d'orge,  en 1943/1948, que collectivement nous entassions derrière l'école du village, chacun son gerbier, on se servait des fils de fer de balles de paille de l'année précédente, grâce à l'étirement sur un curieux appareil, qui était la réutilisation à d'autres fins de celui qui permettait d'installer des palissages de vigne. J'ai utilisé un SFV , mais c'était les derniers modèles fabriqués, un deux cylindres toujours 2 temps semi diésel horizontal, mais il avait un démarreur électrique, et avait un grave défaut la rupture du vilebrequin. 


Dommage que l'industrie française ait laissé un friche tout ce secteur de l'équipement agricole, mais le plan Marshall y est peut être pour quelque chose, en ce qui concerne la viticulture, l'Europe, principalement la France et l'Italie fournissent des équipements au monde entier, les machines à vendanger sont souvent  françaises


 

Commentaire n°2 posté par jean clavel le 30/01/2006 à 11h49

Il est affligeant de constater qu'il est toujours plus facile dans notre cher pays de France de motiver des responsables politiques, à commencer par le maire de mon village que j'éviterai de citer, pour la construction de musée de la vigne et du vin que des locaux abritants des syndicats bien vivants. Est-ce l'attrait des cimetières mais la gente communale préfére célébrer les défunts silencieux aux vivants bruyants ! Bien que les morts ne votent pas il est vrai que les retraités attachés à un passé révolu sont plus nombreux que les jeunes agriculteurs . Quant aux morts on leur fait toujours dire ce qu'on veut ! Cette fascination pour un passé mort et célébré est à l'oppposé pour moi d'une conception dynamique de la gestion de l'héritage passé qui n'est intéressant que lorsqu'il est visité et imprégné du vivant et j'aime à répéter cette formule qu'on attribue à Jaurès : de la tradition ne gardons que les braises et pas les cendres. A propos de cette opposition entre modernité et tradition je vous conseille la lecture du dernier numéro de la revue trimestrielle de Slow-Food où il y a un dossier sur ce sujet 

Commentaire n°3 posté par Parcé Marc le 01/02/2006 à 10h57
Très interessant vos propos mon cher, mais dites moi la première image de votre site ne fait-elle pas référence à une automobile du passé?
Commentaire n°4 posté par tchoo le 01/02/2006 à 13h56

Bonjour, je suis Rémy Beurion de Vierzon. Je rédige un livre sur les tracteurs de Vierzon qui paraitra en décembre aux éditions Castor et Pollux. Ce livre contiendra ds portraits et des témoignages et de très nombreuses photos de tracteurs de Vierzon. Votre témoignage m'intéresse. Pourriez-vous me contacter au 06 10 31 14 07. Si vous pouviez relayer cette information sur votre blog, j'ai lu les commentaires laissés par d'autres internautes. Un grand merci d'avance.

Commentaire n°5 posté par Rémy Beurion le 28/06/2009 à 22h44
 Un usage musical du tracteur.

http://www.youtube.com/watch?v=jbN-jO11vKg
Commentaire n°6 posté par Alain Leygnier le 29/06/2009 à 07h42
C'est dans les vieux cylindres qu'on fait la meilleure rythmique...
Géniale la vidéo !!!
Commentaire n°7 posté par gus le 29/06/2009 à 19h43
Oui bien vrai, sans faire de passéisme excessif.
Commentaire n°8 posté par winamax le 24/11/2009 à 10h07

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